« Et je renaîtrai de mes cendres » de Laurence FINET

Et_je_renaitrai_de_mes_cendres Quatrième de couverture : Il est des livres qui, l’air de rien, s’insinuent en nous. Des histoires qui commencent avec la légèreté du vol d’une abeille qui entre en bourdonnant par la fenêtre. L’histoire de Laurence Finet – son histoire – en fait partie. Un mari aimant, quatre beaux enfants, un travail sans doute trop prenant mais, peu importe, demain c’est les vacances… Et puis l’abeille pique. Une première fois. Et la douleur provoquée par la piqûre en rappelle une autre, plus ancienne.
Nous voici alors inexorablement emportés. Derrière la légèreté du ton, des mots jetés, une accumulation de maux que l’on aurait crue inexprimable. Pourtant, avec pudeur et une bonne dose d’humour, Laurence Finet raconte les épreuves traversées, sans pour autant rien nous épargner. Et c’est grâce à une infinie délicatesse qu’elle parvient, à chaque nouvelle piqûre, à nous faire ressentir toute la violence et l’horreur de ce qu’elle a dû endurer :  » J’ai parlé. J’ai vomi des bribes de mon passé avec une telle violence que je me demande comment j’arrive encore à respirer. « 

— Chronique —

Et je renaîtrai de mes cendres, voilà un joli titre pour un roman autobiographique, un document personnel que Laurence Finet a écrit avec beaucoup de sagesse, d’humour et de conviction. Ce titre évoque le Phoenix indubitablement, l’auteure, qui raconte son histoire, son enfance tragique, ses sévices corporelles et psychologiques, l’inceste qui a ruiné son innocence prématurément et la maladie, le cancer qui achève une série noire, prouve que malgré les tragédies qui détruisent, il faut toujours croire en la vie et toujours profiter des moments présents.

L’auteure est une femme forte, tenace, carriériste, une mère aimante, une amante tendre, une femme dont le passé resurgit. Des suicides, de la violence physique et verbale, de l’inceste, des peines endormies pendant vingt ans suite à son mariage qu’au jour où les premier vomissements font leur apparition, où les pleurs se font continuels. La dépression, et le passé resurgit. De là, c’est un débordement d’horreurs qui nous happent et nous percutent en plein cœur. Difficile de ne pas s’attacher à cette femme qui a eu une enfance terrible et qui à l’âge adulte doit faire face à la maladie. A croire que le sort s’acharne.

Des peines profondément enfouies, des attitudes soumises, des objectifs à atteindre, toujours le succès, la réussite, ne jamais décevoir, ne jamais faillir, malgré les apparences, toujours sourire et faire profil bas, ne jamais contrarier, toujours satisfaire, voilà comment vit cette femme, façonnée par des parents abusifs, une femme qui cache au fond une petite fille terrorisée qui ne demande qu’à être apaisée. De son passé effroyable, elle se sent coupable, des choix de ses parents sur ses études et son avenir, elle se sent obliger de les contenter et de ne jamais les décevoir. Laurence Finet à travers son histoire dresse le portrait de toutes ses victimes d’abus dans leur enfance, elle est un parfait reflet de leur psychologie détruite à reconstruire.

Et puis, il y a la maladie qui s’installe, un cancer, un des plus virulents qui soit. Elle évoque ses relations avec les médecins du CHR, ses nombreuses rencontres avec l’oreille attentive de psychologues, psychothérapeutes, psychiatres, son ouverture d’esprit face aux médecines parallèles ou encore au médecine non conventionnelle. Mais aussi son expérience avec les traitements, ses moments d’espoir, ses moments d’inquiétudes. La notion de mort est inévitablement évoquée, comment l’accepter ? Comment l’appréhender ? Laurence n’a pas peur de mourir, elle  a surtout peur de faire du mal aux siens en disparaissant bien trop tôt.

L’auteure parle aussi sa relation familiale durant cette épreuve, celle pleine d’amour et de tendresse avec son mari Frédéric. Un mari aux petits soins, protecteurs, aimants, dévastés par ce qui arrive à celle qu’il aime le plus au monde, dévasté par les révélations mais aussi léger dans les moments nécessaires, il en vient même à blaguer sur sa maladie pour détourner son attention, lui rendre pour un court moment le sourire. Laurence tente de protéger son mari, joue la désinvolture pour le rassurer, l’étreint passionnément pour lui prouver son amour. Leur complicité ressort énormément de cet écrit, c’est très beau à lire et à ressentir. Et puis, il y a leurs quatre enfants, leur petite tribu, 12 ans pour l’aînée, 4 ans pour la plus petite, là encore l’auteure en tant que maman se montre aussi pédagogue qu’attentive, à leur écoute, toujours les bons mots pour leur expliquer les choses avec beaucoup de franchise, on sent que l’auteure est très loin de reproduire ce qu’elle a vécu, c’est tout le contraire, ses enfants sont la prunelle de ses yeux, ce qu’elle a le mieux réussi.

Laurence Finet écrit avec beaucoup de style un témoignage poignant, une manière d’exorciser son passé et de partager tout ce qui est lié à la maladie. C’est élégant et  posé, écrit avec beaucoup de pudeur et d’empathie, c’est fluide et bien construit. Elle nous balade entre le passé et le présent, une manière judicieuse de tenir en haleine le lecteur, de faire des révélations choc tout en continuant à nous tenir par les sentiments. Cela rythme l’ensemble du récit qui se lit extrêmement bien. Jamais l’auteure ne tombe dans le larmoiement, bien au contraire, sur un ton souvent humoristique, elle déconcerte dans les moments les plus critiques, toujours une petite blague pour détendre l’atmosphère, toujours cet espoir pour ne pas baisser les bras, c’est très communicatif et indéniablement on s’attache au personnage et à ses proches, espérant jusqu’à la fin que la femme Phoenix qu’elle est renaîtra de ces cendres.

Pourtant, les derniers mots écrits par l’éditeur achèvent notre cœur et nous plongent dans le désarroi le plus profond…

En bref, un récit poignant, difficile, déstabilisant mais surtout empli d’un discours d’espoir, comment en fermant notre livre ne pouvons-nous pas ouvrir les yeux sur notre vie ? La vie, ces petites choses qui font les grandes, profitons en tant que l’on peut encore…

Je remercie Babelio et les éditions de l’Atelier pour ce partenariat qui certes émeut profondément mais est surtout un hymne à la vie…

Editions_de_l'Atelier

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