« Les Tangences Divines » de Franck FERRIC

Les-Tangences-Divines

Quatrième de couverture : 

Lorsque Théodule, égoutier à Paris, décide de lever le pied sur un job qui l’épuise et une vie de couple bancale, il espère pouvoir se la couler douce un moment. Mais c’est sans compter sur l’arrivée de deux vieilles gloires décaties persuadées que leur salut tient à la redécouverte d’un dieu antique, qui viennent frapper à sa porte pour le contraindre à leur prêter main forte.

Embringué dans une histoire qui le concerne sans doute plus qu’il ne l’imagine, l’égoutier croisera des nains ratatinés, des dieux amateurs de blues, des déchus à tête de chacal et des nymphes rapiécées. Autant de guides splendides et misérables, qui le conduiront aux confins des tangences divines.

Une chose est certaine : si les dieux de jadis ont salement perdu de leur superbe, ce sont toujours de fieffés escrocs.

Avis :

Il y a des romans où quand on regarde la couverture, on se dit que le contenu doit être excellent. Les Tangences Divines ne déroge pas à la règle. Une femme mutilée dont le corps est caché sous un voile, armée d’une épée, des étendards déchirés claquant aux vents, de sombres brumes et la petite touche terrestre colorée avec des marguerites dans la chevelure magnifique de la déesse dénudée, ceci illustre parfaitement le contenu du roman : Funeste destin de créatures divines prête à tout pour retrouver leur lustre d’antan et espoir humanisé pour y arriver. Un roman encore une fois résolument décalé qui ne se perd pas dans les stéréotypes, bien au contraire, il dépeint une vision plus terre à terre des croyances divines et mythologiques.

Théodule est un égoutier parisien, lorsqu’il est pris d’étourdissements dans les égouts de la ville, il est arrêté pour quelques jours, le temps de se remettre en forme. Pensant s’ennuyer fermement durant ce temps libre imposé, il se retrouve accosté par un vieux nain plein d’ivresse aux membres tordus répondant au nom de Silène. Curieusement, ce dernier s’invite dans sa vie. Par ailleurs, des révélations sur un collègue, lui fait comprendre que les deux hommes ne  sont pas si humains qu’il le pensait. Ces derniers souhaitent en réalité que Théodule les aide dans leur quête pour retrouver leur luminosité d’antan puisqu’ils se disent être des dieux déchus. Pour cela, Théodule doit retrouver la trace du Dieu que l’on dit mort qui pourrait arranger les choses ; Pan. Une promesse malheureuse et voilà notre héros embarqué dans de sombres affaires où les tangences divines et l’ivresse sont les clés.

Encore une fois, les Éditions du Riez font mouche avec ce roman à la fois terrien et divin, toujours au ton décalé où les situations improbables viennent tirer des sourires et des interrogations au lecteur : Le héros est – il fou ou bien est-ce une réalité ? La question mérite d’être posée tant les protagonistes secondaires, d’anciennes divinités qui ont eu leur moment de gloire se retrouvent sur Terre dans des situations plus que précaires. Et tous le panel mythologique y passe : dieux nordiques, égyptiens, romains et grecques, ces dieux déchus peu à peu ensommeillés par la perte des croyances et offrandes humaines qui se sont dirigées vers un dieu unique, les « Uniques » comme le nomme les divinités, puisqu’il se perd dans des aspects et des discours antagonistes (une vision réaliste de toutes ces religions qui vouent un culte finalement à un seul et même dieu qui prête des apparences ou des noms divers…). A cela s’ajoute de nouveaux dieux très actuels, Dollar et Publicité entre autre qui apporte une modernité à la thématique du récit et qui semblent correspondre au reflet de notre société en mouvement continuel. Bref, nous avons une humanité aux mains des dieux, une humanité qui fait et défait les dieux. L’auteur propose donc une vision des croyances et des divinités somme toute intéressante traditionnelle et moderne au travers d’une intrigue rocambolesque et hallucinante.

Du côté du héros, Théodule est un personnage gentil, un peu naïf et innocent embringué dans une vie routinière entre son boulot qui l’épuise et qui menace sa santé et une femme dont il s’éloigne peu à peu. Il doute de ce que lui raconte ces deux compères mais il ne sait pas refuser quand on lui demande son aide. Il se retrouve donc dans des situations plus terribles et dégradantes les unes que les autres ; boire chaque fois qu’il doit se perdre dans les rues pour trouver une anciennes divinité, affronter la mort et ses bourreaux pour survivre à sa rencontre avec Le Dieu Pan, survivre aux colères divines et bien évidemment mettre en péril sa petite et paisible vie parisienne. On prend énormément de plaisir à la suivre au travers de son périples parisiens, des bas fonds (égouts, caveaux, catacombes…) au Panthéon.

L’auteur use de beaucoup d’imagination et d’intelligence dans son roman ; on parle d’Urban Fantasy, en quelque sorte oui, mais dans une version  intelligente et profondément réfléchie. La réflexion derrière ce récit est pleine de philosophie et d’interrogations sur l’humanité, les dieux et les rapports entre l’un et l’autre. Franck Ferric a par ailleurs un style propre et très particulier dans son vocabulaire et la mise en forme de ses phrases, le tout est poétique et soigné. Il y a certes quelques coquilles qui traînent mais rien qui ne gêne la lecture. Enfin, il y a ce dénouement, à la fois simple et humaniste, très étonnant aussi et qui résume parfaitement ce que nous sommes : de pauvres êtres humains au destin de poussière.

En bref, un roman qui brille par sa façon de traiter les dieux et la mythologie, par sa réflexion humaniste et par l’imagination très séduisante sans oublié pleine d’humour de l’auteur. Une réussite !

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