« Dormeurs » d’Emmanuel QUENTIN

dormeurs_c1 Quatrième de couverture : Il en est des rêves comme de la vie. Comment les traverser, comment les affronter ? On peut être endormi et se rêver poète, espion, astronaute, plongeur, aventurier, voyageur le long des côtes, sur la route, sombrant dans n’importe quel abîme ou contournant les obstacles.

Dans une société dévastée par une crise économique sans précédent, des « Dormeurs professionnels » ont été sélectionnés pour la richesse structurelle de leurs rêves.

Fredric Jahan est l’un d’eux. Les images de son sommeil, enregistrées à l’aide de capteurs nanotechnologiques pour une clientèle fortunée, caracolent en tête des ventes. Mais un jour, ses rêves, trop réalistes, ne s’enregistrent plus…

— Avant propos —

Il y a des romans qui lorsqu’ils entrent dans votre chant visuel, vous ne voyez plus autre chose, superficiel un peu ça, oui peut-être, j’y vois surtout le signe d’une rencontre inévitable entre ce roman et la lectrice que je suis, le genre de roman qui vous percute pour ne plus vous quitter finalement… Dormeurs m’a un peu fait cet effet là, la couverture remplit son boulot, elle appâte, elle envoûte, elle nous tient, impossible que ce roman ne devienne pas une de nos nombreuses propriétés littéraires, bravo et merci à Cédric Poulat pour ça. Et puis, il y a les gens qui gravitent autour, une maison d’édition d’abord, le Peuple de Mü, beaucoup d’enthousiasme, une passion débordante, une bande de canailles complètement barjot et folle (dans le bon sens du terme)  de ce qu’elle propose. Enfin et surtout, il y a cet auteur qui sort un peu du lot, qui sait charmer votre petit être intérieur qui aime tant s’évader dans vos lectures, qui vous marque un peu (beaucoup) aussi et vous laisse cette impression  de « lui, va falloir que je le surveille de près », Emmanuel Quentin l’a fait et franchement je ne regrette pas une seule seconde d’être tombée dans le panneau voire même d’y avoir plonger avec empressement… Dormeurs, sans ironie, aura parfaitement su entretenir les songes d’une Walkyrie…

— Chronique —

Dormeurs, c’est quoi cette chose ? Un roman d’anticipation, comprenez de la science – fiction qui se passe dans un futur plus ou moins proche et qui se rapproche (avec inquiétude quelque part) d’une réalité possible. Ce roman ne se réduit toutefois pas que à ça, si il y a énormément de réflexions sur la société, sur ce que peut générer le profit à tout prix, les conséquences d’une technologie usée de manière éhontée ou encore tout un revers psychologique des rêves et de ce qu’il cache de plus profond en vous. Il y a aussi tout une partie polar/thriller psychologique, définissez le comme vous le souhaitez, tout est que le roman est quelque part effrayant mais surtout très haletant ! Cela donne envie, n’est ce pas ?

La crise extrême de 2013 a entraîné l’effondrement de tout un système économique rôdé mais instable. Les conséquences furent désastreuses. 2017, la seule échappatoire d’une société économiquement détruite dont les rêves, les espoirs, et le bonheur semble pour beaucoup un bien lointain souvenir, se résume à une entreprise prolifique : Dreamland. La société a profité d’un filon extrêmement porteur, ce manque de bonheur, ces malheurs et ces déprimes qui envahissent et viennent gâter toute une population qui ne sait plus se divertir sans s’évader dans les rêves d’un autre. Les Dormeurs, ces êtres dont les rêves sont vendus à tout va sont devenus de véritables célébrités.

Frédric Jahan est un de ces Dormeurs, l’un des plus créatifs, celui qui rencontre le plus de succès A défaut de réussir dans un autre domaine, celui-ci semble fait pour lui, la chose n’est cependant pas facile, cloisonnement, opérations, préparations psychologiques, comptes à rendre au PDG, intimité dévoilée mais le poste est tellement bien payé. Et puis un jour, les rêves s’effondrent et ce sont les cauchemars qui prennent le pas sur le sommeil de Frédric. Ce dernier se retrouve dans la peau d’un ancien vétéran du Vietnam, d’un jeune paysan pauvre et affamé ou encore d’un enfant meurtri par les lubies d’une mère psychologiquement abîmée. Dans chacune de ses vies empruntées ou vécues à la sauvette, un homme habillé en rouge et au visage masqué sévit. Il s’agit d’un meurtrier commettant des crimes atroces et violents. Le plus troublant, c’est que les souvenirs de ces personnes semblent bien réelles tout comme un lien étroit entre le Cardinal et la réalité semble exister. Frédric se pose  alors des questions et tente de comprendre ce que ce cardinal lui cherche au pays des songes.

« Aussitôt de retour dans l’espace, je sondai les cartes disponibles susceptibles de me mener sur le terrain du Cardinal. Il n’en restait qu’une. Ce monstre avait bien balisé le terrain. Il possédait de l’avance sur moi, connaissait apparemment tous les rouages de l’espace, en usait  et en abusait. Depuis combien de temps y sévissait-il seulement ? Combien d’identités avait-il adopté en tant que simple spectateur ? Combien en avait-il dépossédé de leur conscience ? »

Ce futur proche dépeint par l’auteur n’est pas si surréaliste et c’est ce qui le rend assez effrayant.  Il nous fait réfléchir sur plusieurs points, à plusieurs échelle, une société qui se perd de plus en plus loin, les risques de la nanotechnologie, les méandres du cerveau et de la psychologie. Quel risque ? Quelle limite ? Il y a tout un panel de la psychologie, d’univers dans les songes qui embrouillent les personnages eux – mêmes mais surtout le lecteur, on oscille entre la vie réelle et le monde onirique, la distinction se faisant parfois difficile, un lien toujours étroit existant avec la vie réelle, l’auteur nous perd pour mieux nous rattraper au compte goutte des révélations qu’il donne. C’est assez profond, recherché et dynamique, il faut suivre le mouvement sous peine de se perdre un peu plus  qu’il ne faudrait pour suivre où l’auteur veut nous amener, il balade clairement son lectorat jusqu’à… Ah mais non lisez – le pour en savoir plus !

« Je crie. Elle tente de m’attraper mais je m’agrippe aux montants de mon lit. Alors, avec une énergie déconcertante, elle se jette sur moi et mords à pleine dents mes doigts tétanisés. »

L’auteur met en scène dans ce capharnaüm psychologique, tout une ribambelle de personnages forts et qui revêtent chacun une importance particulière. Guettez mes amis !

Frédric Jahan n’est plus à présenter, un Dormeur au succès reconnu qui se perd malgré lui dans des cauchemars de plus en plus réalistes.

« L’adrénaline s’était invitée dans mes veines. Elle était si présente que j’en oubliais les coups qui pleuvaient en cadence avec mon rire démentiel. Nous devions former un bien joli couple, enlacés de la sorte, Big Ben et moi. »

Johann est un technicien informatique qui manipule, coupe, restructure, édulcore les rêves des Dormeurs et plus spécifiquement ceux de Frédric. C’est un as dans la culture (si on peut appeler cela comme tel) Playboy (oui, oui le magazine).

« Si on le lui avait demandé, je suis sûre qu’il aurait pu donner le pourcentage de rousses s’étant exhibées depuis la création du magazine. »

Aurélie et Balti sont d’autres Dormeurs, grands amis de Frédric, des personnages indispensables à la sérénité psychologique de notre héros. Et pourtant… Le Cardinal, l’homme en rouge, le meurtrier psychologiquement dérangé, sanguinaire et violent, est loin d’être un enfant de cœur.

« L’homme en rouge danse sur scène avec des corps empalés sur des pics à roulette. Au gré de la musique, il esquisse des pas qui se veulent emplis de grâce quand il passe de l’un à l’autre. »

Et il y en a tellement d’autres, pour certains malgré leur intrusion succincte dans l’histoire, ils restent indispensables.

Quant au style de l’auteur, c’est à la fois brute et sexy, on est loin d’un style édulcorée, c’est franc et direct, l’auteur ne manipule par l’enjolivement mais plutôt un réalisme parfois dérangeant, mais toujours percutant. Brute parce qu’il y a des scènes violentes, sanglantes et dérangeantes.

« Je me suis écorchée les coudes et les genoux. Suite à ma violente chute, je saigne de la tête. Les cheveux, les graviers et le sang mélangés forment une pâte visqueuse par endroits. – C’est bien mon chéri, tu es un brave petit. »

Sexy parce que le sexe a aussi sa place dans ce roman. Ici on s’éloigne du romantisme et de l’amour avec un grand A, c’est plutôt cru mais tellement bien introduit dans le corps du texte que sans ces passages, le roman n’aurait certainement pas eu la même saveur.

« Tout commença à aller de travers lorsque, après l’avoir pénétrée et exécuté une série de va-et-vient, Barthas ne se laissa plus guider par son seul désir.(…) Il se demanda quelles bites célèbre avaient bien pu passer dans le sexe de Cassandra. »

« Enfin, Fredric, tu penses qu’on ne peut pas s’en délecter à l’avance au même titre qu’on attend avec impatience de retrouver sa belle pour la lui faire goûter par tous les trous. Oh excuse ma vulgarité »

Il y a aussi cette ambiance particulière alimentée par des extraits d’échanges de mails, d’actes notariés, de musique diffusée à la radio, de notes ou de retranscriptions policières. Tout est que l’auteur manipule les mots avec aisance et fluidité, j’avais peur de quelque chose de complexe avec des mots savants, et bien non ! L’auteur sait parfaitement nous embarquer avec lui dans son univers, sans trop nous baratiner d’un vocabulaire « scientifico-complexo-savant », il y a de la matière, ne vous détrompez pas, le récit demande une certaine concentration pour le suivre car les environnements, les personnages, les époques, etc. sont nombreux et très variés. Si vous avez une mémoire de poisson rouge, là je ne peux plus rien pour vous, vous vous perdrez sûrement dans les songes introspectifs ou non de Frédric !

En bref, dans ce roman, il est question de pouvoir neuropsychologique, de science -fiction, d’anticipation, de polar et de thriller psychologique. Un cocktail absolument efficace pour vous « shooter » jusqu’à la dernière page.

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2 commentaires pour « Dormeurs » d’Emmanuel QUENTIN

  1. stelphique dit :

    Quelle chronique! Je veux absolument le découvrir du coup!!!;)

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