« Où s’imposent les silences » d’Emmanuel QUENTIN

Quatrième de couverture : D’où que vous veniez, quelle que soit votre Terre d’origine, êtes-vous sûr de vouloir lire les lignes qui suivent ? De vous entendre résumer une histoire en quelques mots sous prétexte qu’ils vous éclaireraient sur son contenu ? Voulez-vous vraiment savoir ce que recèlent ces pages ?

Soit. Sachez donc que vous allez partir à la rencontre d’un étudiant confronté à un tableau de la Renaissance pour le moins anachronique, d’un flic enquêtant sur un cadavre improbable, et d’une femme amnésique se réveillant dans un champ désolé. Trois personnes rattrapées par le déséquilibre des mondes.

Si votre Loi vous y autorise, ouvrez ce livre, avant que ne s’imposent les silences.

— Avant – propos —

Alors que je m’attendais à recevoir ce roman (dont j’attendais avec beaucoup d’impatience la sortie) en service presse grâce à Davy Athuil, le maître des éditions du Peuple de Mü, les petites créatures de la maison ont encore manigancé quelque chose d’extra… J’ai eu la surprise de recevoir le roman dédicacé par l’auteur mais surtout envoyé directement par l’auteur lui-même. C’est très « con » (pardonnez – moi le terme) mais je me suis retrouvée devant le roman toute émue, n’en croyant pas mes yeux, me disant « Wouha ! Quel cadeau ! », j’ai « buggé » pendant un moment, ce roman à la main, ouvert sur la dédicace, à la relire plusieurs fois, à me dire « oui, oui c’est bien réel ». Ce qui m’a le plus touchée, c’est que d’une part, l’auteur s’est souvenu que je faisais dédicacer mes romans sous mon pseudo Walkyrie et non sous mon prénom, mais aussi et d’autre part, surtout se rappelait de notre conversation sur ses « talents » de dessinateur aux Aventuriales de Ménétrol (63) en septembre dernier ! Bref, Merci Emmanuel pour ta gentillesse et cette très belle attention, et surtout merci à toi Davy d’offrir autant d’humanité dans ce que tu fais .

— Chronique —

Avignon, 2036, Matthias Helm est un jeune étudiant. Il découvre une enveloppe sur le palier de son appartement contenant une série de références bibliographiques le menant systématiquement à une étrange photo d’un tableau de la Renaissance où deux personnes ne lui sont pas inconnues. Matthias n’est pas un héros comme les autres, un être humain comme vous et moi qui va pourtant vivre une aventure qu’il n’aurait jamais pu imaginer.

Autre temps, autre endroit, un rêve ? Une femme se réveille dans un monde silencieux, perdu, désertique, étouffant, où les sens ne sont plus et où le temps semble s’être arrêté, pourquoi est-elle là ? Où est-elle ? Pourquoi ne se souvient-elle pas ? Derrière chaque pas de la femme rôde une ombre menaçante presque angoissante.

Îles de France, 2036, une pandémie fait rage sur la population, Alexandre Jovic est un lieutenant de talent mis au placard.  Il se retrouve à enquêter sur un meurtre dont le corps présente des stigmates inexplicables. Alex est curieux et adore les défis, aimant se pavaner et se faire mousser de ses réussites auprès de ses collègues, cette fois-ci il va être servi !

Matthias a reconnu sa mère et son oncle sur ce fameux tableau de la Renaissance et au lieu d’avoir une explication, il se retrouve projeté dans un monde parallèle. Matthias va être sauvé de la violence de ce monde par Dimitri originaire lui-même d’un autre monde dominé par la guerre entre deux peuplades : la République de Falmur dominée par la Loi (une pseudo dictature) et les Macorites. Dimitri est certainement le personnage que j’ai préféré, d’une part par son passé difficile et cette vie bridée qu’il finira par quitter par amour… D’autre part par sa dureté, son charisme et ses talents qui d’une certaine façon éblouissent.

Évidemment, le roman va tourner autour de la compréhension du lien intime qui lie ces trois personnages de prime abord dissociables, ces trois histoires semblant indépendantes l’une de l’autre. Lien qui se découvrira peu à peu, grâce au personnage de Dimitri.

« – Tu es sur Terre, Matthias. Mais une Terre parallèle dont la ligne d’évolution est différente de celle d’où tu viens. Elle n’est ni pire ni meilleure, tu verras. Elle est autre. » p.180

Ayant adoré Dormeurs, le premier roman de l’auteur, difficile de ne pas faire de comparatif, car s’ils sont indéniablement différents, il y a un semblant de ressemblance. « Dormeurs » était parfait de bout en bout avec une grosse réflexion et un regard sombre sur le devenir de notre société. Dans ce roman – ci, c’est un peu différent, on est plus dans une fiction pour divertir (dans le bon sens du terme, parait que certains n’apprécient pas ce mot quand on parle de leur livre, je ne vois pas trop pourquoi, le but d’un livre en lien avec l’imaginaire n’est-il pas de divertir, d’évader le lecteur justement ?), plus populaire peut-être, en tout cas je l’ai ressenti ainsi. On est dans une logique « linéaire » ou « schématisée », même si on se balade entre trois univers parallèles bien distincts, on avance selon des faits, des actes placés au bon endroit au bon moment. L’auteur ne s’épanche pas forcément sur les détails, ce qui peut potentiellement manquer à certains, ou les explications scientifiques rationnelles. Il a tendance à aller à l’essentiel, il est là pour poser une intrigue comme point de départ, avec en décors des univers riches et dépaysants à la fois froids, angoissants et magnifiques et des personnages bien individualisés mais non caricaturés, chacun indispensables et géniaux, de là il ne reste plus qu’à distiller des clés par ci, par là, pour vous en apprendre un peu plus sur cette énigmatique histoire, pour toujours tenter de comprendre ce fameux lien qui lie les univers et les personnages. Emmanuel a toutefois l’art et la manière pour vous les donner subtilement sans forcément que cela vous dénoue l’intégralité de l’intrigue, il manque toujours quelque chose, jusqu’à cette fin à mon sens ouverte et quelque part très frustrante !

Si au final, le roman en soi parait donc assez simple, du moins si on le compare au premier roman de l’auteur, on peut toutefois y voir une forme de réflexion ou un constat sur ces sociétés actuellement opprimées et dominées par le pouvoir, obligées de suivre les lois sous peine d’en subir de lourdes conséquences. Le mot « Silence » prend ici tout son sens. Était-ce l’intention de l’auteur ? Certainement, ce dernier aimant, a priori, prendre les défauts et les gangrènes de notre société actuelle pour les renforcer dans ces romans, une façon de montrer vers quel monde potentiel nous nous dirigeons.

A travers cette histoire, on reconnaît bien la marque de fabrique et les amours littéraires de l’auteur : tourmenter ses lecteurs, les faire se poser des questions, les perdre dans divers univers pour mieux les lier ensuite… Astucieux ! Cela donne un mélange des genres plutôt sympa, l’auteur surfe sur de la science-fiction (anticipation) avec un brin de fantasy le tout agrémenté du côté enquête et suspense du polar et du thriller. Amateur d’éclectisme, vous serez servi ! Vous l’aurez compris, c’est trépidant, énigmatique et très intéressant.

Il faut aussi souligner le travail de l’illustrateur Pascal Casolari sur la couverture, elle est sublime et sonne avec justesse avec la description d’un des passages du roman. Ces mots soulignent aussi la qualité d’écriture d’Emmanuel Quentin :

« A quelques kilomètres face à nous, sur cette terre aride et désolée, derrière une rangée de ruines, deux immenses tours de pierre penchées, fendues à leur sommet et semblables aux doigts d’un robot géant pris  dans le sol, se découpaient dans la lueur naissante du jour. »p.180

Je me dis en relisant ces lignes que même si l’auteur ne se perd pas dans les détails, il est quand même vraiment doué pour créer des univers immersifs avec une simplicité déconcertante. Pour en revenir à la couverture, comme les descriptions et les mots de l’auteur, c’est à l’image du roman, c’est beau, sombre, subtilement coloré parfois, menaçant, imposant, désolant, charismatique !

En bref, un bon moment de lecture en perspective, l’auteur, une nouvelle fois, nous fait voyager entre un univers d’anticipation qui nous est familier malgré la pandémie, un univers surréaliste, onirique, un univers flottant entre les deux autres et enfin un univers qui s’apparenterait davantage à une forme de science fantasy aux paysages désertiques incroyables. On reconnaît bien là la patte de l’auteur, une patte qui fonctionne merveilleusement bien, d’autant plus que l’auteur est talentueux dans son style et son écriture et qu’il est d’une simplicité folle (doutant de sa productivité littéraire) qui le rend encore plus attachant ! Un roman que je conseille évidemment, et un auteur qui ne mérite que d’être connu davantage !

Emmanuel, je serai au rendez – vous pour le prochain, c’est évident et je te remercie encore une fois pour cette magnifique surprise que tu m’as offerte. Davy, continue ton boulot de forçat, le Peuple de Mü est une belle maison d’édition aux valeurs humaines indéniables, merci à tous les deux pour votre confiance.

le-peuple-de-mu

— Lu dans le cadre des challenges suivants —

franco10 et-le-monde-changea10

— Autre roman de l’auteur —

Si vous souhaitez lire mon avis sur le roman Dormeurs, il suffit de cliquer sur l’image !

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4 commentaires pour « Où s’imposent les silences » d’Emmanuel QUENTIN

  1. Ping : Les Aventuriales de Ménétrol 2017, c’est bientôt ! | Songes d'une Walkyrie

  2. Amélire_enrouge dit :

    Merci pour cette chronique, j’ai encore plus hâte de le lire! 🙂

  3. Ping : C’est l’heure du bilan ! | Songes d'une Walkyrie

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