« Quatorze appartements » d’Agnès Karinthi

Quatrième de couverture : « J’ai besoin de rencontrer des gens. Pour me sentir chez moi, ici. Alors j’ai pensé à nos voisins. L’immeuble est petit, tu comprends ? Vivre à côté des gens que nous croisons tous les jours sans rien savoir sur eux m’est paru d’un coup ridicule. Rien que des Bonjour et des Bonne journée dans le hall de l’immeuble, ça rime à quoi ? Je voulais lier connaissance, développer nos relations, tisser des liens d’amitié, pourquoi pas. Tout est parti de là. »

La solidarité a-t-elle encore sa place dans les rapports humains ? Véronique y croit. 

Fraîchement installée à Lyon, déçue par son mari et pressentant la routine qui la guette, elle décide de renverser la vapeur et frappe aux portes de ses voisins pour tisser des liens. 

En réponse, elle devra faire face à l’indifférence des uns, la solitude des autres, l’infidélité et l’amitié. Dans un style fluide et entraînant, l’auteure nous emmène à la découverte de ce petit immeuble où chaque nouvelle rencontre est une belle surprise : notre société en miniature. 

Un roman qui nous parle de la vraie vie… Le monde en quatorze appartements.

— Chronique —

Suite à la mutation de son mari Damien, Véronique Roland se retrouve à vivre dans le milieu urbain lyonnais, bien loin de la campagne qu’ils viennent de quitter. Pour elle qui s’imaginait monts et merveilles, un accès facile à la culture et aux sorties, de nouvelles rencontres amicales, c’est la douche froide. La jeune femme se retrouve rapidement seule dans son appartement à gérer le quotidien de ses enfants et l’absence d’un mari souvent en déplacement. En quête de sociabilité, elle décide de prendre le taureau par les cornes et de rencontrer ses voisins, ceux qui vivent dans les treize autres appartements de l’immeuble et de lier enfin connaissance avec eux. Elle commence alors ses manigances pour les rencontrer, toquer à leur porte sur de futiles prétextes, allant même jusqu’à noter les moindres informations sur eux dans un carnet, qu’elle cache à son mari. Peu à peu des liens se construisent…

Ce roman, c’est un portrait de femme mais surtout un portrait d’une société qui plaira certainement à un large public, chacun pouvant y trouver son compte, chacun pouvant surtout se retrouver dans cet ouvrage, chacun pouvant aussi être sensibilisé à ce qu’est notre vie à tous. Si l’auteure dresse une jolie peinture de société avec ce qu’elle comporte de plus codée ; la vie de couple, les enfants, le travail, etc., elle évoque aussi beaucoup la solitude et les différences à travers une ribambelle de personnages tantôt amusants, tantôt attachants ; une mamie folle de son chien, un charmant aveugle futur papa, des jeunes étudiants, une femme seule travaillant la nuit, une psychologue, et tant d’autres… Dans cet immeuble, vivent une quarantaine de personnes, toutes plus différentes les unes que les autres mais que Véronique qui a un grand besoin de vie sociale va tacher de rencontrer, de connaître et peut-être même de lier.

Il y a aussi la vie de couple et la vie familiale qui est largement évoquées dans ce roman. Le rapport avec le mari et les trois garçons, la femme et ses multiples rôles qu’elle endosse à différent moment de la journée : la maman, la professionnelle, l’amie, l’amante, on retrouve là un cliché de vie sociale qui est toutefois bien réel mais pas généralisable, la place de la femme dans une société où l’homme qui travaille beaucoup, rentre tard et fatigué de son travail, laissant un peu sa vie de famille de côté, aspirant au repos, un casanier à qui la vie de famille suffit alors que la femme aimerait sortir davantage. Le personnage de Damien représente un peu ça, mais c’est aussi un amoureux, un homme qui va se prendre de joli claques verbales de sa femme qui vont le réveiller et l’entraîner à faire des efforts pour elle, leur vie de couple, pour lui mais aussi pour leur enfant. Les enfants parlons en, trois garçons, un pré-adolescent qui vit dans sa bulle fantasy, un sportif fan de football et un petit dernier qui tente de suivre les pas des grands mais toutefois très attaché à sa maman.

Du côté de l’écriture, l’auteure a un style relativement fluide, elle a choisi une écriture à une voix, celle de l’héroïne, laissant toutefois la parole deux ou trois fois à Odile, une SDf que Véronique va rencontrer et fortement sensibiliser sur cet aspect assez méconnu ; les femmes SDF (oui ça existe). Ces prises de parole sont relativement émouvantes et fortes. L’essentiel est écrit du point de vue de Véronique avec laquelle on vit les choses : le changement de vie, la solitude, la vie d’une femme mariée à un homme qui travaille trop et tard, la vie d’une maman de trois petits hommes qui sont bien loin d’avoir les passions de leur mère, la vie d’une femme, amie, amante, celle de rencontres variés et sensibles, l’infidélité, tout autant de sujets qui vous construisent. Agnès Karinthi a les mots juste pour nous immerger dans la vie de cette femme et à travers son regard nous sensibiliser à celle des autres.

Peut-être que ce qu’il manque à ce roman, c’est la différence ethnique, car la société actuelle, c’est certes des tempéraments, des croyances, des idées, des âges différents mais aussi un melting pot des origines, des couleurs, un panaché qui  rend cette société, la notre du moins, encore plus belle. Un petit détail puisque l’on retrouve ces différences à travers la vie scolaire des enfants et de leurs amis mais pas à l’intérieur même de cet immeuble qui foisonne de vie.

En bref, un roman intelligent et sensible qui vient dresser le portrait d’une vie de femme et d’une société condensé dans un immeuble de six étages. Derrière chacune des portes des quatorze appartements, c’est certainement un peu de vous et de vos voisins qui s’y trouvent. C’est humain, c’est réaliste, c’est un joli romain contemporain.

Je remercie les éditions de l’Astre bleu et plus particulièrement Eliane pour la découverte de ce nouvel ouvrage.

 

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2 commentaires pour « Quatorze appartements » d’Agnès Karinthi

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