« Le Manuscrit proscrit de Nur Jahan » de Cécilia CORREIA

Quatrième de couverture : « Dorsetshire, 25 octobre 1836,
Les mots me manquent pour exprimer mon ressenti en reprenant, moins d’un an après mon retour en Angleterre, les annotations diverses effectuées au cours de mon expédition en Inde. Quiconque viendrait à les lire pourrait penser à tort que la raison m’a abandonnée. Que le Ciel m’en soit témoin, ce n’est point le cas.
C’est avec une appréhension certaine que je me replonge dans cette aventure, là où tout a commencé, non loin du Cap des Aiguilles, alors que la fureur d’une terrible tempête était sur le point de s’abattre sur notre vaisseau… »

— Chronique —

Le Manuscrit proscrit de Nur Jahan propose de l’exotisme, de l‘historique, de la romance, un brin de fantastique et beaucoup d’érotisme. Un roman qui vous fera voyager au cœur des terres indiennes des Maharajas, au travers d’une flore dense et inquiétante, où une faune dangereuse et menaçante peut vous tuer à chaque pas et, dans le folklore indien où les divinités du passé viennent hanter une romance pleine de passion et d’ardeur, faisant modestement honneur au kamasutra. Un bon moment de lecture en perspective.

XIX siècle, la conquête britannique d’une Inde traditionnelle avance peu à peu. Judith et son oncle naturaliste vogue à travers un océan menaçant pour rejoindre les terres lointaines indiennes afin d’étudier les tigres locaux. Arrivés à Madras, ils sont accueillis par des compatriotes britanniques pour récupérer quelques jours avant de repartir en excursion. Jude est excitée de pouvoir suivre les pas de son oncle, ce qui n’était pas gagné au regard de sa condition de femme. Par ailleurs, elle est somnambule et suit un traitement depuis son adolescence. Un soir ne l’ayant pas pris en quantité suffisante, elle se lève et marche jusqu’aux quartiers pauvres où la lèpre sévit, attirée par une cahute, elle s’y engouffre et ressort avec un mystérieux coffret. Cet étrange cadeau n’est autre qu’un manuscrit vierge, qui, une fois ouvert, va vite s’imposer à elle et lui promettre les visites nocturnes et addictives d’un fantôme à la vertu légère.

Ce roman, c’est du divertissement, du rêve et une invitation au voyage, indéniablement l’auteure a su décrire avec beaucoup de talent une atmosphère exotique propice à préparer et à ouvrir nos cœurs à la romance passionnée emprunte d’une forte sensualité qui va naître tout au long du récit. Un cadre magique et envoûtant où la romance côtoie le fantastique, il y a beaucoup de magie et d’émerveillement dans l’ambiance générale de ce titre, sans oublier la touche d’action et de dangers qui viennent vous faire frémir, faites d’esprits vengeresses ou de tigres blancs démesurés, toujours en vous titillant l’imaginaire pour le rendre encore plus passionnant. Une véritable force pour cet ouvrage car l’auteure connaît son sujet et à coup de descriptions précises et efficaces, elle invite ses lecteurs à découvrir une Inde d’un autre temps, tout en y distillant de ci, de là sa petite touche personnelle, son propre imaginaire, car certains lieux sont purement inventés pour certainement accentuer ce côté épopée historique. Il aura complètement su me dépayser et m’emporter. Entre le côté sauvage de la nature indienne et le raffinement des palais des maharajas, un contraste traité avec une certaine justesse et un certain équilibre. En cela, l’auteure a parfaitement bien maîtrisé son roman.

Toutefois, si vous vous attendez à quelque chose d’axée sur les légendes et l’historique du Manuscrit de Nur Jahan, sachez qu’il n’en est rien. On est ici clairement dans une romance pure et dure où le reste de l’histoire sert essentiellement de décor et ajoute un peu de cachet à l’ensemble. La romance est plutôt sympa à suivre, on a un peu ce sentiment d’être dans ces vieux films exotiques où des scientifiques britanniques se retrouvent sur une terre sauvage et inconnue qu’il ne maîtrise pas avec une soif de curiosité et de découverte qui n’est que prétexte à valoriser la romance. Elle est servie par deux personnages assez forts et bien dépeints malgré qu’ils soient un peu caricaturés.

D’un côté, Jude est la fille de bonne famille anglaise, avec les bonnes manières qui vont avec et les us et coutumes qui ont fait son éducation. Là où elle se différencie, c’est qu’elle est entêtée, téméraire (un peu trop d’ailleurs), un peu garçon manqué, initiée aux activités masculines tel que l’escrime et l’équitation par son oncle, avec ce besoin continu de montrer ce qu’elle vaut face à un homme, quitte à se mettre en danger.  Elle ne rêve pas au mariage mais a plutôt une grande soif de liberté et de connaissance, avec une passion particulière pour les sciences. C’est ainsi qu’elle débarque en Inde, et qu’elle reçoit, suite à la découverte d’un étrange manuscrit, la visite d’un esprit lui procurant des plaisirs inavouables, dont elle ne va vite plus pouvoir se passer.

De l’autre, le Maharaja Devak est lui tout en aura mystérieuse et ténébreuse, un très beau spécimen indien, au regard vert ravageur et bien trop séduisant. Le personnage est très énigmatique, provocateur aussi, ce qui va créer des échanges forts sympathiques avec Jude dont il va s’en amuser, puisqu’elle va oser lui tenir tête, voir même le pousser dans ses retranchements, d’un point de vue diplomatique c’est un peu trop gros pour être réaliste mais il n’empêche que ces échanges sont forts savoureux ! Entre eux, il y a clairement la confrontation de deux cultures complètement différentes, d’un côté l’Inde, ses suzerains, ses harems, ses castes et ses actes douteux punitifs, de l’autre une culture anglaise raffinée, un sens extrême du protocole, le seul point commun étant finalement cette réflexion sur la condition féminine dans l’une et l’autre culture.

Sans forcément aller trop vite dans la romance, il y a quelque de chose de profondément charnelle et sensuelle, Jude est peut-être encore innocente mais loin d’être farouche, elle est même plutôt ouverte au plaisir de la chair, aux sensations et aux désirs, avec entre les deux personnages beaucoup de jeux de séduction. Quant à Devak, c’est certainement un professeur doué pour la chose, qui n’hésite pas à évoquer le kamasutra et à initier notre héroïne à des positions et des actes qui ne flirtent ni avec le missionnaire ni avec la banalité. C’est plutôt diversifié, ce qui rend cet aspect nettement plus intéressant, là où ça aurait pu être franchement ennuyant ! La romance est donc plutôt haute en couleurs.

En bref, une romance historique fortement empreinte d’un érotisme exotique qui invite au voyage et à la découverte de l’Inde à l’époque de la colonisation britannique, entre le dépaysement, les légendes, les traditions, les passions et le côté sauvage, vous serez servis avec cette lecture vraiment idéale dans un tendre moment sous votre couette avec la pluie qui vient cogner sa symphonie à votre fenêtre. A découvrir !

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8 commentaires pour « Le Manuscrit proscrit de Nur Jahan » de Cécilia CORREIA

  1. La couverture est séduisante. Je ne connaissais pas, je me le note pour en lire les premiers chapitres. Merci en tout cas

  2. Xander dit :

    Je ne suis pas certain que ce soit mon genre de lecture (j’ai du mal avec ce qui n’est pas contemporain^^) mais la couverture est magnifique !! Devrais-je craquer ?

    • Walkyrie dit :

      Très honnêtement si tu dois craquer sur un « historique » (puisque je pense que c’est ça qui te fait tiquer, non ?) c’est bien celui-ci ! Certes, cet aspect est là, mais le tout est relevé par le côté fantastique / légende indienne et la romance très sensuelle qui lui confèrent une aura bien particulière. Cette dernière rappelle pas mal les codes du contemporain d’ailleurs en étant nettement plus charnelle. A toi de voir ! 🙂

      • Xander dit :

        Oui c’est tout à fait ça, j’ai du mal avec les récits historiques, je ne comprend pas toujours les codes des différentes époques et du coup, les réactions des personnages. Je testerais celui-là sans doute, merci 😉

      • Walkyrie dit :

        Pour celui-ci, ce sont les codes de l’ère Victorienne (XIXème), ce qui signifie statut de la femme réduit au néant… 😀 (je n’aurai jamais pu vivre à cette époque là) Donc forcément, une héroïne forte tête, qui refuse le mariage et non réticente au plaisir (même si son éducation va lui susciter des interrogations) ça dénote un peu beaucoup dans tout ça, tu ajoutes une Inde traditionnelle où existe les harems et une touche de fantastique avec une histoire de divinité… Les codes sont de suite chamboulés. Tu peux tenter, tu devrais bien d’adapter je pense. 🙂

      • Xander dit :

        Oki, j’en prend bonne note, merci pour tous ces détails^^

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