« Les annales du disque – monde tome 1 : La huitième couleur » de Terry PRATCHETT

La huitième couleur Quatrième de couverture : Dans une dimension lointaine et passablement farfelue, un monde en forme de disque est juché sur le dos de quatre éléphants, eux-mêmes posés sur le dos d’une tortue. A Ankh-Morpork, l’une des villes de ce Disque-Monde, les habitants croyaient avoir tout vu. Et Deuxfleurs avait l’air tellement inoffensif, bonhomme chétif fidèlement escorté par un Bagage de bois magique circulant sur une myriade de petites jambes. Tellement inoffensif que le Praticien a chargé le calamiteux sorcier Rincevent de sa sécurité dans la cité quadrillée par la guilde des voleurs et celle des assassins ; mission périlleuse et qui va les conduire loin : dans une caverne de dragons et peut-être jusqu’aux rebords du disque. Car Deuxfleurs appartient à l’espèce la plus redoutable qui soit : c’est un touriste…

— Chronique —

Terry Pratchett dépoussière le genre avec cet ovni de la littérature fantasy, beaucoup de dérision, d’humour loufoque, des personnages classiques ici farfelus, un univers riche, bien détaillé, on sent toute l’imaginaire et l’ironie de l’auteur, assez incroyable pour le souligner. On ne peut que saluer les qualités indéniables de ce roman même si pour ma part, j’ai un peu traîné à le lire, c’est assez complexe, des relectures de passages sont parfois nécessaires pour comprendre les nombreuses subtilités, références et jeux de mots (chapeau au traducteur car cela ne doit pas être facile de le traduire tout en gardant son style si particulier) avec lesquels joue l’auteur, d’ailleurs je n’ai pas franchement ri non plus, je pense toutefois me pencher sur le cycle un peu plus tard.

De quoi nous parle M. Pratchett dans ce titre ? A savoir que « la huitième couleur », premier tome officiel des « annales du disque-monde » appartient au cycle du Magicien Rincevent, héros de ce roman, et que d’autres romans écrits plus tard peuvent être lus avant puisqu’ils appartiennent à d’autres cycles, je vous ai perdus ? Alors, je vous propose ce tableau récapitulatif (issu de Wikipédia) qui a bien éclairé ma lanterne sur l’œuvre de ce grand auteur de fantasy (parodique) :

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Ainsi plus facile de comprendre les subtilités de l’œuvre de l’auteur, n’est – ce pas ? Il faut dire que Pratchett semble aussi « barré » que ses personnages et son univers, ceci explique certainement aussi son talent pour écrire toutes ses histoires… Bref, revenons à nos moutons, à savoir « la huitième couleur » et à notre héros ; le mage Rincevent.

A Ankh-Morpork, capitale du disque-monde (univers étrange, une tortue, sur laquelle repose quatre piliers qui ne sont autre que des éléphants géants soutenant le fameux disque – monde, voguant à travers l’univers interstellaire… Cela place le niveau de loufoquerie de l’auteur et ce n’est qu’un début…), un incendie se déclare créant émeute et affolement. (rembobinons…) Quelques jours plus tôt, un certains Deuxfleurs accoste à la ville, cet homme humble, curieux et d’un flegme sans pareil souhaite découvrir les us et coutumes de la région, mais ce qui attire les regards et les envieux, ce sont ses pièces d’or qu’il semble semer par-ci par-là cachés dans cette étrange malle, immense et mobile grâce à de nombreuses petites jambes (oui , oui, je vous assure). Un touriste innocent qui réveille les faims des guildes des voleurs et des assassins et réussit même malgré lui à en créer une nouvelle ; la guilde des marchants et des négociants. Rincevent, Mage d’un genre particulier, se propose pour le protéger, parce que l’appât du gain génère bien des dangers pour Deuxfleurs, mais aussi les convoitises du plus raté des mages. Un incendie dans la ville et c’est la poudre d’escampette que Deuxfleurs et Rincevent prennent au galop, les forçant à fuir la ville et leurs poursuivants. La curiosité du touriste conduira les deux hommes à travers des aventures toujours plus périlleuses ; se confronter au peuple des Dryades, à celui des dragons, se perdre dans le temple d’un Dieu effrayant ou encore découvrir la bordure du disque – monde,  et aussi, à rencontrer des héros, des trolls d’eau et d’autres créatures plus ou moins maléfiques.

L’auteur réinvente des personnages assez classiques dans la littérature fantasy pour les cuisiner à sa sauce, un côté toujours décalé, parodique même, un humour omniprésent, une ironie toute relative et malgré leur côté anti-héros, les personnages semblent toujours se prêter aux aventures avec une certaine efficacité et ne paraissent absolument pas ridicules, bien au contraire, tout à fait légitime à se retrouver dans un univers où les codes sont assez bornés.

Rincevent, notre mage qui n’en est pas vraiment un, parce que dans sa bête jeunesse, il a voulu se faire mousser auprès de ses compères aussi jeunes et idiots certainement, et à voler une page d’un grimoire recelant les sorts les plus extraordinaires, sauf que le sort a pris la fuite dans son esprit anéantissant complètement ses capacités d’apprentissages, Rincevent est donc un mage ne sachant pratiquer aucune magie. Rincevent est toujours intéressé par ses actes, même s’il aide Deuxfleurs, ne croyez pas qu’il le fasse par altruisme, il a souvent un objectif  très personnel. Pourtant, il est assez « poilant », complètement farfelu et il se retrouve toujours dans des situations désespérantes desquelles il se sort avec une chance incroyable ! Donc même s’il n’a pas de pouvoir, si ce n’est ce sort qui souhaite sortir de sa bouches dès que le danger est suffisamment grand pour risquer sa vie, il est suffisamment futé et audacieux pour s’en sortir. On pourrait même se dire que c’est là toute sa magie.

Deuxfleurs, venu d’une contrée lointaine où il gère des « peau-lisse-d’hache-sueur-rance », débarque à Ankh-Morpork avec toute l’innocence et la crédulité qui en font un touriste parfait. Curieux de tout, armé de sa boîte à image et accompagné de sa malle magique ; des pieds, des dents acérés, un bien étrange objet qui sortira nos héros plus humanisés de nombreux mauvais sorts. Elle ne rigole pas cette malle, prête à tout pour retrouver son maître, prête à tout affronter et tout traverser : forêt, océan, aucune limite, rien ne l’arrête ! Deuxfleurs est un touriste naïf et bien trop curieux, il souhaite tout voir, tout visiter et vivre des aventures haletantes et pleines d’action sans forcément se rendre compte du danger et du réalisme de la chose, Deuxfleurs voit tout comme un spectacle, voit certains personnages comme des acteurs qui joueraient un rôle, toujours impassible malgré les dangers, il ne s’énerve jamais, après tout tant qu’ils sont vivants tout va bien ! Il s’émerveille de la moindre chose qui ne connaît pas. Un personnage atypique avec un flegmatisme anglais assez prononcé, une innocence enfantine et une curiosité maladive, grâce à lui, les héros vivent d’incroyables aventures.

Et puis il y la Mort, un personnage que l’on voit très peu mais suffisamment charismatique pour le rendre très intéressant et formidable. Vous allez l’adorer ! A la poursuite de Rincevent, évidemment, la Mort est un personnage patient et plein d’humour (noir). Un des plus marquants ! Suivent ensuite tous ces autres personnages bien utiles à cette drôle d’histoire, le héros Hrun entre autre qui accompagne nos deux compères un bon moment, le genre de héros épique à la renommée qui dépasse toutes les contrées et qui s’en sort chaque fois, le troll d’eau, étrange être venu d’ailleurs, et ceux plus malfaisants aux lubies étranges, je pense entre autre à ceux qui souhaitent connaître le sexe d’Atuin (la tortue géante qui nage sans cesse à travers l’univers).

Le roman se compose de quatre parties qui racontent au final quatre aventures distinctes traçant le voyage de  Rincevent et Deuxfleurs, des histoires incroyables, haletantes et qui partent un peu dans tous les sens, quand je vous dis que ce n’est pas aisé de suivre la plume de l’auteur, c’est un euphémisme, il nous emporte à  travers le disque – monde avec des descriptions riches, très détaillées et particulières demandant un grand effort pour s’imaginer les choses, le tout par un vocabulaire travaillé qui rend le récit certainement davantage fouillé et finalement une immersion totale dans ce genre qu’est la fantasy. Le style Pratchett est donc unique en son genre, assez difficile et peut-être même illisible pour certains, les puristes les plus sérieux n’aimeront peut-être pas toute l’ironie de l’œuvre qui vient balayer le genre à grands coups de dieux jouant la destinée de nos héros aux lancés de dés !

En bref, une lecture très atypique, très riche en personnage, en univers et en jeux de mot. Une lecture qui demande une certaine concentration et un peu de calme pour parfaitement l’apprécier, c’est assez dense et subtile. Terry Pratchett signait à l’époque le premier tome d’une saga aujourd’hui incroyable et dont on ne peut pas ne pas avoir entendu parler, tant elle a rencontré un succès saisissant. Je suis assez curieuse de connaître la suite.

— Livre lu dans le cadre du challenge suivant —

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3 commentaires pour « Les annales du disque – monde tome 1 : La huitième couleur » de Terry PRATCHETT

  1. Fred K dit :

    J’espère que tu as attaqué la suite qui est encore meilleure. 😉

  2. Livranthrope dit :

    J’ai trop envie de lire ce livre ! 🙂

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