« Absyrialle » de Fabrice CHAULIAC

Absyrialle

Quatrième de couverture : Europe, fin du XVIIIe siècle.

L’éruption du volcan islandais Laki en 1783 plonge le monde dans l’obscurité et l’obscurantisme. Le nuage de soufre qui recouvre une partie de l’Europe dévaste les cultures, entraîne la famine, fait tomber les pouvoirs en place, et remet en perspective toutes les croyances établies. Beaucoup y voient la trace d’un châtiment surnaturel, que tout le monde désigne sous le nom de Fléau.

L’Église vacille d’autant plus que l’éruption du Laki révèle l’existence d’une cité enfouie, Absyrialle. Mais cette cité, son architecture, sa richesse, ses moeurs et ses occupants ne sont pas les vestiges d’une civilisation ancienne et oubliée. Bien au contraire, Absyrialle est toute puissante et ses origines restent mystérieuses, tout comme les desseins des princes démons qu’on y vénère.

Théodule, écrivain public et philosophe ne se doute pas combien sa rencontre avec Galoire de Montbrun, envoyé du Vatican au passé trouble, va l’entraîner au cœur des complots les plus sombres de la Cité.

Avis :

Un roman uchronique atypique et intelligent qui réserve quelques scènes perverses à ne pas mettre entre toutes les mains !

1783, l’éruption du Laki, volcan Islandais, fut violente et non dénuée de conséquence. Un nuage de cendres a traversé l’Europe plongeant le continent dans les saisons rigoureuses aux phénomènes météorologiques extrêmes et la famine. Cet événement appelé le Fléau sonne le glas de certains systèmes politiques, des croyances et la révolution du peuple. Mise à l’épreuve divine ou acte diabolique ? La catastrophe a mis à jour la ville d’Absyrialle, citée à l’architecture magnifique et prospère, attirant les plus démunis qui aspirent à se reconstruire.  Théodule, érudit sur le chemin d’Absyrialle y croise Galoire de Montbrun, énigmatique bretteur, qui le sauve d’une énième menace. Ensemble, ils poursuivent leur route jusqu’à la citée mystérieuse. Cependant, Absyrialle aussi belle soit-elle cache des choses bien sombres dans ses bas fonds.

Voilà une uchronie pour le moins originale ! On y retrouve des faits historiques avérés ; l’éruption du volcan Laki en Islande en 1783, le contexte politique sensible en Europe de la fin du XVIIIème (révolution française en 1789) et les croyances remises en cause. L’auteur use donc de ce contexte historique en y ajoutant un événement surnaturel ; l’apparition de la ville d’Absyrialle dans le cratère du volcan. Cette citée majestueuse et mystérieuse a vu le jour suite à l’éruption sans le moindre dégât, elle présente une architecture originale et volcanique, elle a l’indécence de prospérer alors qu’ailleurs en Europe, la famine et la pauvreté font des ravages. Absyrialle est donc un joyau convoité et attractif par de nombreuses personnes qui y voient une chance de retrouver une vie plus lucrative.

Theodule, écrivain public, fait partie de ces êtres attirés par la magnificence d’Absyrialle. Sur le chemin de la citée, habillé pauvrement et paré d’un sac jaune rempli d’œuvres littéraires, il se retrouve comme souvent menacer par des individus, « Les Vautours », voleurs violents qui n’hésitent pas à tuer pour obtenir ce qu’ils veulent. Théodule est donc le personnage naïf, rêveur, philosophe et un peu maladroit qui sombre souvent dans les ennuis mais s’en sort avec une facilité déconcertante de l’histoire. C’est là que le jeune Galoire de Montbrun, personnage séduisant, mystérieux et fort, et bretteur de talent, intervient et sauve Théodule. Les deux hommes sympathisent et décident de poursuivre leur chemin ensemble. Arrivés à Absyrialle, Théodule est déconcerté par la réalité de la ville, une couronne de pauvreté et d’immondices encerclent la citée imprenable et inaccessible sans fortune. Galoire lui propose d’y pénétrer rapidement moyennant qu’il se comporte comme son valet personnel. Théodule accepte, se posant toutefois quelques questions sur Galoire et ses entrées personnelles dans la ville. Théodule découvre donc une enclave de la ville n’ayant pas d’accès ailleurs et se retrouve rapidement mêlés aux angoissants complots de la ville où Galoire semble avoir un rôle important à y jouer.

La ville aussi magnifique soit-elle renferme dans ses bas fonds des êtres sombres, violents et l’horreur n’est jamais très loin ; des pratiques chirurgicales incroyables et inhumaines aux tortures savamment réfléchies et poussées. Par ailleurs, les mœurs obscures de la ville sont teintés d’un érotisme pervers, vicieux, décadent et parfois dérangeant, le contraste entre le reflet merveilleux de la ville aux étrangers et  les actes immondes qui sont perpétrés dans l’ombre est saisissant et surprenant. Le peuple Absyrien voue un culte à des créatures assoiffées de sexe et de sang, des succubes ou incubes appelés Byssithaar, une sorte de connivence entre les humains et ces créatures régit le passage à l’âge adulte des enfants appelé « initiation », rite où la survie de l’enfant n’est pas certaine. Dans ce contexte, la religion prend ici aussi une part importante avec l’envoi de prêtres ou d’autres êtres par le Vatican afin de surveiller la ville et d’en comprendre le fonctionnement et surtout d’y maintenir ou transmettre une croyance plus « civilisée » que celle envoyée par le diable et retenue par les Absyriens. Par ailleurs, la ville est armée d’une légion Opale, intransigeante et violente. Les complots, les meurtres, les sévices sont donc monnaie courante dans la ville. Elle est aussi le berceau de bretteurs excellents où l’art du combat à l’épée est poussé et jamais égalé par un étranger face aux Absyriens, pourtant Galoire se démarque et les combats d’honneur à mort foisonnent au cœur de la citée.

Le roman est riche et dense dans ses personnages et son intrigue de fond réfléchie et intelligemment menée, il y a une bonne idée de départ et un contexte travaillé. Le style de l’auteur est soutenu, un effort de concentration est nécessaire pour suivre les subtilités de l’intrigue sinon l’ensemble se lit plutôt bien. Le livre souffre cependant de certaines longueurs et l’auteur « s’éparpille » un peu dans sa façon d’agencer ses chapitres ce qui a eu pour effet de ralentir énormément ma lecture. Par ailleurs, certaines scènes dérangeantes paraissaient gratuites et pas forcément indispensables à l’histoire. Cet aspect avait quelque chose de dérangeant dans sa perversité et son horreur, on approuve ou pas, personnellement c’est surtout que je n’y voyais pas trop d’intérêt chaque fois.

Il parait aussi important de souligner le travail de Camille Alquier sur la couverture qui représente parfaitement un des personnages phare du roman : Ruthimel et ses deux paons aux sers acérés.

En bref, un roman qui ne laisse pas indifférent, la perversité et l’horreur prennent un sens érotique déstabilisant, c’est dense et réfléchi avec une intrigue rondement menée mais les trop nombreuses longueurs ont entachées une lecture prometteuse. Un avis en demi-teinte donc !

Je remercie Louve du Forum Mort Sure et les éditions Voy'[El] pour ce partenariat.

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