« La Sublime Communauté tome 1 : Les Affamés » d’Emmanuelle HAN

Quatrième de couverture : C’est la fin de notre ère. Aux quatre coins d’une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses Portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d’une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d’hommes, de femmes et d’enfants désespérés, les « Affamés », se pressent aveuglément vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet.
Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des Six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté. 

— Chronique —

Un roman jeunesse relativement dense et bien construit, l’auteure décrit un univers détaillé, foisonnant d’une qualité visuelle indéniable. Entre les personnages, les paysages et tout le monde créé autour d’eux, l’auteure propose quelque chose de travaillé, d’unique et d’intelligent, pour un univers jeunesse, il est d’une mature qualité.

Dans cet univers original, la fin du monde guette la Terre, méconnaissable, appauvrie et usée, les pluies diluviennes s’abattent dans un secteur du monde alors qu’ailleurs, les tempêtes de sable et l’aridité sévissent. Des êtres décharnés et affaiblis, les « Affamés », s’agglutinent tel des zombies vers les fameuses portes de l’espoir dans le monde entier, aspirant à une terre promise et à une vie meilleure. Des passages qui mènent à six mondes dont on ne sait pas grand chose. C’est dans ce contexte que vivent Tupà, Ekian et Ashoka, trois enfants / adolescents, trois êtres transplantés, c’est à dire retirés de leur terre d’origine pour être élevés dans un tout autre environnement, des personnages que l’on suit, chacun à un bout du monde et pourtant aux destins intimement liés.

Ciudad Del Est, Amérique du Sud, Tupà est un jeune garçon blanc de quatorze ans, recueilli et élevé par les indiens d’Arani. Dans la grande ville, il opère comme « passeur » aux frontières en étroite collaboration avec un « taxi driver » Freddie. Lors de son retour dans la réserve indienne, l’accueil est chaleureux et vif mais rapidement Tupà apprend qu’il doit subir les rites d’initiation pour devenir un homme. Là aussi, le chef indien, Duham, son père de cœur, lui apprend que la fin du monde est proche et qu’il doit trouver la « Terre sans mal ». Tupà va vite se retrouver mêler à ce voyage vers les portes qui font tant de convoitise.

Agadez, Désert africain, Ekian est une jeune fille de quatorze ans, élevée en Himalaya bien loin des terres arides et sableuses dont elle est originaire. De retour sur les terres qui l’ont vu naître, elle accompagne les Affamés jusqu’à une Porte. Il n’est pas question pour elle de la traverser, une mission l’attend au delà des dunes sableuses aussi hautes que des montagnes. Accompagnée d’une esclave énigmatique, la jeune fille va découvrir la magie du désert où les génies et les Djinns, fourbes et menaçants sont tapis dans les ombres, le traversant sous la protection des Étincelants, des êtres en lien avec les étoiles.

Varanesi, Inde, Ashoka est un petit garçon de sept ans élevé par le roi des Intouchables, une caste redoutée pour sa froideur et son monarque indifférent qui n’aspire qu’à faire fortune et abuser une population pauvre. Les Intouchables sont en effet les gardiens de la flamme sacrée, celle nécessaire pour brûler les corps des défunts et permettre à l’âme de se libérer, sans elle, les traditions ne sont pas respectées et les défunts ne trouveront pas la paix. Ashoka est celui qui transporte la flamme à ceux qui l’ont payé, adoré par le roi qu’il craint aussi, il va oser faire ce que nul autre n’a jamais fait. De là, le jeune garçon se retrouve à fuir et il fera de drôles de rencontres.

On suit donc leurs aventures solitaires en quête de leurs véritables origines, se doutant qu’ils finiront par se croiser. L’auteure use de chacun des points de vue, on s’immerge ainsi avec eux, on voyage dans trois pays différents, on apprend à les connaître, à découvrir leur personnalité et les clés de leurs origines, les liens qui peu à peu se tissent entre eux. L’ensemble est vraiment bien construit, c’est fouillé, rondement mené, on ne sombre jamais dans la facilité. Des personnages auxquels on s’attache, ils ont une personnalité propre, un caractère bien défini, très différents les uns des autres, les deux adolescents sont plus fermes, plus intrépides, là où le plus jeune est nettement plus doux. Tupà est celui qui est fonceur, blessé par ce manque de connaissance sur ses origines et qui traîne donc une certaine rancœur qui pourrait lui jouer des tours. Ekian est plus réfléchie, très intelligente, elle est là pour réussir sa mission et compte bien y arriver. Ashoka est à mon sens la tête pensante, il est jeune mais très mature et empli d’une bonté incroyable, ce personnage est assez génial.

Si on doit relever quelques défauts à cet ouvrages, il y en a essentiellement deux, mais je pinaille un peu parce que l’ensemble est vraiment de qualité. Il y a d’abord, le fait qu’à plusieurs reprise l’auteure dise « l’enfant » en parlant d’un adolescent de quatorze ans, cela peut être dérangeant pour bien assimiler et s’imaginer le personnage, étrangement elle se reprend à la fin en usant de « l’adolescent ». Ensuite, il y a le côté caractériel des deux adolescents, Tupà et Ekian, un peu excessif peut-être dans certaines de leurs réactions, envoyant paître leurs aînés d’une manière irrespectueuse, une façon de symboliser les hormones en ébullition caractéristiques de leur âge ?

En bref, un roman jeunesse nourri par une qualité d’écriture et un imaginaire précis et savamment détaillé, on surfe entre la dystopie et la magie et on prend plein la vue, le lecteur est vite pris au cœur de cette histoire liant trois personnages attachants et très différents les uns des autres en étant toutefois plus proches qu’on ne le pense, des descriptions visuelles qui transportent et invitent au voyage au sein d’une terre abîmée et épuisée. Franchement chapeau à l’auteure qui ne prend pas son lectorat visé, la jeunesse, pour des idiots en jouant avec les facilités mais au contraire l’invite à la réflexion, une très belle surprise !

Je remercie Babelio et son partenaire Acte Sud Junior pour cet envoi.

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