« Mon âme frère » de Gaël AYMON

Quatrième de couverture : Scolarisée dans un lycée d’excellence, Camille a chaque jour plus de peine à cacher à ses parents ses notes en chute libre. Quand ceux-ci découvrent la vérité, les punitions tombent. Elle est alors privée de sortie, de téléphone, et surtout empêchée de retrouver Yanis, son petit ami, son âme frère, le seul qui la comprend et la soutient. C’est trop de pression pour Camille, qui craque et obtient de passer quelques jours à la ferme chez sa tante. Là, entre les vergers et la grange, au contact des animaux, Camille découvre une nouvelle voie, si éloignée des ambitions de réussite projetées par ses parents. Le chemin tracé par les adultes lui convient-il vraiment ? Et son histoire d’amour avec Yanis survivra-t-elle à toutes ces épreuves ?


Un roman qui aborde avec pudeur et intelligence l’amour adolescent et l’orientation scolaire plus ou moins imposée des parents à travers un personnage féminin qui va venir bousculer tout ça.


Camille est une jeune lycéenne qui suit depuis des années de belles études tant souhaitées par ses parents. Si ces derniers souhaitaient pour leur fille une voie scientifique et une réussite incontestable à leur image, Camille avait fait des vœux littéraires auxquels ils avaient concédés d’y répondre favorablement tant qu’elle obtenait un bac littéraire de haut niveau dans un lycée élitiste et qu’une prépa l’attendait ensuite pour entrée dans une grande école. Mais depuis quelques temps ses notes baissent progressivement, ce qui n’est pas pour plaire à ses parents, plus précisément à son père, qui en vient rapidement à des punitions drastiques et surtout à une certaine violence.

A travers le personnage féminin de Camille, l’auteure pose diverses réflexions adolescentes relatives à leur avenir, leur orientation scolaire, leur envie se confrontant parfois à celle de leurs parents, à leur premier émoi amoureux véritable, le tout dans une tension familiale particulièrement oppressante. Le personnage de Camille est en pleine introspection, c’est d’ailleurs son point de vue que l’on suit permettant au lecteur de bien s’identifier au personnage mais surtout à ses réflexions.

Camille doute, Camille n’a plus envie, Camille ne veut pas ce que l’on a planifié pour elle, Camille est amoureuse, Camille étouffe dans ce cocon familiale et parisien  qu’on lui impose, qui semble indifférent et très peu à l’écoute. Camille est au bord du gouffre.

L’orientation scolaire, une vaste question lorsque l’on a seize ans, difficile de toujours savoir ce que l’on veut, particulièrement lorsque votre famille a décidé pour vous et ne cherche donc pas à en savoir davantage. Le chemin est tracé, il ne reste plus qu’à le suivre sans embûche mais ce n’est pas le cas de Camille. Camille étude dans un lycée parisien  prestigieux, sa vie de famille est assez limitée, des parents travaillant dans le domaine médical, souvent absent, un père fébrile qui ne veut que la réussite des études de sa fille avec une vision profondément élitiste de la chose, pourquoi sa fille ferait « moins bien » que lui ? Le personnage du père est très inconfortable pour le lecteur, trop exigeant, des œillères bien fermées, une oreille peu attentive, des idées préconçues, des comportements extrêmes douteux, difficile pour Camille de s’imposer. Et ce n’est pas l’absence de réaction de la mère qui aide, effacée, en retrait, toujours dans l’aval du père, mais où est la parentalité au sein de ces deux personnages certainement volontairement poussés à l’extrême mais qui sont aussi probablement un reflet bien triste d’une réalité de certaine vie de famille ? Comment imaginer un enfant confiant et bien dans sa tête avec ça ?

Si on voit donc bien développé le côté famille avec ses relations difficiles, le côté du lycée est lui aussi bien présenté. Les fameux rendez – vous avec le professeur principal lorsque vos notes, vos attitudes, etc. sont modifiées, inquiétantes et que l’on finit par vous envoyer voir la ou le conseiller d’orientation qui ne sait pas toujours répondre à vos besoins, puisque vous même ne savez pas. C’est ce qui arrive à Camille, elle ne sait pas ce qu’elle veut pour son avenir, ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas de ce que l’on ambitionne pour elle. Ici elle trouvera cependant dans un second temps un allié avec cette conseillère d’orientation qui va la soutenir lorsqu’elle prendra des décisions draconiennes.

Finalement Camille va s’évader dans les bras de Yanis, son petit copain, son amoureux, son âme frère, celui qui l’écoute, celui qui l’a comprend. Il y a une certaine fusion entre ces deux adolescents qui vivent leur première vraie histoire d’amour, ils se sont bien trouvés, se voient très peu car ils ne sont pas dans le même lycée et sont très différents, que ce soit du point de vue de leur origine sociale et ethnique. Malheureusement, pour chacune des familles, cet amour n’est pas vraiment pris au sérieux, et là aussi Camille aura rapidement des barrières pour vivre cette histoire.  Une histoire qui va aussi avoir ses moments difficiles, ses incompréhensions, ses différences qui resurgissent, ses non-dits, ses premières expériences. L’amour adolescent n’est certainement pas le plus évident à vivre, tout est exacerbé, et ici cela sonne juste, bien équilibré avec ce sentiment que toutefois cela peut aussi vite basculer du côté passionnel que de la frustration, on est sur le fil tout au long du roman.

Avec tout ça, Camille va basculer et trouver potentiellement sa voix ailleurs… Tout un contraste pour elle, un point de vue un peu tranché certes, mais intéressant, ce rapport entre la vie parisienne élitiste, très culturelle et intellectuelle et cette campagne provinciale plus physique, nature, réaliste en quelque sorte, plus saine aussi certainement, qui va réveiller Camille et lui faire prendre conscience de ce qu’elle aime depuis toujours et que l’on avait étouffé en elle en lui imposant certaines décisions.

Avec tout ça l’auteure  offre un roman assez riche, sur des thématiques sensibles et réalistes pour les adolescents à travers un style et une fluidité de lecture des plus agréables. C’est dynamique, riche de dialogues et l’ouvrage se lit très vite.  A savoir que deux autres ouvrages existent avec les mêmes personnages ; « Ma réputation » et « Oublier Camille », il n’est pas nécessaire de les lire pour lire et comprendre celui-ci (c’est d’ailleurs mon cas).

En bref,  un nouveau titre qui raconte une belle histoire, une belle prise de conscience d’une adolescente forte et finalement déterminée à comprendre ce qui ne va pas dans sa vie. Le personnage est plutôt courageux. Nul doute que les adolescents se laisseront portés par ce roman qui pour la majorité leur fera écho.

Je remercie les éditions Actes Sud Junior pour cet envoi.

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3 commentaires pour « Mon âme frère » de Gaël AYMON

  1. Ping : C’est l’heure du bilan ! | Songes d'une Walkyrie

  2. Maeva Rbt dit :

    J’apprécie beaucoup les livres comme celui-ci qui traite de sujets assez graves. Ce sujet est tabou mais pourtant essentiel, à mes yeux. On nous demande souvent de choisir notre voie, souvent trop tôt, trop jeune, quand on a pas vraiment les idées en place. On se plante, pour la plupart. J’espère qu’un jour cela changera ☺️

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