« Captive in the dark  » de C.J. ROBERTS

captive in the dark Quatrième de couverture : La vengeance est le but ultime de Caleb. Programmé pour cela, il la prépare depuis douze ans. Pour réussir là où il ne peut échouer, son « arme » doit être vraiment spéciale, un cadeau inestimable dont tout le monde parlera. La femme qu’il surveille de l’autre côté de cette rue passante est parfaite : différente de ses cibles habituelles, elle sera sa conquête… Un huis clos étouffant, d’où naîtra une passion sans limites…

— Chronique —

Un roman à la fois dérangeant, révoltant mais aussi très prenant voire même passionnant, le sujet est difficile et la mise en place d’une romance dans ce contexte qui en rebutera plus d’une est quelque chose de sacrément osé. Pourtant cela a fonctionné pour moi, ce roman est intéressant et soulève aussi énormément de réflexions sur la relation dominant / soumis mais aussi bourreau / victime ainsi que sur ce qui fait ce que nous sommes, nos expériences passées qui façonnent notre façon de voir les choses, de les penser, comment arrivons – nous à avoir un comportement déviant ? (du moins pour le conformisme de notre société actuelle) Si Livvie semble être l’héroïne du roman, son point de vue étant nettement mis en valeur par le « Je », le personnage de Caleb rend perplexe et suscite énormément de sentiments ou d’émotions disparates. On le déteste, on ne le comprend pas et pourtant, ce personnage peut réussir à émouvoir et à solliciter notre empathie, mais est-ce suffisant pour l’accepter ?

Il faut vraiment garder à l’esprit que c’est une fiction car le sujet est très lourd. Cette lecture n’est pas à mettre entre toutes les mains, il est ici question de séquestration, de violences physiques et surtout psychologiques, de viols aussi (même si la victime en retire du plaisir chaque fois), d’esclavagisme sexuel, autant de sujets sensibles et contrariants pour les femmes notamment. Mais, si ici le sujet est exploité de manière intelligente, on est loin de la subtilité, il y a un érotisme très cru et très visuel et une violence difficile. C’est vraiment très particulier ! On parle de « Dark romance », c’est un peu ça en effet, une romance indubitablement tabou qui vient éclater les codes  confortables de la romance en général, bref une lecture qui sort de nos zones de confort habituelles.

Ce roman démarre d’une histoire de vengeance, et de cette vengeance découle tout ce qui fait ou advient de nos personnages ; Caleb et Livvie.

Caleb n’est animé que par une seule chose depuis douze ans ; sa vengeance contre Dimitri Balk, un milliardaire aujourd’hui mais qui cache sa véritable identité : Vladek Rostrovich et qui a fait de lui un « chien » alors qu’il n’était qu’adolescent, un esclave sexuel au trait occidental prisé par de nombreux hommes. Battu, abusé, violé, Caleb a subi les pires horreurs jusqu’au jour où Rafiq le sauve. Lui aussi veut sa vengeance contre Vladek, ce dernier ayant tué sa mère et sa sœur. Caleb devient ainsi le disciple parfait de Rafiq, seul homme à qui il fait confiance et porte un certain respect, ce dernier va tout lui apprendre pour mettre en œuvre leur vengeance commune et faire de Caleb, un tueur mais surtout un formateur d’esclaves sexuelles.

Le personnage de Caleb est au début froid, calculateur, méthodique, aucune once de sentiments en surface de cette carapace qu’il s’est construit et pourtant, il devient très vite poignant, il sait que ce qu’il fait n’est pas bien mais il est dominé par sa vengeance, ses actes entiers sont dominés par ça et puis un jour son univers bascule, tout ce en quoi il croyait vole en éclat, Caleb se pose des questions, remet en doute certaines choses, fait des « erreurs » mais difficile pour lui qui est tant formaté de se libérer de douze années alimentées uniquement par la vengeance et par ce qu’on lui a appris.

Il enlève Livvie, une américaine qui sera convoitée sur le marché du plaisir et arme ultime pour approcher l’ennemi à tuer. Sauf que Livvie est différente, elle n’est pas forcément docile, et même plutôt courageuse, téméraire avec une grande soif de liberté. Il tente de la briser pour en faire une esclave soumise et obéissante, mais si Caleb à l’habitude depuis des années d’élever des esclaves sexuelles consentantes ou non d’ailleurs, elle va lui donner du fil à retordre pour la briser et en faire une parfaite soumise. Elle va lui répondre, le frapper, l’insulter et ce malgré les représailles qu’il lui promet et qu’il lui inflige. L’ambiguïté des sentiments que Livvie va développer pour son bourreau va inévitablement nous faire penser au syndrome de Stockholm, pourtant, il y a bien plus que cela, car si Caleb se conduit de manière exécrable, on a toujours cette impression d’une porte qui s’entrouvre vers son humanité et ça Livvie le décèle parfaitement sans forcément s’en rendre compte.

« Je serrai la main de Caleb, avide de sa présence pour me rassurer, puis je m’immobilisai. Mon esprit rationnel en avait pris un coup, j’en étais consciente, mais je savais aussi que c’était plus fort que moi. »

Caleb, vous allez le détester, ne pas le comprendre, pour ce qu’il fait pourtant il y a une certaine « générosité » qui se cache dans ses gestes. S’il exploite sa victime afin de la transformer en parfaite esclave sexuelle, il en abuse uniquement de façon à ce qu’elle jouisse systématiquement, Livvie ne voudrait pas subir certaines choses, mais son corps dit tout autre chose, ce dernier la trahissant face à Caleb, irrésistible à ses caresses… Ensuite, suite à chaque punition, il prend soin d’elle, la soigne, la soulage, lui ouvre ses bras quand elle en a besoin. Un bourreau qui entretient les sentiments contradictoires de sa victime vous allez me dire oui peut-être, mais j’ai envie d’y voir tout autre chose… Par ailleurs, il refuse et n’accepte pas que qui que ce soit la touche, lui fasse du mal, cela le met terriblement en colère.

« – Je leur ai fait payer, murmura t-il encore d’un ton froid et définitif. »

Leur relation est très particulière mais c’est très intense, très addictif. J’avoue avoir complètement occulté le côté glauque, et bien au contraire, j’ai bien aimé ces deux personnages, leurs histoires, leurs passés respectifs. C’est une relation que l’on vit en huit clos, énormément de scènes entre eux, beaucoup de réflexions de la part de Livvie mais aussi de Caleb, de quoi complètement nous retourner le cœur (dans les deux sens du termes) et l’esprit.

« Pourquoi oscillait-il sans cesse entre une froideur implacable et cette chaleur réconfortante ? »

L’auteure manie les mots et l’art des dialogues forts en sens, soutenant une certaine tension tout au long du récit.

« – Dis – moi Petite Chatte…
Ses pas se rapprochèrent.
– Quand est-ce que tu as commencé à t’imaginer que tu étais…
Il semblait chercher le mot juste.
-…mon amante ?
Mon cœur battait si fort que ça me faisait mal au crâne.
– Était – ce la première fois que je t’ai fait jouir avec ma bouche ? Ou l’une des nombreuses fois que je t’ai tenue en travers de mes genoux ? On dirait que tu aimes ça. »

Elle se lit avec une fluidité incroyable, certes le sujet est dur, on aurait envie de s’arrêter parfois, d’y réfléchir plus profondément, tenter de comprendre, mais non, on reprend très vite notre lecture, avide et curieux de connaître la suite, comprendre comment Livvie arrive à semer le doute chez Caleb, Comment Livvie va prendre les choses, comment Caleb se laisse aller peu à peu à plus d’humanité. Ce roman se dévore malgré tous les sentiments ou émotions contradictoires qu’il suscite.

En bref, un roman fort et très dur mais néanmoins très intéressant, un sujet qu’il fallait oser intégrer pour développer une romance, car malgré tout ce que l’on pourra dire sur la thématique dérangeante, Captive in the Dark reste une romance entre deux personnages qui n’aurait pas du être réunis par des sentiments amoureux. Je le redis, une lecture à ne pas mettre entre toute les mains mais une belle lecture tout de même pour ma part.

Je remercie Louve du forum Mort Sure et les éditions j’ai lu pour ce partenariat.

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