« Dernières fleurs avant la fin du monde » de Nicolas CARTELET

Quatrième de couverture : Un futur sans abeilles, étouffé dans la grisaille de gigantesques latifundia. Un futur où l’humanité se meurt, privée de descendance. Albert, journalier agricole, répand le pollen à la main. Manon, sa compagne engagée à l’usine, sombre peu à peu dans la folie. Et dans la morosité du quotidien, une lueur, Apolline sous les cerisiers… les dernières fleurs avant la fin du monde. Après Petit Blanc, conte cruel et onirique, Nicolas Cartelet incarne son héros Albert Villeneuve dans un futur désenchanté, où les hommes luttent contre leur impuissance.


Un roman d’anticipation, brillant par son écriture, sombre par le sujet traité tant il parait réaliste ! Si vous n’avez pas idée de ce qui attend l’avenir de notre monde, lisez ce roman et vous en découvrirez une facette, mais peut-être cela sera déjà trop tard…


Dernières fleurs avant la fin du monde, dernier roman paru chez Mü éditions, dernière petite œuvre de l’auteur, petit par son gabarit, son nombre de pages (174), si petit et pourtant si grand par son contenu (euh je crois l’avoir déjà dit pour Petit Blanc, mais c’est tellement ça…).

Grand parce que Nicolas Cartelet a un style unique, une écriture belle et poétique, loin d’être pesante et lassante, loin d’être désuète. L’auteur a le rare talent d’écrire avec aisance, de jolies phrases avec des mots choisis avec soin, c’est instinctif, cela semble couler de sa plume comme il pourrait respirer, et c’est certainement cette facilité et ce talent d’écriture qui font de Nicolas Cartelet un grand écrivain en devenir. A mon avis l’homme de s’en rend pas bien compte, le personnage est simple et discret en public, nettement plus loquace en privé (je ne l’ai pas vérifié mais les « on dit »…) ou même sur la toile, jeune et pourtant, quel style ! Rien que pour la forme, il ne faut pas hésiter à le lire et niveau contenu, c’est souvent court mais riche et intelligent à l’image de Petit Blanc.

Grand, parce que ce roman est certainement visionnaire, sans être une réelle surprise pour autant sur ce qui nous attend dans l’avenir. Le thème de l’écologie et de la disparition des principaux pollinisateurs  ; les abeilles, est ici abordé de manière réaliste. Il suffit d’observer un minimum la nature pour comprendre que cela ne tourne pas rond. Ici l’avenir est sombre, lugubre et triste pour certains hommes, une terrible atmosphère éteinte où les habitudes et les actes ne sont plus vivants, mais linéarisés, irréfléchies, tout un ensemble de moutons qui ne cherche qu’à survivre plus qu’à vivre, c’est d’une tristesse.

Le roman se divise en deux grandes parties.

Dans la première, l’auteur décrit la vie d’Albert Villeneuve, personnage malléable et récurrent qu’il affectionne et que l’on avait pu voir dans Petit Blanc. Albert Villeneuve travaille dans une exploitation maraîchère, chaque jour, il se rend à pied à son travail, chaque jour bras tendus et épaules douloureuses, il pollinise les fleurs de cerisiers et chaque fin de journée est récompensée d’un lot de pommes de terre, qu’il ramène le dos voûté, la fatigue, la résignation sur les épaules, il rejoint son studio miteux, cuit ses pommes de terre pendant les trente minutes d’électricité quotidienne accordée à la cité, quand la gazinière fonctionne, cela va de soi. Rejoint par sa femme, Manon, travaillant à l’usine, qui n’est plus qu’une ombre de la belle jeune femme épousée il y a quelques années. Les discussions sont rares et le sexe aussi. Dans cette société du futur pas si lointain, les hommes ne bandent plus et les femmes ne tombent plus enceinte, l’avenir pour le peuple est incertain. Ce que décrit l’auteur est effroyable à sa façon, ces hommes, ces femmes avaient une vie avant, une vie plus heureuses, et puis il s’est passé quelque chose, on ne sait pas vraiment, on devine une catastrophe écologique, loin d’être douce, mais plutôt violente, rapide et irréversible. Est-ce l’avenir qui nous attend ? Dépeint ainsi, aussi gris, terne, sans couleur, même les pétales des fleurs sont d’une teinte des plus faibles. Seul les plus riches et les plus chanceux semblent encore vivre aisément, toujours à l’image du monde qui nous entoure, les petits sont écrasés mais en colère et se révoltent, les grands toujours plus flamboyants. Triste, réaliste, cela laisse un goût amer et une terrible désillusion pour un monde qui pourrait être si beau.

« Nous les caressions jusqu’à ce qu’elles scintillent de reflets dorés, du rose décoloré de leurs pétales, que nous voyions peu à peu s’ouvrir, et vibrer sous le baiser des plumes, semblait alors jaillir une lumière nouvelle : nous rendions vie aux cerisiers. »

Dans la seconde, il y a l’introduction d’un personnage ; Apolline, solaire, innocente, passionnée et qui ne semble pas avoir la même conscience que les autres. Apolline est la jeune fille du riche exploitant qui embauche Albert sur ses terres, un homme qui souhaite que sa fille soit éduquée et apprennent à lire. Albert se retrouve ainsi nommé professeur face à une jeune fille déroutante, pas franchement très attentive, on va vite comprendre pourquoi, et qui ne voue qu’un intérêt pour ce qui se cache sous un drap poussiéreux. Ce personnage amène de toute évidence une aura solaire à toute cette purée de poids qui encombrait les pages et l’histoire jusqu’alors.  Il y a là toute une introduction artistique, la musique, l’amour des mots, ce côté un peu fou, spontané, désordonné, qui vient réveiller la conscience d’Albert mais aussi son cœur, ces rires qui se déploient entre ces deux personnages viennent éblouir cette vie qui semble dériver toujours plus. Une lueur d’espoir peut-être dans ce monde si sombre et si fade.

« Et puis j’avais d’autres choses à penser, il y avait la question d’Apolline et de son apprentissage des mots, des choses plus importantes, j’en étais convaincu, qui rendaient insensibles celles très terre-à-terre de mes hommes, les petites indignations des petits. »

Dis comme cela, ce roman peut paraître un peu fou, on peut avoir cette impression qu’il ne se passe finalement pas grand chose, c’est davantage un constat, une description d’un avenir possible, pourtant ne doutez surtout pas que le contenu est à la foi fin et intelligent. C’est justement cette simplicité dans l’histoire renforcée par une écriture vive, directe et magnifique qui est intéressante ici. L’auteur fait prendre conscience de beaucoup de choses mais surtout d’un avenir où la mort des abeilles pourraient entraîner un effet « boule de neige », rendre la nature dépendante de nous pour se reproduire (et nous nourrir), pourrait appauvrir nos vies qui deviendraient stériles et sans joie, à peine révoltés, nous deviendront des êtres humains déshumanisés et désexualisés, un avenir où l’on s’éteindrait finalement peu à peu.

En bref, Nicolas à quand le prochain ?

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2 commentaires pour « Dernières fleurs avant la fin du monde » de Nicolas CARTELET

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