« Les Planches Pourries » de Samuel NOEL

Quatrième de couverture : Librarius est un homme marginal et fantasque, du genre à rêver sa vie plutôt que de la vivre.

Tombé amoureux de la belle Suzanne, qui ne rentre également dans aucun moule prévu par la société, il lui a promis qu’un jour, il l’emmènerait sur une île déserte afin d’échapper à ce monde qui ne leur convient pas.

Le projet est insensé, mais les rencontres que le hasard mettra sur le chemin de ce doux rêveur vont rendre ce dessein réalisable, au prix de multiples péripéties…


Lecture pleine de vie, d’improbables et d’humour, il y a dans cette lecture quelque chose de jubilatoire et d’assez dément même avec son lot de drame, si vous avez lu Kafka sur le rivage, et surtout que vous l’avez aimé, vous devriez fortement apprécié celui – ci !


Librarius et Suzanne, une rencontre inopinée, improbable, une relation amicale forte et antagoniste. Librarius vit dans la solitude, déteste les gens et rêve d’un ailleurs possible, Suzanne vit une vie plus cadrée, se bat chaque jour pour maintenir la routine quotidienne mais cache une profondeur colère, il est passe partout, elle est belle et rayonnante, il est amoureux, mais elle ? De rencontres en discussions, Librarius évoque rêveusement avec Suzanne une île perdue, une île de tous les possibles, une île où ils seraient heureux, seuls, sans ces autres et cette société qui ne les épanouissent pas. Puis, voilà qu’un gamin mourant et sa très jolie sœur entrent dans le rêve qui pourrait bien devenir réalité.

« Un jour vient où l’on prend conscience de la connerie qu’est la vie, de la connerie qui anime les gens qui nous entourent, les gens normaux qui suivent comme un vulgaire troupeau de moutons les idiots qui jouent les bergers. »

On suit essentiellement le point de vue de Librarius, être humain qui vit complètement dans sa bulle, pourrait-on parfois dans sa folie ? Le personnage est un solitaire asocial affirmé et entièrement assumé, il a ce quelque chose d’amusant de dire tout haut ce que l’on pense tout bas, il écorche les stéréotypes, griffe les convenances et le bien pensée et passe outre toute « normalité » imposée par la société. Il a ce regard un peu voilé mais surtout désinhibé sur les rêves, l’idéal, les envies, ces choses dites souvent inaccessibles qui pour lui ne le sont pas tant que ça si l’on assume un minimum ce que l’on est et ce que l’on ressent, le personnage est un reflet vivant d’une liberté que beaucoup d’êtres humains adultes ont perdus, et que l’on retrouve souvent chez l’enfant, dans son innocence. Librarius, c’est un peu ça, un personnage farfelu, enfantin, rêveur et libre.

« Nous vivons dans un monde où il est interdit de penser autrement
que comme on nous l’a enseigné »

Menée par un tel chef d’orchestre, l’auteur embarque son lectorat dans une symphonie burlesque, poétique, fantastique, improbable, où la rythmique est assez soutenue avec des éléments qui se suivent et ne se ressemblent pas, des moments qui montent crescendo avant de revenir à une douceur, une accalmie avant une nouvelle tempête. En démarrant la lecture, il n’est pas exclu d’être un peu perturbé, septique peut-être, complètement perdu, et de se dire « Wow, mais où va/veut nous amener l’auteur ?! », mais très vite on est embarqué et finalement on intègre pleinement ces absurdités qui deviennent importantes pour maintenir toute l’aura qui sort de cet ouvrage et vous englobe. L’auteur ose beaucoup de choses et crie de nombreuses vérités, certes c’est complètement fou, mais c’est aussi très intelligent. Loin d’une lecture utopique, il y a une part sombre, une certaine violence parfois même une crudité qui viennent se greffer à cette lecture fantasque et onirique.

« Elle est tellement belle dans ce petit corps rose avec ce cœur cabossé que je m’efforcerais de réparer sans jamais y parvenir ! »

La plume de l’auteur est aussi très belle, très joueuse, et certainement empreinte d’un message de positivité ; vivre sa vie comme on l’entend, penser à se construire, se plaire avant de plaire aux autres, ne pas sombrer dans un moule insipide et extrait de toute personnalité propre, etc. tout en instillant des paramètres immuables qui viennent entacher tout cela pour plus de réalisme : l’amour, la mort, les confrontations… Animé de chapitres courts aux titres évocateurs et perchés, on est juste alpagué dans les vives émotions de ce conte onirique, promesse d’une lecture décalée et désinvolte.

« Ses travers ne la rendaient que plus humaine. »

La galerie de protagonistes y est aussi pour beaucoup dans la qualité du récit, au côté de Librarius, il y a d’abord Suzanne, la femme magnifique dont il est fou amoureux, qui sous ses airs de saintes et de perfection cachent une colère et une violence très surprenantes, Tête de nœud, un gamin mourant mais plein de vie et Jolies Lèvres, une jeune femme sensuelle et maternelle, des peintures de personnages parfois empreintes de force et de gravité mais toujours traitée avec une certaine relativité. Des personnalités bien distinctes toutes un peu marquées que la vie semblent ne pas gâtées ou acceptées, tous embarqués vers un projet insensé, illusoire, mais peut-être pas tant que cela lorsque l’union fait la force.

« – Te foule pas, Tête de Nœud, prier sans avoir la foi, c’est comme essayer de se saouler au panaché ; ça donne juste envie de pisser. »

En bref, une lecture mouvementée, décalée, intense et émouvante mais aussi pleine de vérité sur la nature humaine, la société et ses faux-semblants, tout ce qui éteint à petit feu l’étincelle de vie délurée en nous. Jouissif !

Je remercie Babelio et son partenaire IsEdition pour cet envoi.

              

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Un commentaire pour « Les Planches Pourries » de Samuel NOEL

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