« Le père Denoël est-il une ordure ? » de Gordon ZOLA

Le père denoel

Quatrième de couverture : « SOS femmes tondues, j’écoute »… Rien ne pouvait laisser deviner à Maître Lucien Bonplaisir, avocat de l’édition, défenseur des veuves tondues et des orphelines éplorée, qu’il serait tragiquement plongé dans un des mystères criminels les plus déroutants du XXe siècle ! Le 2 décembre 1945, l’éditeur de Louis-Ferdinand Céline, Robert Denoël, est assassiné à Paris d’une balle dans le dos… Soixante-dix ans plus tard, bien que toutes les pièces du puzzle soient étalées devant nos yeux, le mystère reste entier ! Après le fameux « J’Ecluse », qui abordait une face cachée de la lune Dreyfus, Gordon Zola, surmontant l’omerta toujours en vigueur sur cette énigme, propose une vision décoiffante de l’époque et de l’affaire !

Avis :

Un roman décalé écrit par une plume fantasque et délurée et qui garde un ton résolument réaliste ! Une très belle découverte.

Après la fin de la seconde guerre mondiale, le bilan des atrocités nécessitent que des têtes tombent et pas uniquement politiques. Le milieu littéraire est fortement ébranlé par l’épuration, les éditeurs collabo et les textes antisémites sont montrés du doigts par un comité d’auteur qui tente de punir ceux qui le méritent. Robert Denoël est un des éditeurs, mené au succès par un certain Céline, les plus controversé et les plus visé par cette épuration. Il est assassiné un soir d’hiver, seul, d’une balle dans le dos. La piste du rôdeur est privilégié, pourtant Maître Bonplaisir, avocat talentueux et fondateur  de l’association « SOS femme tondue », est impliqué bien malgré lui dans ce crime douteux et ne voit pas d’un bon œil cette hypothèse. Il se lance alors, au péril de sa propre vie, dans la résolution de ce meurtre que tous semblent vouloir étouffer.

Gordon zola est un écrivain de talent, maniant les jeux de mots et les expressions détournées, spontanément bien placés dans son récit. Au premier abord, déroutant, puis peu à peu, passionnant, l’humour cynique et tranchant est le maître mot de ce roman parfois absurde. Les thèmes abordés ne sont pas des plus faciles, la collaboration et l’antisémitisme de la seconde guerre mondiale, sont ici détournés au profit d’une enquête passionnante, peut-être fictive mais qui joue probablement avec une grande part de vérité. Les grands écrivains et les grandes maisons d’éditions de l’époque sont menacés par des écrits qui malgré leur antisémitisme ont eu des succès non négligeables, ces derniers en prennent pour leur grade, taillés finement par la plume incisive de cet auteur un peu barré. Que dire de cette histoire ? Des personnages fabuleux, naturellement excessifs, Maître Bonplaisir bien sous tout rapport se voit heurté à ces besoins les plus primaires face à une courtisane érotisée par ses discours lubriques et aguicheurs, tantôt naïfs, tantôt lucides. Son assistance, la rondelette et charmante Lucette, obligée de répondre aux appels surréalistes de femmes tondues ayant eu des relations intimes ou des histoires d’amour avec l’ennemi allemand. Ces derniers côtoient un meurtrier à la lame facile, passionné du rasoir et des femmes mûres ou encore un policier bâclant son travail sous la pression politique de grands hommes de pouvoir. Quelle est la vérité sur ce M. Denoël ? Cet éditeur peu innocent et aux relations douteuses se serait-il fait tué hasardeusement par un vagabond alléché par quelques francs ? Ou bien ces relations frauduleuses auraient-elle fini par se lasser ? Jusqu’à la dernier page, on attend fébrilement la vérité, le point de vue de Bonplaisir qui n’est absolument pas entaché par des manœuvres soudoyantes voire carrément menaçantes. Un polar haletant et plein d’humour grinçant attend le lecteur qui prendra ce roman entre ces mains. Objet, de plus, magnifique et sublimé par une couverture de Tristan Badoual, qui nous annonce la couleur et l’ambiance à double face de cette œuvre littéraire.

Quand la fiction frôle avec la réalité, cela donne un roman politiquement incorrect mais absolument jubilatoire et si la vérité n’était par ailleurs ?

Je remercie Louve du forum Mort sûre et Les éditions Le Léopard Démasqué pour ce partenariat.

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Un commentaire pour « Le père Denoël est-il une ordure ? » de Gordon ZOLA

  1. Le déluré Gordon Zola ! Quel personnage, j’ai eu l’occasion de le rencontrer sur un salon et il m’a laissé un souvenir marquant 😀 Et comme il a trouvé ce jour là un trio de femmes tranchantes, on s’est bien marré 😉 le personnage est tout aussi décalé que ses oeuvres. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en ouvrir une mais j’ai hâte !

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