« L’étrangère » de Gardner DOZOIS

etrangere Quatrième de couverture : La première fois que Joseph Farber vit Liraun Jé Genawen, il la trouva pleine de mystères. C’était durant l’Alàntene, « la Pâque du solstice d’hiver, l’Ouverture-des- Portes-de-Dûn » sur la planète Lisle. Pour l’extraterrestre, Farber bravera tous les interdits et tabous, jusqu’à se faire modifier génétiquement pour pouvoir s’unir à elle. Et pourtant, comme toutes les plus grandes histoires d’amour, leur idylle connaîtra une fin tragique…

— Chronique —

L’étrangère est un roman de science -fiction qui raconte l’histoire d’amour improbable entre un terrien expatrié et une extra-terrestre Cian. Une très belle romance qui ne ressemble à aucune autre. A travers celle – ci de nombreuses thématiques et sujets sont abordés ; la place de la femme, les différences culturelles, la tolérance, les croyances, l’évolution des technologies…, elle ouvre à une réflexion profonde et c’est tellement bien amené, malgré la description de la quatrième de couverture qui laisse présager une fin tragique, jusqu’à la fin, on y croit, on espère une fin tout autre.

Joseph Farber est un terrien vivant sur la planète de Lisle où vivent les Cians, des êtres humanoïdes mais qui présentent quelques différences avec les hommes. Un jour, alors que l’Alantene bat son plein sur la planète et que les Cians mènent de drôles de chorégraphies et chants, il rencontre Liraun Jé Genawen. Une Cian un peu plus grande que les autres, plus énigmatique, plus attractive. Un regard, quelques mots échangés, et Farber et Liraun débutent une relation, d’abord physique, puis peu à peu plus émotionnelle. Cependant, la relation n’est pas acceptée de tous, entre les terriens dégoûtés et les Cians outrés, Farber n’hésitera pas à aller très loin pour vivre son amour.

Farber est humain, un personnage avec une force de caractère indéniable, il ne s’embarrasse pas des difficultés ; brave la génétique pour vivre son histoire, défie les idées préconçues, accepte de vivre loin des siens, tente de s’intégrer à une culture qui n’est pas la sienne et toujours par amour pour sa Cian, pour Liraun. Le personnage est assez extraordinaire, tout en étant d’une simplicité extrême, humain tout simplement, homme épris d’un noble sentiment qu’est l’amour, homme prêt à tout pour vivre avec celle qu’il aime, homme courageux, mais aussi perdu dans ce qu’il ne comprend pas, n’accepte pas…

« Elle le fascinait  – au sens ancien du mot fascinare, ensorceler – et le paralysait comme un oiseau qu’on charme. »

Liraun, est un personnage mystique, un peu comme une déesse, imprenable et lointaine. Elle est aussi d’une tristesse et d’un charme incroyable, comme une aura mystérieuse, un personnage qui ne se révèle pas vraiment jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard… Liraun à l’image de son peuple, s’exprime en paroles philosophiques, très imagées, parfois difficiles à comprendre pour le terrien qu’est Farber, est effacée, difficile à cerner, lunatique aussi.

 » tu marchais seul et personne ne te touchait, et moi seule ai vu cela, moi seule l’ai vu. Parce que moi aussi j’ai toujours été seule parmi mon propre peuple et j’ai pensé : Comme moi, il n’a qu’une moitié d’âme, et j’ai pensé aussi ; Réunissons-les, ces deux moitiés. »

Tout deux évoluent dans une atmosphère bien particulière et particulièrement bien décrite et amenée par l’auteur, un côté un peu chatoyant lors de leur rencontre, la pâque du solstice d’hiver où les commémorations sont emplis de couleurs, de musiques transcendantes, de chants enivrants, de costumes flamboyants, de danses hypnotiques, cela va avec leur coup de foudre réciproque. Et puis, peu à peu l’hiver s’installe, le froid s’empare de la Vieille ville, le récit ralenti comme un compte à rebord qui voudrait s’étioler, on approche du moment fatidique, avec désarroi, avec angoisse aussi, et cette question : pourquoi ?

On l’aura compris, l’auteur manie une plume très poétique, très élégante, très imagée aussi, on s’imagine aisément la planète de Lisle dans laquelle le lecteur sera bien malgré lui emporté, le peuple Cian à la vie simple et primitive bien éloignée de leurs avancés technologiques et génétiques, les terriens qui y vivent, à part, qui a contrario adore la technologie et ses excès. L’auteur dresse une peinture métaphorique ; le choc culturel, les Cians et les Terriens ne s’appréciant guère, l’intolérance vis à vis de leur différence, l’incompréhension des us et coutumes, les Cians sont intellectuels et philosophiques dans leur discours, l’homme plus terre à terre. Il y a aussi la place de la femme ; Liraun représente à elle seule, une grande métaphore de la femme, de son devoir vis à vis de sa famille, de son mari, de sa place limitée dans la société. (Rappelons que le roman a été écrit 1978…)

L’auteur fait une ôde à l’amour inconditionnel, celui qui dépasse les différences, les incompréhensions, les êtres eux – mêmes. Un roman de science-fiction qui se lit avec beaucoup d’aisance, l’auteur maniant le genre sans en faire de trop, c’est assez sédentaire au final, on y voit surtout Farber évoluer face aux siens, face aux Cians, face à cette femme différente des terriennes mais pour laquelle il ressent quelque chose de vraiment spécial.

En bref, un roman qui a su une nouvelle fois me faire aimer la science – fiction, l’univers est superbe, plein de poésie, l’histoire d’amour est intemporelle, sans fioriture, juste simple et efficace. Une lecture à conseiller !

Je remercie Louve du forum Mort Sure et son partenaire ActuSF pour m’avoir permis découvrir ce très beau roman.

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