« Pentes douces » de David HURY

Quatrième de couverture : Ile de Ré. Un homme se réveille dans une chambre d’hôtel, la femme qu’il aime a disparu. De Paris à Beyrouth en passant par Dubai et Kiev, il se lance dans une traque impossible, pour retrouver Joana, cette Libanaise à l’histoire familiale obscure qui fait tout ce qu’elle peut pour lui échapper.

— Chronique —

« Pentes douces » ou vertige photographique. Un roman original, 50% photographies, 50% texte, une histoire racontée avec des mots et des images. Un objet livre délicat, soigné et de qualité, un objet parfois difficile à prendre en main et à manipuler dans le cadre d’une lecture conventionnelle, format carré, lourd, objet aussi littéraire que visuellement artistique. Roman, objet, tout est qu’il mérite d’être découvert. Qu’en est-il précisément du contenu ?

Un roman donc une intrigue racontée par un narrateur, auteur également, vivant au Liban, mais sur le point de quitter le pays pour retourner à une vie parisienne, qui parallèlement à ses tribulations avec une sublime femme fantôme et fuyante, cherche à écrire un roman, agrémenté de photographies avec tout un concept, une forme propre d’autobiographie ? L’histoire du livre dans le livre ?

L’histoire mêle réalisme et onirisme, réalité et fiction, l’auteur y a certainement apporté beaucoup de lui – même dans ce héros, fan de Belmondo, éperdu d’amour pour une femme qui l’a quitté sans un au revoir, un matin à l’île de Ré, séjour qui aurait du être heureux et significatif, pourtant, elle a fuit, ne lassant aucune trace. Les jours passent, les nouvelles ne viennent pas, Joanna a disparu et ne semble pas vouloir être retrouvée. Ainsi commence les recherches du narrateur, dans le passé de celle qu’il aime, libanaise aux boucles brunes, ses origines familiales, son histoire, en quête d’indice ; est-elle vivante ? Une ombre insaisissable, « une femme en cavale, un homme à ses trousses ».

« Nous étions comme deux enfants qui jouions à des jeux d’adultes. Pour elle, j’oubliais l’heure du dîner, j’oubliais de me laver les mains avant de passer à table, j’oubliais de dire s’il vous plaît et merci. Je prenais. J’arrachais. Je me régalais, je m’en mettais partout et je m’en foutais. Nous n’attendions que ça l’un et l’autre. Elle était aussi avide que moi. Nous étions des ogres.« 

Globalement à travers cette histoire, on suite la quête d’un homme sur deux points, retrouver la femme de sa vie, cet amour perdu, et écrire, finaliser et diffuser son roman. Beaucoup d’échanges avec des personnages secondaires, énormément d’introspection personnelle, une action qui balade le lectorat à travers le Liban et plus particulièrement à Beyrouth, mais aussi en France entre Paris et la Normandie, avec de petites escales à Dubaï et à Kiev. L’ensemble est alimenté de scènes de sexe à la fois douces, sensuelles, érotiques, très détaillées parfois épris de crudité. On salue la variété, le choix de mots osés, même si elles n’enfièvrent pas forcément le lecteur, elles restent essentiellement visuelles.

« – Je repensais à un film que j’aime bien, avec Depardieu, dis-je en me penchant au-dessus d’elle et en posant la main gauche sur son jean, juste là, au niveau de ce pli merveilleux où sa cuisse et sa fesse s’épousaient. Je vais te faire l’amour, mon amour.
– Baise-moi plutôt.« 

Les photographies, des clichés en noir et blanc, un bon choix, plus expressif, plus énigmatique que la couleur, beaucoup de profondeur dans ses images, peut-être l’œil du photographe qui transperce, qui capte ce que le commun des mortels ne voit pas ou plus, des photographies de qualité, où la clarté côtoie le trouble, le contraste le flou. Elles sont variées et parfaitement bien placées, toujours dans l’idée de faire appel à un fragment du texte.

A l’image de la playlist proposée en couverture par l’auteur, le roman joue beaucoup avec le contraste et la dualité, tant sur l’histoire qui joue entre réalité et imagination que sur son rythme et les photographies. Ainsi, si l’on peut être happé par certains points de l’histoire, pour d’autres, il y a aussi des longueurs.

En bref, un roman – photo de qualité, qui malgré quelque défauts liés essentiellement à des pertes de vitesse, joue beaucoup sur les contrastes, un aspect qui le rend plutôt intéressant. Les photographies sont belles et variées, l’objet soigné et la sensualité règne au cœur de ses pages où un auteur amoureux cherche vainement une femme libre. Et la fin ne gâche rien, bien au contraire. Une chouette expérience !

Je remercie Babelio et son partenaire les éditions Riveneuve pour l’envoi de ce très bel ouvrage.

— Lu dans le cadre des challenges suivants —

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