« L’âme sœur » d’Agnès KARINTHI

Quatrième de couverture : « Tu n’imagines pas ce que je ressens, Maman. Ma vie a commencé quand j’avais neuf ans, au milieu des blouses blanches de l’hôpital. Avant, c’est le trou noir. J’ai perdu ma sœur. Nous devions être très proches, mais je ne le sais pas. J’ai perdu mon père. Il devait être le plus merveilleux des papas, mais je ne me rappelle pas. J’ai perdu mes camarades de classe. Ce devait être une super classe, puisque vingt ans après, il y a un certain Philippe qui débarque chez moi dans le but de refaire connaissance. Mais comment savoir ? Quand le ciel nous est tombé sur la tête à toi et à moi, tu m’as coupée de mon passé. Je me suis construite sur du néant. Aucun repère… À part toi, bien sûr. »

Lorsque Philippe frappe à la porte d’Anne, elle ne le reconnaît pas. Elle ne se souvient plus de sa demande en mariage l’année de leurs huit ans. Tout s’est évanoui dans l’amnésie qui a suivi le grave accident dont sa famille a été victime.
Philippe, lui, ne l’a jamais oubliée et dorénavant, il n’aura plus qu’une obsession : entrer définitivement dans sa vie.
Mais Philippe et Anne peuvent-ils avoir un avenir commun ? Quel est le prix à payer pour faire renaître le passé ?


Un roman très axé sur la psychologie de ses personnages, c’est à la fois lent mais aussi oppressant, et la fin vient vous achever de manière très violente !


Vingt années plus tôt, Anne avait un accident, un accident qui coûtera la vie à son père et à sa sœur jumelle et qui lui fera définitivement perdre ses neuf premières années. Seule sa mère en sortira légèrement blessée. Aujourd’hui, Anne est une jolie jeune femme discrète, un peu triste et qui vit seule, bien éloignée de cette gamine qu’elle était et qu’on lui décrit comme pétillante, vive et souriante, prête à faire les 400 coups. Quand Philippe, un ancien camarade de classe débarque dans sa vie, c’est l’espoir de voir de nouveaux souvenirs se réveiller, de se retrouver elle – même et peut-être même enfin construire une relation amoureuse stable et durable.

Ce roman nous balade entre 1994, l’année avant l’accident, lorsque les personnages étaient enfant et 2015, lorsqu’ils se retrouvent adulte. On a donc des chapitres consacrés à la vie familiale d’Anne d’un côté et celle de Philippe de l’autre.

Je dois avouer que lorsque j’ai reçu ce roman, je m’attendais à beaucoup de chose mais certainement pas à ce qu’il contient. Avec ce titre, on imagine potentiellement une histoire d’amour, quelque chose de romancée, en lisant rapidement le synopsis, j’étais persuadée que la lecture sera plutôt légère et positive, et bien sachez que ce n’est pas franchement ça, que l’atmosphère est assez lourde et que le personnage de Philippe y est pour beaucoup.

Philippe, parlons en, je n’ai pas aimé ce personnage adulte alors que j’ai eu beaucoup d’empathie pour l’enfant qu’il était, comment ne pas en avoir ? Philippe, c’est un « Tanguy », un jeune homme qui vit encore chez ses parents et qui décide de prendre son courage à deux mains pour retrouver celle qu’il aimait quand il était petit, celle qu’il a demandé en mariage alors qu’il n’avait que huit ans. Mais Philippe ne sait pas qu’Anne a eu un accident et qu’elle ne se souvient pas de lui, aussi est-il bien décidé à lui remémorer leurs joyeusetés enfantines. Plutôt romantique au premier abord, non ? Mais Philippe, c’est un personnage ambigu, très agaçant dans sa façon de ne pas comprendre ce qui ne l’arrange pas, de s’imposer dans la vie d’Anne, et surtout dès que le personnage entre en scène, il y a cet espèce de brume angoissante qui surgit, très léger au début, ça deviendra de plus en plus pesant au fil des pages. Si psychologiquement, on peut comprendre certaines réactions du personnage, une enfance isolée, un père alcoolique et misogyne, une mère effacée, pas franchement de bonnes bases pour avancer dans la vie et pour avoir une image saine de la femme, de l’autre on a du mal à accepter ses réactions.

De l’autre côté on a Anne, un personnage féminin très abîmé par son passé, son histoire et surtout son amnésie. Anne vit un peu en marge de tout, on a cette impression qu’elle vit dans sa bulle et que rien ne l’affecte vraiment. L’entrée de Philippe dans sa vie va d’abord lui redonner de l’espoir, mais surtout chambouler ses habitudes, ce qui ne va pas forcément lui plaire. Anne m’a personnellement déroutée, son manque de caractère, cette absence, cette acceptation aisée de l’intrusion de Philippe dans sa vie et son cadre personnel, j’avais envie de la secouer pour qu’elle se réveille, qu’elle se rebiffe, et dise tout haut ce qu’elle pensait tout bas. Au final, elle va se réveiller, mais il sera déjà trop tard. La mère n’est pas innocente non plus dans ce manque de confiance qu’a Anne, certes elle était présente après l’accident, mais on sent que c’est une femme rude et froide et on imagine très bien que la vie d’Anne avec cette femme qui n’a clairement jamais surmonté la perte de son mari et d’une de ses filles (ce que l’on peut aisément comprendre aussi…) ont eu des conséquences plutôt néfastes sur sa reconstruction.

Cette histoire, ce n’est donc pas vraiment une romance, plutôt la description psychologique de deux personnages qui ont chacun eu des passés qui les ont transformés, il est intéressant de voir leur passé et leur présent. En fait l’auteure nous apprend peu à peu pourquoi les personnages sont ainsi, nous fait croire à une histoire d’amour ou à une reconstruction possible mais cela va bien au delà, il y a toujours cette tension oppressante qui ne s’efface pas, on sent venir « le loup » mais on ne comprend pas jusqu’à la fin sous quelle forme il va se présenter. Là j’avoue, l’auteure m’a complètement surprise, cette fin, c’est un coup de massue qui tombe d’un coup. Après un récit assez lent ou d’un dynamisme modéré, il y a la goutte de trop, le trop plein et là tout bascule sans retour possible ; violence, révélations et secret familial viennent clore une histoire qui prenait le chemin auquel on ne s’attendait pas. L’auteure écrit très bien et elle se lit très vite, elle a un style très agréable et sait parfaitement garder notre attention sur son histoire en jonglant entre les années et ses personnages.

En bref, une histoire surprenante, très axée sur la psychologie des personnages, aux personnalités troublantes, qui même si elle est très intéressante, déroute aussi énormément avec cette atmosphère particulièrement tendue, et où le passé et ses secrets se heurtent à l’avenir et ses espoirs.

Je remercie les éditions de l’Astre Bleu et l’auteur pour ce nouvel envoi !

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2 commentaires pour « L’âme sœur » d’Agnès KARINTHI

  1. Titoulematou dit :

    Ca a l’air super ce livre….

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