« Le mec de la tombe d’à côté » de Katarina MAZETTI

le mec de la tombe d'à côté

Quatrième de couverture : Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’oeil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie.
Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Avis :

Un roman plutôt surprenant, on s’attend à une fable romantique entre deux personnages aux antipodes l’un de l’autre et pourtant même si romance il y a, elle est loin d’être  sentimentale et sensible.

Chaque semaine au cimetière du village, Désirée et Benny se retrouvent l’un à côté de l’autre sur un banc. Désirée, bibliothécaire, citadine et intellectuelle, vient se recueillir sur la tombe austère de son mari. Benny, agriculteur, campagnard et manuel, vient se recueillir sur la tombe très rococo de ses parents. L’un et l’autre s’observent et ne s’apprécient guère sans se connaître, chacun pensant avec ses « a priori ». Un jour pourtant, la remarque d’une petite fille vient les réunir dans un sourire, un échange qui troublera ces deux personnes antagonistes et les fera sombrer dans une relation passionnelle que le mode de vie de chacun viendra cependant ternir.

Sous le prétexte d’une romance à la fois passionnelle et pleine d’humour, Katarina Mazetti propose une fable sur les différences qui peuvent profondément poser problème dans ce genre d’histoire. Des différences culturelles et sociales où les a priori de chacun les conduisent à des discours qui viennent entacher une relation fusionnelle et charnelle, qui sous toutes les apparences devraient fonctionner.

Désirée est une jeune veuve, vivant à la ville, habituée des sorties culturelles, une bobo écolo qui ne s’habille qu’en beige et coton écologique, nature et sans artifice, elle se promène toujours avec un livre sur elle ou un carnet d’écriture de poésie. Chaque semaine, elle observe son « voisin » de banc, un homme un peu « lourdaud » avec sa casquette démodée et ses doigts manquants, jouer les paysagistes et les décorateurs sur une tombe kitch et pleine de couleur qu’il entretient semble t-il avec beaucoup de passion et d’ardeur.

Benny est proche de la quarantaine, célibataire malgré lui, il vit seul dans la ferme de ses parents dont il a repris la gestion et depuis la mort de sa mère, il est perdu entre son travail avec ses quelques vaches et l’entretien de sa maisonnée qu’il néglige, tout comme ses factures et la paperasse de la ferme. Il rêve d’une femme qui reprendrait les rennes laissées par sa mère ; lui mitonnant de petits plats et s’occupant de l’entretien de la maison. Chaque semaine, cette femme insipide qui s’installe sur le banc l’agace énormément par son manque de féminité, pour lui chaque femme devrait faire un effort pour se présenter sous son meilleur jour quitte à l’être dans l’excès.

Pourtant, d’un bref sourire qui en révèle bien plus à chacun sur la beauté de l’autre, naîtra une passion hors norme. L’auteure a choisi le parti de traiter cette romance de manière un peu « crue », où les sous-entendus salaces de certains campagnards viennent se heurter à la passion charnelle et débridée de la citadine qui semble ne chercher que du bon temps. La dualité des deux personnages, acteurs de cette histoire d’amour atypique, est traitée avec certes une certaine caricature, mais surtout avec beaucoup d’humour et de second degré. Une façon de faire plutôt surprenante et destabilisante pour le lecteur si celui – ci s’attend à du romantisme un brin platonique, c’est ici tout le contraire : passionnel, charnel et plutôt osé. Vient ensuite se greffer, la question d’une relation officielle, d’une vie ensemble, là encore c’est assez problématique, quand Désirée rêve de voyage estival, de grasses matinées crapuleuses ou encore d’opéras, Benny doit se lever chaque jour aux aurores, s’occuper de ses bêtes et de l’entretien de sa ferme, et les vacances pour un exploitant, ça n’existe pas si on n’a pas les moyens de se faire remplacer. Ce qui ne cessera de les mener sur les chemins de la confrontation et des querelles inévitables jusqu’à cette fin plutôt surprenante et inattendue.

En bref, un roman original qui traite d’un sujet  sérieux, la différence des origines et des cultures, sur fond de romance à prendre sur un ton décalé entre deux protagonistes drôles et attachants. On passe donc un agréable moment de lecture.

Jtaime mai 2015

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