« Marie Béatrice » de Romain MIKAM

Quatrième de couverture : Au sein de la Principauté, cette enclave aux lois atypiques, les machines comme Marie ont des droits. Elles sont de vraies personnes, avec carte d’identité, permis de conduire, taxe d’habitation et sécurité sociale.

Et en tant que personne libre, Marie entend bien tirer tout ce qu’elle peut de sa vie. Mais sa programmation la destine à accomplir des actes sexuels rémunérés pour survivre.

Comment concilier cet impératif avec son désir de normalité, avec sa vie de couple, avec son besoin de sécurité ? Et si elle en faisait un soin ? Qui pourrait se plaindre qu’elle travaille dans un hôpital ?

— Chronique —

Ce roman de science fiction humanisant donne la part belle aux machines d’un nouveau genre. L’auteur à travers ces filles atypiques dresse surtout le portrait d’une humanité déshumanisante, qui est vraiment l’humain dans ce roman ? L’homme ? La machine ? Cette notion ancestrale à l’homme est, à mon sens, au centre de ce récit qui peint aussi un formidable portrait de femme. Il n’y a pas de quête, d’aventure, pas d’épopée mouvementée, on est dans quelque chose d’assez intimiste, on suit un personnage assez extraordinaire, un robot, une machine avec une intelligence artificielle qui au fur et à mesure de son existence (devrais – je plutôt dire de sa vie ?) se crée une identité propre, une personnalité individualisée, un être avec des envies, des besoins, des peurs et des joies, n’est ce pas là le propre de l’humanité ? Quand on y pense c’est assez effrayant de créer ce quelque chose qui devient ce quelqu’un, l’homme se prendrait – il pour dieu ? Là n’est pas le débat mais au final on peut se poser une tonne de questions plus intéressantes et plus réfléchies les unes que les autres en lisant ce roman.

Qui est Marie Béatrice ? C’est une machine, une conception de JSBA pour lutter contre les abus sexuels quel qu’ils soient, les viols, le proxénétisme ou encore les frustrations violentes. Ces machines aux traits humanoïdes incroyables sont conçues pour le sexe, c’est leur rôle, elles sont là pour satisfaire moyennant finance évidemment. Le petit détail qui tue, c’est qu’elles ont un quota à faire pour survivre sinon, elles sont rebootées et toute leur expérience et leur personnalité sont effacées. Un défaut électronique parmi tant d’autre possible pour une machine, quelle importance ? C’est que ces machines ressentent des choses, ont conscience de leur existence, de leurs émotions, elles ont une personnalité à part entière, ce sont de vraies personnes tout simplement.

Depuis peu la Principauté leur donne des droits avec papiers d’identité et tout, et tout, ce sont de véritables citoyennes. Les crimes à leur encontre sont passibles d’emprisonnement alors qu’ailleurs, ce ne sont que des engins, de la tôle et des câbles, des objets qu’il est interdit d’abîmer mais vous ne risquez pas grand chose si c’est le cas à part une amende pour « destruction du bien d’autrui ».

Être prostituée, se balader dans la rue dans l’insécurité le tout en étant en couple, ce n’est pas franchement « normal », Marie Béatrice veut changer de vie et se lance dans un sacré challenge : offrir des soins sexuels à des patients hospitalisés, tout le monde peut en profiter selon les besoins et les demandes de chacun. Un concept tabou actuellement, qui serait certainement mal vu, qui fait peur aussi mais après tout pourquoi pas ?

L’auteur parle donc de ces lieux médicalisés et aseptisés souvent austères et sectarisés, la pédiatrie, la gériatrie, la chirurgie, la psychiatrie, etc. c’est varié, les patients le sont tout autant pourtant une chose les lie, le sexe, c’est la vie, c’est un besoin, le sexe ça fait du bien au corps et au moral, alors pourquoi sous prétexte d’être dans un hôpital devrait-on être cantonné à un code de conduite qui n’est pas forcément en adéquation avec les besoins du corps ? Un comble pour une cellule de soins ! Pourquoi ne pourrait – on pas se faire plaisir si cela peut nous rendre plus heureux mais surtout plus en forme ? N’est – il pas d’usage courant qu’une personne bien dans sa tête et heureuse à plus de chance de s’en sortir qu’une personne triste et morne ?

Marie Béatrice est un personnage assez exceptionnel, elle est profondément touchante, un brin fantaisiste et toujours prête à aider les autres. Ce personnage n’est pas complexe, il suit seulement ce qui lui parait logique et sain d’esprit, Marie Béatrice ne se pose pas cent mille questions, si elle veut faire quelque chose, elle le fait, si elle veut dire quelque chose, elle le dit, même si à travers son évolution a cours du roman, on sent que le personnage capte les subtilités humaines et calque de plus en plus son comportement sur l’homme, elle réfléchit davantage, se laisse porter par ses réflexions, a davantage de tact, tout en restant nettement plus humaine que beaucoup.

L’auteur pose certaines questions avec ce personnage, s’il nous parle d’humanité ou d’humanisation, c’est selon, il parle aussi de tolérance, de différence, d’égalité, de droits, de dépasser ses  idées reçues, d’accepter les changements mais aussi certains tabous interdits et tout simplement de vivre avec son temps. L’entraide aussi, une valeur qui s’étiole dans une société toujours plus individualiste et toujours plus intolérante, plus extrême du moins, là aussi Marie Béatrice en est le reflet, si elle est très appréciée que ce soit par ses amies, ses collègues, ses patients, elle est aussi profondément détestée, elle dégoûte, n’est pas forcément comprise, tolérée tout simplement.

Si une chose m’a gênée, du moins au début, c’est sa relation de couple avec Thomas, l’homme et la machine, c’est très perturbant quand on y pense, tout est créé en elle, rien n’est « vrai », comment peut-on en tomber amoureux ? Comment peut-être elle – même être amoureuse ? Et puis comment arrive t-il à passer outre son activité de prostituée ? Pourtant, au fil du récit, le couple prend de l’épaisseur, en tant que lecteur on y croit, pourquoi ? Parce que Marie Béatrice nous explique ce qu’elle est, compare ses besoins aux nôtres, on comprend ce qui la définit, comment elle survit, dans nos petites têtes humaines aux idées bien préconçues et bien moulées, il y a des choses qui nous dépassent, et pourtant ce roman chamboule beaucoup de choses. Je trouve qu’il a la force incroyable de nous faire accepter des choses inconcevables ! Du sexe comme soins, dans un hôpital, de l’amour avec une machine, une machine avec des droits à part entière. Il n’y pas dans ce roman une once d’érotisme et pourtant le sexe est au centre, il n’est justement pas un tabou mais ramener à une chose naturelle.

On ne vit pas une folle aventure dans ce roman, on suit simplement le personnage de Marie Béatrice dans son projet de TSSH (technicienne de soins sexuels hospitaliers), dans son évolution en tant que machine sexuelle, sa vie de couple aussi et surtout son individualité. Elle a tout simplement un cœur qu’elle ouvre aux souffrants et une âme aussi belle que censée, deux concepts métaphoriques qui pourraient laisser dubitatifs, ne le croyez pas, Marie Béatrice m’a touchée et surtout beaucoup émue, pour une machine, c’est plutôt extraordinaire.

En bref, un roman qui mérite beaucoup d’attention, si l’auteur a indéniablement beaucoup d’humour et apporte un côté léger à ce personnage fantasque et fantastique, il écrit surtout dans l’ombre beaucoup d’idées intelligentes et ouvre à des réflexions fortes, peut être un brin avant-gardistes mais certainement toujours très humaines. Ce roman est une espèce de contemporain (thème très actuel) anticipatif (avant-gardiste face à la technologie), une SF intimiste et créative, un roman qui mériterait une meilleure place dans la littérature du genre. Honnêtement, n’hésitez pas à jouer les curieux, ce roman en vaut vraiment la peine !

Je remercie vraiment l’auteur Romain Mikam pour m’avoir faire confiance dans la découverte de Marie Béatrice.

ROMAIN MIKAM

— Lus dans le cadre des challenges suivants —

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