« Les Cerfs » de Véronika MABARDI et Alexandra DUPREZ

les-cerfsQuatrième de couverture : « Blanche ne parle pas, c’est ce qu’ils disent. Ils ont tout essayé. »

C’est arrivé peu après la mort de la mère. Blanche n’a plus parlé. En dernier recours, le père l’a confiée à Annie, qui vit dans une petite maison, loin de la ville. Un robinet qui fuit, l’odeur du pain qui cuit, un renard aux aguets sous le saule, un cheval dans l’enclos, les cerfs cachés entre les arbres, un amoureux inquiet dans la menuiserie, les silences compliqués et ceux qui sont simples comme l’air… Là-bas, entre la prairie et la forêt, entre Annie et son homme, Blanche retrouvera peu à peu le chemin des mots.

— Chronique —

Une œuvre pleine de douceur qui allie poésie de l’écriture et illustrations à la fois simples et sombres.

« Les Cerfs » raconte l’histoire d’une petite fille, Blanche, qui vient de perdre sa mère et s’est plongée dans un profond mutisme. Plus de paroles, mais également plus de réactions à ce qui l’entoure. Le père désemparé face au silence de sa fille, la laisse aux soins d’une femme, Annie, une professeur des écoles ayant quitté la ville pour suivre son amour au cœur de la campagne. La petite fille fragile se retrouve à partager la vie d’une inconnue dans une maison campagnarde installée en bordure de forêt.

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est que d’une histoire, celle de Blanche, cette petite fille qui ne parle pas, découle de nombreuses autres histoires ; celle d’Annie et de son amoureux Ian, celle de la forêt et de ces animaux qui l’habitent et pourtant continuellement en danger par la présence de l’homme, celle de la ville et de la campagne, deux univers, deux mondes bien distincts, celle plus éloignée d’un père perdu depuis la mort de sa femme et d’un frère qui tente de faire bonne figure malgré son immense peine.

Blanche est muette, mais le personnage prend une dimension à part entière grâce à tous ceux et celles qui l’entourent, elle est observatrice, intelligente, elle analyse, réfléchit et agit en conséquence toujours dans son silence qui semble l’effacer aux autres en tant qu’être humain mais qui au contraire lui confère une aura plus charismatique à nous lecteur.

« Dis quelque chose, mon oiseau, s’il te plaît, arrête de me regarder comme ça. J’ai peur quand je te vois disparaître, il n’y a plus personne quand tu es comme ça. »

Blanche se reconstruit au travers de ce récit. D’abord grâce à Annie, cette dernière parle beaucoup, dit tout ce qu’elle fait, sourit à cet enfant silencieux, Annie est au fond une jeune femme amoureuse mais aussi malheureuse de cette relation. La petite le sait mais ne dit rien. Annie, c’est aussi une image maternelle rassurante, une odeur de bon pain chaud qu’elle prépare, une jeune femme patiente et qui guette les moindres réactions de la petite fille, dont parfois l’absence, à force, l’use.

« Les enfants, c’est ce qui vous tient en vie, dit Annie. Ce qui vous aide à continuer. »

Pourtant Blanche ne se laisse pas aller à se libérer grâce à cette relation, parfois se sentant incomprise, ce n’est pas le cas avec Ian, l’amour d’Annie, celui qui la rend aussi heureuse que malheureuse. Ian est un homme qui fuit du fait d’un passé honteux à  son cœur. Son regard sur la petite, ces silences partagés compris de l’un comme de l’autre, sont autant de choses qui lient ces deux âmes abîmées qui se retrouvent à partager tant de chose. Ian travaille à la scierie du coin, encore un lien vers la forêt qui va rapidement obnubiler la petite.

« Annie dit toujours, Monamour, tu sens la forêt. Et alors il répond, c’est pour mieux te perdre mon enfant »

Plus beau encore, c’est la relation qui lie Blanche à la forêt, à ces animaux qui épient à l’ombre d’un saule, dont l’esprit demeure après la mort, des animaux perpétuellement en danger, les routes qui traversent les chemins que les hardes suivent depuis des centaines d’années, des chasseurs à l’affût d’un peu de sang et de chair à cuisiner…

« Quand les phares arrivent, ils ne savent pas ce que c’est la lumière électrique. Ils se demandent si c’est un chasseur ou un soleil. Alors il s’arrêtent le temps de comprendre, et bang. »

La forêt, c’est aussi ce bruit continu d’eau qui berce le cœur de l’enfant, Blanche tente de la canaliser en créant un petit barrage, elle joue, se libère peu à peu grâce à l’aura de cette forêt dominée par les voix du cerf.  L’esprit de la forêt guette la petite qui aime s’y perdre de longues heures durant.

« La première fois, elle lui a fait peur, à la forêt. Elle l’a dérangée. Qui sait si elle est une enfant ou un chasseur ? Un scieur de bois ? »

Retrouver le chemin des mots, le son d’une voix, se libérer d’une peine accaparante qui lie ses lèvres, ne la laissant pas lâcher le moindre son, voilà ce qui nous happe dans ce roman. Blanche est attachante, ceux qui l’entourent aussi, la magie de la forêt fait également son effet, et toujours on se demande quand ? Comment ? Pourquoi un jour se décidera t-elle à lancer ces mots coincés dans sa gorge ?

« Un jour, je ferai une phrase tellement belle et tout le monde comprendra. Je prendrai des mots, les cerfs et les gens c’est la même chose, comme une chanson. Quand tous les mots seront à leur place, à l’abri, comme les cerfs dans la forêt. »

L’écriture, vous l’aurez compris à travers les citations, est absolument magnifique, c’est très posé, très doux, très tendre et poétique, des petits paragraphes disséminés par ci par là sur tous, on sait tout ce qu’il se passe, toujours à travers le regard de la petite Blanche. Un style d’écriture associé à des illustrations au coups de crayon aussi simples que l’histoire elle même, mais qui cachent en profondeur bien plus de choses, c’est subtil et élégant, un peu triste aussi, reflet des émotions de la petite fille probablement. L’ouvrage est vraiment un très bel objet.

En bref, une lecture qui emporte le lecteur dans quelque chose de doux et poétique vraiment, on est bercé par cette histoire, un peu anesthésié aussi mais dans le bon sens du terme, on voyage au cœur des pensées de Blanche qui pour son jeune âge présente une maturité incroyable. Une œuvre à découvrir !

Je remercie Babelio et les éditions Esperluète pour cet envoi.

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