« La Faucheuse » de Neal SHUSTERMAN

Quatrième de couverture : Les commandements du Faucheur:
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.

— Chronique —

La Mort, vaste thème qui attire autant qu’il révulse. Dans cette dystopie Neal Shusterman en fait une histoire assez dérangeante dans un futur a priori idéaliste pas si lointain. Et pourtant, on embarque dès les premières pages en compagnie d’excellents personnages au sein d’un univers qui semble froid, redondant et triste par son manque de surprise, l’humanité s’étant terrée dans une vie soit disant parfaite. Ce qui fait l’humanité ; une durée de vie, des émotions, des différences, des expériences, prend ici une tout autre tournure et amène à se poser réellement certaines questions existentielles sur l’immortalité, la notion de passé, la mort et les bas instincts de l’homme. Sous ses bavardages philosophiques, ce roman young adult est juste excellent !

Dans un futur plus lointain, l’Âge de la Mortalité n’est plus. L’humanité ne craint pas la mort par vieillesse. Chaque individu à la possibilité de subir un « cap » lui permettant de retrouver une seconde, une troisième ou plus jeunesse, et peut être amené à vivre plusieurs vies maritales au cœur d’une famille nombreuse. L’humanité ne craint pas non plus la mort accidentelle, de nombreux laboratoires de résurrection ont pullulé dans le monde, du moment que l’on retrouve tous les morceaux de votre corps, vous continuerez à vivre. L’humanité craint juste le courroux des Faucheurs, seul ses êtres qui arborent une robe de la couleur de leur choix, excepté le noir, peuvent donner une mort définitive, c’est ce que l’on appelle le glanage. Ils ont le choix de la méthode : armes blanches, armes à feu, poisons, à mains nues, etc. et le choix de l’être humain à glaner. Quant aux Faucheurs, ils sont immunisés contre le glanage et peuvent seulement mourir de leur propre chef. Un système régi par des règles bien précises ; des quotas, pas de distinctions sectaires ou ethniques, pas de préméditation, pas de plaisir à la tâche, tout un ensemble de règles qui nécessite sagesse et empathie. Cependant, ce système si bien rôdé par les « anciens » Faucheurs est mis à mal par une nouvelle génération plus impulsive, plus gourmande et plus vicieuse. C’est dans ce contexte que Citra et Rowan, deux adolescents, se retrouvent apprentis d’un maître Faucheur et que, de leur ordination, un certain nombre de conflits pourrait faire basculer un système déjà fragile.

Ce roman, c’est donc un univers assez simple mais efficace où l’humanité est régie par le Thunderhead, une intelligence artificielle qui gère les besoins de la société à partir de l’étude de la mémoire de l’humanité accumulée dans le « cerveau primitif », plus de crime, si ce n’est les « Malpropres » qui se contentent d’actes de vandalisme légers, plus de mort par vieillesse, plus de maladie, plus de besoins véritables, le thunderhead répondant à tout ce dont vous avez besoin pour vivre, la pauvreté est un choix, plus de guerre, plus de dictature, plus de famine, bref l’humanité vit dans une espèce de bulle protectrice, toujours plus nombreuse. C’est dans cet état de fait que les Faucheurs interviennent et sont nécessaires pour réguler la population.

Ce qui fait vraiment la force de cette intrigue, c’est la petite goutte d’eau qui va venir enrailler le système bien rôdé et faire basculer certains Faucheurs bien au delà de leur rôle, l’humanité est alors potentiellement menacée des pires horreurs : massacres en masse, douloureux et jouissifs pour ceux qui les perpétuent avec vice, et l’intervention de ces deux jeunes bien différents qui pourraient être les clés nécessaires pour conserver un système juste et impartial. De là, l’histoire en devient très addictive avec des rebondissements que l’on ne voit pas venir, et par deux fois l’auteur nous embrouille pour nous mettre une belle claque, violente avec des meurtres (on ne parle plus de glanages dans ce cas) sanglants, passionnante avec des personnages qui évoluent pouvant basculer d’un côté comme de l’autre, ce roman est certes young adult mais certainement pas jeunesse, et même plutôt mature dans ces idées véhiculées et certains actes barbares.

Qu’en est-il des personnages ? Je vais être honnête, Rowan et Dame Curie ont ma préférence. Le premier est un jeune homme de seize ans qui se retrouve apprenti de Maître Faraday, connu pour sa sagesse et sa bonté, qui vient d’une famille nombreuse, une « feuille de salade » au cœur d’un sandwich bien riche en ingrédients (pour reprendre sa propre métaphore), effacée et peu considérée par ses proches, pourtant malgré ce manque d’affection, Rowan est un très beau personnage, très empathique, qui ne juge pas, plutôt sage et observateur, il sait aussi parfaitement dissimuler ses propres émotions, il a ce côté un peu flegmatique, on ne sait pas forcément ce qu’il pense, ce qui va profondément agacer Citra. Il est fascinant ce personnage dans son évolution, vraiment, on ne peut pas en dire trop sans dévoiler un gros tournant de l’histoire mais sachez que vous allez vibrer pour Rowan. Ensuite, il y a Citra qui pourrait être considérée comme le personnage principal, mais on suit les deux points de vue, et à mon sens, Rowan est aussi important que Citra dans ce récit. Elle est très différente de Rowan, elle est plus nerveuse, plus impulsive et ose dire les choses, elle est très naturelle et en même temps pleine de bonté. Elle a une évolution plus linéaire et plus attendue dans cette histoire, elle ne crée par vraiment de surprises, enfin mise à part… Elle va changer évidemment en vivant cette année d’apprentissage qui promet d’être mouvementée !

Du côté des faucheurs, il y a les bons et les moins bons, Maître Faraday et Dame Curie font partie de cette caste des Anciens qui prônent la sagesse et l’empathie, ils ont déjà subi plusieurs cap et respectent les règles. Maître Goddard et sa clique de jeunes Maîtres est d’un autre genre, ce Faucheur respecté est aussi profondément égocentrique et manipulateur, certains le voient comme un visionnaire, porteur d’un renouveau au sein du système ancien des Faucheurs, il aime les massacres en masse et qui marquent les esprits…

Pour le style de l’auteur, rien à dire, c’est tellement bien, le roman se dévore tant l’intrigue nous porte jusqu’aux dernières lignes qui laissent une fin ouverte pour les deux opus à venir mais qui peut aussi se suffire à elle même, le roman a une véritable fin, chose franchement très agréable ! Ce n’est pas un cliffangher qui va nous faire attendre impatiemment le prochain tome mais de pouvoir de nouveau replonger dans l’univers en compagnie de ses personnages.

En bref, je n’ai pas pour habitude d’utiliser cette expression usée de moult façons à bâton rompu mais ce roman est véritable coup de cœur ! J’ai adoré cet univers macabre, cette mort qui rôde à chaque page, cette perversité qui peut potentiellement vous atteindre sans le vouloir. J’ai adoré ces différents personnages qui viennent renforcer l’intrigue en évoluant pour certains de manière surprenante, bref un excellent roman et nul doute que je m’aventurerai dans l’intégralité de la trilogie !

Je remercie Babelio et son partenaire Robert Laffont pour cette bien belle lecture !

— Lu dans le cadre des challenges suivants —

je-suis-peter-pan11 et-le-monde-changea10

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2 commentaires pour « La Faucheuse » de Neal SHUSTERMAN

  1. J’ai eu un coup de coeur pour ce roman également, grâce aux personnages que l’univers 😄

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