« L’homme maigre » de Xavier OTZI

Quatrième de couverture : Hybride mi-homme mi-bête, Djool dissimule sa nature et vit dans la solitude d’un cimetière de campagne. Quand il ne creuse pas la terre, il explore les plaisirs de la surface, joue du blues sur sa guitare, s’autorise des virées à Lyon, se passionne pour la télévision, découvre la saveur des aliments cuisinés. Sa vie bascule le jour où il croise la route de Konrad, un taxidermiste maniaque à la recherche d’une dépouille humaine pour composer sa plus belle chimère. Convaincu d’avoir trouvé un ami, Djool lui révèle ses souffrances et Konrad lui promet d’y mettre un terme. En échange, il doit l’aider à voler un corps.


Un roman qui sous ses airs simples de thriller fantastique intimiste et noir explore la part d’animalité de l’être humain.


Djool travaille dans un cimetière dans une solitude qu’il tente d’étouffer en grattant sa guitare sur des airs de jazz ou en se rendant régulièrement dans son magasin de musique fétiche. Abusé régulièrement par son employeur, Djool aspire à être accepté dans la société humaine et à nouer des relations amicales. Un jour, Konrad se présente à lui soit disant pour chercher une tome d’un membre de sa famille, ils se lient d’amitié et très vite le taxidermiste lui dévoile la vérité ; il a besoin d’une peau humaine, si Djool l’aide, Konrad lui promet de tout faire pour le sortir de son mal être.

Ce roman sonne comme un polar dans une ambiance lyonnaise avec cet effet un peu brumeux et sombre, comme un thriller psychologique où deux profils de confrontent dans une tension palpable et comme un titre fantastique noir et intimiste mêlant mythologie et cryptozoologie*. Un mélange à la fois original et efficace, prenant par surprise son lecteur qui peut s’attendre à beaucoup de choses mais peut-être pas à autant de profondeur dans une histoire qui semble relativement simple. Si la partie enquête est mise au second plan, et laisse place à un relationnel doux, nuancé et amer entre deux personnages, elle apporte toutefois ce côté plus glauque et plus sué du polar.

Une œuvre proche d’une ambiance de cabinet de curiosités entre un personnage hybride mi- homme mi-animal et un personnage collectionneur et passionné à la recherche d’une créature cryptide* toujours plus parfaite et idéale. Deux personnalités qui s’opposent et qui viennent chacun illustré un propos réfléchi et intelligent grâce à des profils savamment travaillés.

Djool est un homme animal en quête de son humanité, fan de jazz, talentueux guitariste, vivant dans une solitude pesante alimentant un mal être croissant qu’il aimerait taire en étant accepté simplement. C’est un personnage naïf et abusé au physique hors norme, qui porte une animalité refoulée profondément, prêt au sacrifice de sa personne pour avoir l’attention d’autrui. Djool, c’est le sauvage et l’innocence comme pourrait l’être un animal.

Konrad de son côté est taxidermiste, passionné rêvant de créer la créature parfaite et prêt à mettre de côté l’éthique pour obtenir ce qu’il veut et réaliser un projet pour le moins inquiétant et perturbant. C’est un homme solitaire, vivant au crochet de son père, dans un beau quartier lyonnais, qui semble un minimum intégré à la société qu’il fuit malgré tout. C’est un personnage attaché à ses habitudes et à ses rituels, réglé comme du papier à musique, proche d’une certaine folie humaine, toujours en quête comme pourrait l’être un chasseur.

On a donc une relation faite de non dit, d’abus, d’amitié, de révélations, de peur et d’incompréhensions, qui au fil de la lecture s’intensifie et monte en pression. A travers son œuvre, Xavier Otzi explore notre part d’animalité, l’humain sous différente facette, tout une psychologie fine y est développée, sur la relation de l’homme à son animalité, la relation de l’animal à son humanité, les conséquences d’émotions exacerbées. Si on lit entre les lignes, peut-être aussi pour aller plus loin, on peut y voir une métaphore de la conception assez réelle de l’humanité dans notre société actuelle. A travers le personnage de Konrad, celui qui est bienséant, a priori, introduit dans la société, d’une origine avantageuse et d’une condition sociale aisée, et finalement n’est pas celui qui apparaît le plus humain au contraire. Il est toujours plus vorace, plus envieux, un personnage qui en veut toujours plus et qui n’hésite pas à abuser des autres pour obtenir ce qu’il veut. A l’inverse, à travers le personnage de Djool, plus modeste, plus désuet, une humanité plus innocente, sans arrière pensée et donc certaine plus saine que celle de Konrad.

L’auteur présente une écriture stylisée et directe, il va a l’essentiel, ne s’épanche pas trop sur les détails et fait avancer son histoire à bonne allure dans une belle ambiance qui survole presque l’horreur parfois. Le texte n’est certainement pas dénué d’une certaine poésie pour autant. C’est donc un premier roman réussi qui augure des choses intéressantes à venir dans les prochaines ouvrages de l’auteur. Par ailleurs, l’objet présente une couverture magnifique et parfaitement dans le ton signée Hekx. Elle est terriblement attractive et énigmatique.

En bref, un très bon roman, très prometteur, qui sous ses façades de simplicité et de concision, est certainement très riche de réflexions de fond, le tout enjolivé par une atmosphère particulière où la touche de fantastique offre une ouverture à la mythologie et aux créatures hybrides mi-animal mi-humaine. Très intéressant !

* La cryptozoologie désigne la recherche des animaux dont l’existence ne peut pas être prouvée de manière irréfutable.  Ces animaux sont appelés cryptides.

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2 commentaires pour « L’homme maigre » de Xavier OTZI

  1. ThomasB dit :

    Entièrement d’accord, un bon premier roman et un bon roman tout court, qui plus est, en ces temps de pavé s’effondrant sous leur propre poids, l’auteur n’étire pas son propos. Et quel bel objet !

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