« Coupée en deux » de Charlotte ERLICH

Quatrième de couverture : « – Qu’est-ce que tu voudrais, toi, dans un monde idéal ? reprend la juge après un silence.
Je voudrais ne vivre qu’avec Maman et ne vivre qu’avec Papa. Je voudrais arrêter d’être trimballée d’un endroit à un autre et en même temps vivre des deux côtés. Je voudrais partir en Australie avec Maman et que Papa y vienne aussi. Je voudrais que la question ne se pose pas. »
La garde alternée, Camille connaît. Une semaine chez son père avec une demi-sœur et une belle-mère, une semaine fille unique avec une mère rien que pour elle. Mais lorsque celle-ci trouve un travail en Australie, l’équilibre fragile est rompu. Devant la juge, Camille pourra-t-elle choisir entre son père et sa mère ?


Un roman court mais efficace qui traite d’un sujet difficile auquel sont confrontés de nombreux enfants aujourd’hui, le choix de vivre avec son père ou sa mère quand l’un des deux parents s’éloignent de la cellule géographique familiale.

Coupée en deux raconte le témoignage de Camille, une jeune adolescente de quatorze ans qui doit affronter le juge des affaires familiales pour choisir de vivre avec son père ou sa mère.

Jusqu’à présent l’équilibre était rodé, une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre, une simple affaire d’organisation mais aussi de vives émotions à subir chaque semaine. Cependant, la mère de Camille a trouvé un poste en Australie, cela signifie une possibilité d’une autre vie, d’une autre expérience, de découvrir une autre culture  mais aussi et surtout de quitter un père, une demi-sœur et des amis. Un dilemme voire même un déchirement pour Camille qui ne souhaiterait qu’une chose ; que la question ne se pose pas.

L’auteure propose un roman concis mais juste où elle nous confronte aux émotions de l’enfant face au dur sujet de la séparation parentale, elle nous met tout simplement à sa place, dans sa tête, face à ses réflexions multiples, des réflexions matures dans le contexte familial, des réflexions plus futiles et innocentes face à ses expériences adolescentes (amitié, premier amour…). Un changement de vie où l’enfant doit s’adapter aux uns et aux autres, vivre avec une mère carriériste, rassurante et aux idéaux éducatifs, vivre avec un père tête en l’air,  plein d’humour, plus laxiste qui a refait sa vie où elle en deviendrait presque intruse, elle en devient une moitié de quelque chose, sans vraiment se sentir entière, difficile de trouver sa place entre deux chaises. L’auteure a choisi d’user de mots simples mais présente les choses de manière intelligente et réaliste.

Ce qui est intéressant aussi, c’est que Charlotte Erlich ne s’est pas contentée d’évoquer ce sujet sensible, elle a rendu les choses plus humaines, plus divertissantes en y instillant tout le contexte collégien de Camille ; la relation avec la meilleure amie qu’elle connaît depuis la crèche, le garçon qui secrètement la fait craquer, les nombreux échanges numériques qui font partis intégrantes dorénavant de la vie des ados. Ce qui a l’avantage de dédramatiser un peu les choses, puisque mine de rien, le début du récit où Camille se retrouve face à un palais de justice imposant et intimidant, une image tout en contraste entre une adolescente qui reste l’enfant de deux parents séparés et doit subir la confrontation d’un père et d’une mère qui peinent difficilement à se supporter l’un l’autre, ce qui ne présageait rien de gai. Pourtant, les pensées de Camille vagabondent entre cette douleur et ses soucis d’adolescentes avec un trait d’humour frais et léger qui régulièrement nous fait sourire.

Si l’on doit mettre un bémol sur ce titre, c’est certainement pour la fin, peut-être trop rapide par rapport au reste qui est plus développé, et qui ne m’a pas pleinement convaincue sur le choix de Camille, même si je peux le comprendre, ça m’a gêné sans trop savoir pourquoi exactement, me laissant une impression mitigée en fermant le roman.

En bref, un roman qui exprime simplement et intensément le déchirement d’une enfant face à un choix difficile ; un père ou une mère. Des étapes clés, des réflexions personnelles qui donnent matière à réflexion et permettent de se mettre à la place de ces enfants. Ajoutez à cela un soupçon de fiction jeunesse réaliste et divertissante et vous obtenez un roman prenant qui se lit d’une traite.  Efficace !

Je remercie les éditions Actes Sud Junior pour cet envoi qui m’aura une nouvelle fois convaincue.

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