« A l’ombre des falaises » de Chloé BOURDON

Quatrième de couverture : Nous sommes en 1901, dans un petit village des Cornouailles. Elisabeth vient de perdre son père et accepte difficilement la froideur de sa mère.

L’été où elle quitte l’enfance, elle comprend que derrière les apparences d’une petite bourgeoisie provinciale obsédée par la peur du scandale, se dissimulent des drames insoupçonnables, et des monstres qui rôdent, les soirs de pleine lune, dans l’ombre des falaises.

— Chronique —

Début du XXème, Elisabeth vit à Birdcliff, un petit village de Cornouailles en bord de mer. Le manoir familial, Blackthorn, surplombe des falaises menaçantes où les vagues s’abattent avec violence quand les tempêtes sévissent. Depuis le décès du patriarche, les femmes de la famille tentent de faire bonne figure au sein d’une bourgeoisie médisante et mondaine. La plus jeune des filles vit dans l’indifférence d’une mère froide au visage de marbre et dans l’ombre d’une sœur, bientôt mariée à un fils de bonne famille. L’été de ses quatorze ans, Elisabeth fait la connaissance de  Christopher, le fils du richissime Lord de Windmoor, revenu d’Inde, aux vertus légères et au respect douteux du protocole. Si Elisabeth est loin d’être indifférente aux charmes de ce dernier, l’arrivée de Chris semble aussi annoncer le début des ennuis et des révélations.

Ce roman est un ouvrage fantastique mêlant sombres créatures et romance dans une atmosphère brumeuse, lourde de menaces et dangers, très noire, très gothique, le contraste entre la bourgeoisie du début du XXème aux mœurs irréprochables et la désinvolture, la désinhibition voire la luxure de personnages passionnés et passionnants. Ici on se rapproche des vampires d’Anne Rice, sombres, gothiques, menaçants, charismatiques, plutôt que des vampires de twilight, gentillets et fades. Un aspect plaisant auquel on ne s’attend pas forcément avec cette couverture qui est loin de mettre en valeur le contenu de l’ouvrage. On s’attend à une énième romance vampirique pour adolescente, on en est loin, car ce qu’on y trouve est bien plus mâture qu’il n’y parait.

Il y a ici des secrets qui viennent se révéler, un corps de femme mutilé retrouvé sur la plage et c’est le début des hostilités. Le roman devient alors plus pesant avec cette pleine lune menaçante qui vient attiser la soif et vient délier les langues des plus fous… Le sang, la violence, le sexe, la passion, les tragédies se mêlent pour nourrir le récit et alimenter l’intérêt du lecteur. Difficile de ne pas sombrer avec les personnages.

Les personnages, parlons-en, ils sont forts, bien dépeints, chacun portant une facette ténébreuse. Elisabeth, malgré son jeune âge, est loin d’être candide. Elle subit le manque d’amour maternelle, une éducation limitée, mais ne se laisse plus berner par les croyances divines et sa soif de connaissance et sa curiosité, lui ouvre l’esprit bien plus qu’elle ne devrait l’avoir. C’est un personnage passionné et formidable, qui vit la transformation de l’adolescence à la femme, qui s’ouvre au désir et à l’amour. Il est intéressant de voir ce que l’auteure va oser faire de ce personnage, un aspect qui m’a vraiment plu, car plus cela va à l’encontre des mœurs attendues, plus je trouve cela passionnant ! Christopher est énigmatique, il transpire la décadence, n’épargne point sa nudité aux autres, joue de son charme et a un curieux concept du protocole et du comportement bourgeois, il a un côté sauvage et primal, qui le rend à la fois sexy et menaçant. Il est plaisant, tout en étant très différent d’Elisabeth, les deux personnages se complètent à merveille et offre des joutes verbales amusantes et pleines d’esprit.

Autour d’eux, d’autres personnages viennent se greffer, la mère d’Elisabeth est tout en froideur et indifférence, la sœur est plutôt naïve, une parfaite représentation de la bourgeoise, la cousine est belle, riche, polie mais aussi curieuse, téméraire et va vite entraîner Elisabeth dans ses « balades », le jardinier familial est un alcoolique notoire plutôt rustre là où la bonne de la famille est douce et aimante. Cela vient enrichir tout l’univers créé par l’auteure

Chloé Bourdon a une plume très juste pour ce format court proche de la novella, elle se concentre sur l’essentiel, ne s’écarte pas de son histoire, on a un début qui met le lecteur directement dans l’ambiance, un contenu soutenu et très bien amené et une fin irréprochable, pas forcément attendue. L’auteure amène vraiment toute une dynamique bien dosée, je n’ai jamais eu cette impression de ne pas en savoir assez ou d’avoir un réel manque de détails, au contraire, c’était à la fois précis et concis.

En bref, un roman court qui au vu de son emballage surprend par un contenu fort et une ambiance gothico-romantique très sombre et sanglante. On ne joue pas dans la cour des gentils vampires mais dans l’arène des vampires assoiffés, le tout très bien construit. Un vrai régal à lire !

franco10

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