« La grosse ou les tribulations d’une factrice » de Raphaële LACROIX

Quatrième de couverture : Agnès, jeune factrice à Auxerre, s’ennuie. Abandonnée enfant par un père énigmatique, mal aimée par sa mère qui ne s’est jamais remise de cette séparation, elle n’est pas bien dans sa peau. Un matin, par pure curiosité, elle subtilise une lettre qui l’intrigue… Que s’est-il passé dans sa tête ce jour-là, et qu’est-ce qui la pousse à continuer, semaine après semaine, à s’immiscer dans l’intimité d’une aventure épistolaire aussi intrigante qu’improbable ? A travers cette correspondance volée, Agnès va peu à peu s’ouvrir au monde et découvrir un lourd secret : le sien. Elle en sortira transformée. A la fois touchant, drôle, cruel, tendre et émouvant, le récit d’Agnès nous laisse appréhender les conséquences du manque d’amour et de confiance en soi.


Un roman tantôt doux, tantôt amer, mais toujours très tendre qui embarque le lecteur au cœur de la psychologie fragile d’une femme.


Agnès est factrice et présente un physique qui n’est pas à son avantage ; elle est grosse, pas très joli, à les yeux fatigués et cernés par des cauchemars nocturnes, présente un laissé-allé évident et plonge depuis des années dans une solitude et un mal être quotidien. Des relations réduites aux obligations de sa profession, elle connaît toutefois bien la vie des gens à travers leurs courriers qu’elle observe avec grande attention et mémoire. Un jour pourtant, une jeune et jolie pédiatre qu’elle a  connu plus jeune au lycée, change d’habitude et reçoit une lettre qui attire son attention et éveille profondément sa curiosité. Agnès la dissimule, l’ouvre et la lit avant de la faire parvenir comme à son habitude à sa destinataire, ni vu, ni connu. Commence alors une lecture épistolaire interdite et intime qui va venir bouleverser le quotidien de la jeune femme.

En parallèle de ces lectures hebdomadaires qu’Agnès attend comme le messie, on suit le changement et la prise en main d’une jeune femme qui s’était complètement laissé aller ; elle décide de maigrir d’un un premier temps, de reprendre le sport afin de retrouver un corps et un visage agréable et harmonieux, tente de changer de style vestimentaire en y ajoutant une touche plus féminine, se décide à ressortir avec des amies et s’autorise même une aventure. Mais tapi dans l’ombre, le manque de confiance en elle et les idées préconçues sur la gent masculine sont tenaces et vont continuer à grignoter et ternir cet épanouissement qui ne demande qu’à éclore.

Il faut dire que le personnage d’Agnès porte de sacrés bagages émotionnels, une relation difficile avec sa mère qui ne s’est jamais remise  de la fuite du père et qui a associé sa fille à la douleur de l’amour perdu. Mal aimée avec une présence maternelle réduite au strict minimum, Agnès n’a pas su se construire de la manière la plus saine, une mère qui a aussi alimenté une image négative de l’amour et des hommes.  Le père absent, jamais connu, est aussi un manque évident dans la construction personnelle d’Agnès, qui elle même associe l’échec paternel à sa vision des hommes ; ils profitent des femmes et les jettent une fois contentés. On a ainsi une belle analyse sur le manque d’amour et l’absence parental qui est la base pour se construire soi même et avoir un minimum de confiance en soi.

On peut également dire de cette lecture qu’elle est à la fois simple et profonde.

Simple par son style et son écriture, c’est dynamique, fluide, le texte se lit avec beaucoup d’aisance. On est projeté dans la tête d’Agnès, puisque le texte est écrit de son point de vue, ses idées, ses échanges fusent et on est vite embarqué sur les vagues voire les torrents de ses pensées et ses réflexions. Simple aussi comme une histoire de femme parmi tant d’autres, mal dans sa peau avec un manque probant de confiance et une vision erronée des relations humaines. Simple comme un sourire et des rires que cette femme suscite parfois dans son autodérision, dans son regard d’autrui, dans ses moments amusants qui ne durent cependant pas très longtemps.

Profonde car le récit est riche de réflexions, sur la nature humaine en particulier avec toutes ses nuances psychologiques à travers le personnage héroïne mais aussi ceux qu’elle côtoie. Riche en émotions, car le lecteur passe du rire aux larmes, on s’amuse avec Agnès, mais on souffre aussi beaucoup, on souffre des conséquences du manque d’amour d’une mère, de l’absence d’un père, d’un mal être profond, du regard des autres et de soi-même.

En bref, ce roman, au titre percutant, est une histoire épistolaire, une histoire d’amour, une histoire de famille avec ses secrets, ses rancunes et ses non dits, une histoire psychologique de femme mal dans sa peau qui tente de se sortir la tête de l’eau, une histoire drôle, touchante, émouvante et surtout pleine de surprises !

Je remercie les éditions de l’Astre Bleu pour ce nouvel envoi.

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Un commentaire pour « La grosse ou les tribulations d’une factrice » de Raphaële LACROIX

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