« Le rapport Oberlander » de Laurent MANTESE

Quatrième de couverture : Quelque part à l’est de l’Europe, au cœur de la taïga, se dresse une forteresse de pierre sombre sur laquelle flotte la bannière nazie. Les sinistres préparatifs qui s’y déroulent et les épouvantables secrets qui se cachent dans ses profondeurs ne donnent guère envie de s’y rendre en visiteur. C’est pourtant là que devra pénétrer Marcus, un détective privé londonien à la vie apparemment sans histoires, au terme d’un voyage déclenché par une tache de sang et un vieux livre, qui le mènera du fin fond des forêts de Finlande aux plaines de l’Ukraine déchirée par la guerre civile. Dans cette citadelle dirigée d’une main de fer par un groupe de fanatiques à la surprenante longévité, il espère trouver en effet la réponse au mystère de ses origines, de ses cauchemars et de son existence même. Mais au bout de sa quête l’attendent aussi des horreurs plus anciennes que le temps, l’espace et les dimensions que nous connaissons… 


Une lecture percutante avec une dynamique en dent de scie mais un sentiment d’oppression qui ne cesse de s’accroître qui invite le lecteur dans une aventure temporelle et géographique sur fond de guerre, de nazisme et d’horreurs fantastiques.


Marcus est détective privé à Londres, il mène une vie tranquille, est amoureux de Marie avec qui il partage un appartement et retrouve son père de temps en temps. Sa vie professionnelle est peu passionnante, faite de filature d’adultères pour l’essentiel. Décrit ainsi, rien ne prédestinait Marcus à faire les terribles découvertes et à vivre les mésaventures à venir ; un livre tâché de sang reçu anonymement, de sombres secrets révélés, une trouble rencontre soit disant pacifique au discours alambiqué, un voyage dans la campagne froide et profonde finlandaise, puis dans une Ukraine prise dans la tourmente de la guerre jusqu’aux recoins reculés où le nazisme perdure dans sa noirceur et dans les horreurs tapies dans l’ombre qu’il protège.

On démarre en 1943, la seconde guerre mondiale fait rage et les nazis puissants et aliénés détruisent des vies  par centaine de milliers, mais à côté de cela, le Directoire affronte la Prévôté constituée majoritairement de nazis et d’alliés inquiétants, cela tourne mal… Une trentaine d’année plus tard, un petit garçon est sujet à des cauchemars récurrents, réalistes et qui le plongent dans un état comateux inexplicable et dans des horreurs indescriptibles. De nos jours, un détective privé des plus banals reçoit un livre ancien tâché de sang et c’est l’effet boule de neige.

La majorité de l’ouvrage se passe de nos jours et se concentre sur le personnage de Marcus qui va profondément évoluer, se transformer et se révéler bien plus sombre qu’il n’y paraît. L’évolution du personnage à travers cette histoire est assez terrible, on rencontre un homme sain qui va sombrer peu à peu, les secrets, les révélations, la mort, les affrontements, les voyages dans des conditions extrêmes, vont le ternir, l’amaigrir, lui façonner un physique plus sec, le métamorphoser en somme, que ce soit physiquement ou psychologiquement, ce que l’on peut dire du personnage, c’est qu’il sait parfaitement s’adapter, étonnamment. Et l’auteur ne le ménage pas ! On s’attache à Marcus, il est tenace et prêt à tout pour découvrir la vérité. J’ai également bien aimé sa relation avec son chien Ogami, fidèle à son maître jusqu’au bout. Par ailleurs, Marcus fait de multiples rencontres au cours de son périple, on note entre autre le Docteur Kowalski, personnage ancien et mystérieux ou dans une moindre mesure Grigoriev, soldat ukrainien qui prend des risques pour faire vivre sa famille.

Le roman offre une peinture historique du nazisme, de guerre ukrainienne et de groupuscules mystérieux œuvrant dans la partie fantastique ; d’un côté le Directoire, de l’autre la Prévôté, qui s’affrontent depuis bien longtemps, l’un pour protéger les hommes, l’autre pour imposer son idéologie en acceptant les pires connivences et alliances. L’horreur vient donc des nazis ceux qui vivent dans ce château lugubre au fin fond de l’Ukraine, ceux qui rêvent de la belle époque du IIIème Reich et s’écœurent de la mixité ethnique et migratoire européenne, et menés par des néonazis centenaires mais pas seulement. Ceux que l’on appelle émissaire, sorte de psychopathe souriant et représentant de créatures fantastiques qui attendent leur réveil et qui glacent le sang à leur évocation reptilienne, sont aussi pervers et efficaces que les discours abjectes des fanatiques.

La dynamique du récit est assez déroutante, c’est un peu les montagnes russes sensationnels, il démarre sur les chapeaux de roue avec une ambiance très ténébreuse ; de la pluie, un éclairage au bougie, et une forte inquiétude qui imprègne le tout, c’est rapidement oppressant, mais ce sentiment n’est pas maintenu à la même amplitude tout au long du roman. Il y a aussi beaucoup de moments plus lents, plus introspectifs, dues aux réflexions du personnage principal sur ses mésaventures, aux extraits de lettres, des moments plus descriptifs. Ils sont recoupés de phases plus haletantes, terriblement stressantes, parfois même angoissantes, où tout s’accélère, où le danger se fait plus proche, ce que l’on retient toutefois c’est que ce sentiment d’angoisse monte crescendo sur l’ensemble de la lecture, jusqu’au final qui vient « relâcher » tout ça. Il faut dire que quitter une Londres citadine, pour se retrouver isolé au fond de la Finlande avant d’affronter l’Ukraine, ses conflits internes et son climat froid jusqu’à cette citadelle d’un autre âge, incitent forcément un changement progressif de ton et d’ambiance. On est clairement dans un thriller haletant plus que dans un roman d’horreur gore, certes quelques scènes sont quelque peu écœurantes mais elles sont finalement rares et ce que l’on ne voit pas se révèle nettement plus terrifiant.

Je ne connaissais pas l’auteur, son style se révèle très noir, on sent aussi que c’est très recherché et bien documenté, il joue plutôt bien avec différente dynamisme, le récit a un côté déstructuré, on ne suit pas seulement le personnage de Marcus, on suit aussi avec beaucoup d’intérêt, d’autres personnages, d’autres situations, toujours importantes dans l’histoire. L’auteur nous ballade, torpille notre conscience d’informations, de descriptions, d’éléments qui expliquent l’ensemble de son histoire, la met en place et l’approfondit. Il a pris quelques libertés historiques qu’il signale en fin d’ouvrage. L’ensemble est de qualité même s’il y a quelques coquilles qui traînent.

En bref, un roman qui surfe entre histoire nazie, thriller palpitant, fantastique oppressant, des non-dits, beaucoup de sous-entendus angoissants, on en voit finalement peu de ces êtres obscurs alliés aux fanatiques nazis qui végètent dans un passé glorieux et perdu. Lecture surprenante avec un style bien sombre !

Je remercie les éditions Malpertuis pour ce très chouette cadeau des Aventuriales !

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