« Le sort en est jeté » d’Élodie SERRANO

Quatrième de couverture : C’est souvent au prix d’un coup de dé qu’on peut espérer parvenir à l’accomplissement de ses désirs. Mais ce résultat justifie-t-il le risque ? Pour qui s’est vu couronné de succès, la réponse est évidente. Mais au moindre faux pas, une fois les épreuves passées et les blessures pansées, ne reste que le regret de notre naïveté. Quoi que l’on souhaite – un oiseau perdu, une poupée, un ami, la reconnaissance ou la vengeance – le destin est joueur. Et si la mort est de mise, elle n’est pourtant pas la pire des éventualités. Oserez-vous lancer les dés du destin ? Alea jacta est : le sort en est jeté, comme on dit. Reste à découvrir s’il sera en votre faveur… Dans ce premier recueil d’Elodie Serrano, cauchemars et ironie, frissons et humour se donnent rendez-vous autour de ce coup de dés qui, paraît-il, n’abolira jamais le hasard… pour votre plus grand plaisir de lecture.

— Avant – propos —

Je ne suis pas une grande appréciatrice de nouvelles en temps normal, j’en lis rarement à cause de ce sentiment de ne pas avoir le temps de m’immiscer dans l’histoire pour l’apprécier. Toutefois, aux Aventuriales, Thomas Bauduret, qui représentait les éditions MALPERTUIS et était accompagné de l’auteure (autrice préférera t-elle. 😉 ) Elodie Serrano, m’a proposé ce recueil de nouvelles en service – presse. Curieuse et attirée par la couverture, j’ai accepté avec plaisir, c’était l’occasion de découvrir quelque chose de différent, une nouvelle auteure et de sortir de ma zone de confort (bien que j’y reste assez peu finalement). Je ne suis pas partisane de présenter les nouvelles unes à unes, mais plutôt d’en faire un compte – rendu global.

— Chronique —

« Le sort en est jeté » est donc un recueil de dix-neuf nouvelles de taille assez variable, allant de quatre à une quinzaine de pages avec une moyenne d’une dizaine. De manière générale, je dirai qu’entre la couverture, le titre et le résumé de la quatrième, je m’attendais à toute autre chose. Des nouvelles plus effrayantes, plus horrifiques, peut-être plus trash mais aussi plus linéaires, moins éclectiques, finalement, j’ai trouvé que l’auteure balayait différentes thématiques propres à notre société, tout en jouant avec les différents codes du genre fantastique. C’est à dire qu’elle use de créatures, de peurs, du paranormal, de la Mort, du destin, et autre forme d’imaginaire pour raconter de petites histoires qui font réfléchir et viennent parfois remettre en question une société qui pourrait se perdre elle-même dans ses propres vices et sévices. C’est donc très hétéroclites.

Rapidement, pour reprendre les nouvelles, une à une, on a une mise en bouche oppressante et effrayante avec « Communion » et « Au fond du puits », « Muse à vendre, accepte âmes » sombre dans l’absurde et l’enfer, « Belle » et « Du coin de l’œil » jouent sur l’apparence trompeuse, « Ceci est mon corps » résonne de naïveté aux conséquences effroyables, « Créatures ratées anonymes » parle d’handicap et de dépassement de soi, « Buffet à volonté » dresse une satyre du trop manger, « La vengeance dans le feuillage » évoque la destruction massive des forêts, « Querelle de voisinage » voit à l’extrême les relations conflictuelles entre voisins, « Le collectionneur d’étoile » une histoire magique et une prise de conscience salutaire, « Un capybara et que ça saute » reflète certainement les demandes incongrues des plus « grands », « Festin nocturne » surfe entre influence des réseaux sociaux et mythe, « L’attaque des vaches zombies » mêle humour et abattoir, « La mort au tournant » parle de destin inaltérable, « Payer pour ses crimes » est une ironie du sort, « Le marionnettiste » évoque l’âme et le corps et « Le voleur de mot » parle de ce qu’on est prêt à faire pour protéger autrui. On a donc de quoi faire !

On a différents thèmes réalistes abordés, probablement chers à l’auteure, comme le handicap, la sur-consommation alimentaire, la maltraitance animale, l’annihilation téléphage, les désordres psychologiques, l’écologie, etc. s’associant astucieusement à un fond fantastique. Je ne pense pas me tromper en disant que l’auteure est végétarienne vu qu’un des thèmes récurrents est la consommation animale, où le vaudou prend le pas sur la Mort. Dans une autre mesure, il y a aussi de la sorcellerie, du zombie, de la magie, des choses donc moins terre à terre mais qui se rapprochent néanmoins du titre du recueil, on comprend alors ce lien qui existe entre chacune des nouvelles. On a une forme d’oppression développée, généralement les nouvelles montent crescendo en tension avant de retomber sur des fins assez inattendues. On a des conclusions rarement hâtives, toujours réfléchies, même si parfois on les voit arriver, l’auteure ne sombre pas dans le fatalisme, certaines nouvelles recèlent un espoir, une morale, une fin plutôt positive, optimiste, d’autres sont nettement plus horribles.

L’auteure a une qualité d’écriture indéniable, on peut même dire que c’est assez soutenu, les lectures sont fluides, claires et agréables, elle sait aller à l’essentiel, sans pour autant perdre la densité de son texte. Les nouvelles sont bien construites, bien amenées et bien dosées. Si certaines sont peut-être en deçà, l’ensemble est plutôt harmonieux, il n’y a pas de redites, de schémas qui se dessinent. Si certaines se recoupent par leur thème de fond, sur la forme, elles sont différentes. On y trouve de l’ironie, de l’absurde, de l’humour mais aussi de la tension horrifique, un suspens ménagé, de l’horreur.

En bref, un recueil de nouvelles de qualité mené par une écriture et un style travaillés aux multiples thématiques de société où le réalisme est rapidement rejoint par un univers fantastico-horrifique dans une relative mesure. Une très chouette découverte !

Je remercie Thomas Bauduret et les éditions MALPERTUIS pour ce partenariat qui ne manquait pas de piquant !

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Un commentaire pour « Le sort en est jeté » d’Élodie SERRANO

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