« Réparer les vivants » de Maylis DE KERANGAL

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Quatrième de couverture : « Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Avis :

Un roman qui traite d’un sujet fort et sensible et qui ne laissera personne indifférent, chacun pouvant se retrouver dans la peau dans des nombreux personnages affectés par ce don du corps qu’est le don d’organe et plus particulièrement celui du cœur.

Au Nord de la France, trois jeunes hommes fous de surf défient les vagues hivernales et matinales. A leur retour, la fatigue, la vitesse et le verglas ont raison de leur tenue de route et c’est l’accident ; le van percute de plein fouet un poteau. Simon ne portant pas de ceinture est éjecté et sombre dans le coma. La mort cérébrale est déclarée et c’est un melting pot de personnages qui se retrouve à graviter autour de ce corps qui d’un point de vue médical est un sujet idéal pour le don d’organe.

Le roman raconte donc l’histoire tragique de Simon, ce gamin de dix-neuf que le hasard n’a pas épargné, la douleur parentale, le choix d’accepter ou non de donner les organes de son enfant, accepter la mort de celui qu’on chérie plus que tout au monde alors qu’il semble seulement endormi, la douleur amoureuse, le déni d’une petite sœur, de ce corps qui devient donneur. Du côté du corps médical, les méandres de l’administration du don d’organe, rôle psychologique avec la famille, accompagnement des derniers instants, jeune infirmière fébrile, médecin confirmé habitué, les coups de téléphone à l’autre bout de la France « nous avons un cœur, un rein, un foi… », branle-bat de combat, le temps file et ils en ont peu, chirurgiens aux spécialités multiplient qui tel des vautours attendent leur coup de scalpel dans un bloc aseptisé où le jeune homme devient un simple corps de chair et de sang, plus d’âme, juste un donneur. A Paris, une receveuse, une femme, Claire, fille, mère, amante, au cœur fragile attend, quand le téléphone sonne « c’est pour cette nuit », le doute et les nerfs prennent le dessus, une vie s’est éteinte et permet qu’une nouvelle puisse s’épanouir, qui est le donneur ? Sera t-elle différente avec le cœur d’un autre ? De nouvelles émotions ? De nouveaux souvenirs ? Une métamorphose, oui forcément, car une renaissance s’offre à elle. Tout cela est raconté au travers de personnages dépeints avec beaucoup de réalisme, leurs vies, leurs émotions, leurs entourages semblent inévitablement affectés par ce fait unique, et par des descriptions médicales précises, documentées, qui heurtent les sensibilités et conduisent à la réflexion sur ce sujet important qui sauve des vies.

On connaît le talent percutant de Maylis De Kerangal depuis son roman « Naissance d’un pont », une nouvelle fois ce roman ne déroge pas aux règles du style poignant, incisif, poétique et sensible de cette auteure aux œuvres atypiques. L’écriture de cette auteure fait toute la différence sur la lecture de ce récit qui traite d’un sujet difficile avec une délicatesse naturelle, pas de faux semblant, ni enjolivement ni apitoiement. Elle sait parfaitement dosée ses mots, ou plutôt ses groupes de mots qui se suivent, formant des phrases très longues qui nécessitent une attention particulière. Une écriture qui ne se dévore pas mais qui au contraire s’apprécie, le sujet est grave alors il faut le temps de le digérer.

En bref, un roman qui ne se laisse pas aisément apprivoisée mais dont le talent d’écrivain de l’auteure est époustouflant, une auteure à suivre et une lecture à découvrir !

francoJtaime

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