« Confessions d’une séancière » de Ketty STEWARD


Quatrième de couverture :
À la faveur d’une nuit étoilée, la Séancière t’ouvre les portes de son île. Tu devras emprunter une langue de sable interminable à travers l’océan et braver bien des dangers.
Tu entends déjà Manman Dlo t’appeler par ton prénom. Sa voix t’attrape le cœur et ne le lâche plus.
Papa Dlo marche à ta rencontre au-dessus des flots, te désignant du bout de sa canne la crique où tu trouveras tout ce que tu cherches et, peut-être aussi,
ce que tu fuis.


Un roman singulier qui vous emporte au cœur des rites, des croyances et de la magie chamanique martiniquaises, captivant !


Confession  : Acte de déclarer ou d’avouer quelque chose.

Séancière : Chaman invoquant les esprits pour guérir le mal lors de séances voisines du rite vaudou


Confessions d’une séancière est un ouvrage envoûtant qui emporte le lecteur dans les mythes et superstition martiniquais, au travers de ces pages bien écrites et captivantes, on y découvre les légendes ; Papa D’lo et son océan d’amertume, Manman D’lo et son charme de sirène, côtoyant d’autres créatures viles et joueuses, des esprits perdus ou malins ou encore des hommes démons. Tout autant de choses qui alimentent l’imaginaire et les croyances créoles, sans oublier les malédictions qui nécessitent l’intervention chamanique d’un séancier pour contrer le mal qui ronge.

Chaque nouvelle voit un personnage, qu’il soit enfant ou adulte, dédié à une histoire mettant en scène tout un folklore riche et varié, allant de la divinité aux  créatures fantastiques et malines, en passant par des malédictions inopinées et virulentes, voire même des fantômes. Chacun est touché d’une façon ou d’une autre par des actes ou des esprits surnaturels. On y trouve aussi au travers de ces écrits, des descriptions de la vie quotidienne des martiniquais souvent frivole : la danse avec le Zouk ou les relations de voisinage, mais aussi des thématiques plus fortes et actuelles, souvent féminines ; le viol, la violence, la mort,… Les nouvelles ouvrent donc à des réflexions plus subtiles qu’elles n’y paraissent.

Ce qui se dégage de ces nouvelles est très sombre, il y a une grande part d’occultisme dans ces croyances créoles qui surfent sur le Vaudou, il y a d’ailleurs un clin d’oeil à Haïti, avec une grande touche de fantastique et d’imaginaire insolite, inquiétante mais qui dénoue toujours sur quelque chose de positif ou une morale sensée et intelligente. La sorcellerie semble avoir une emprise importante dans ces mœurs sociétaires. Toutefois, l’auteure n’en oublie pas un humour qui vient sourdre parfois au travers de ces histoires.

L’ensemble est vraiment bien écrit, la lecture est fluide et dynamique, avec à chaque nouvelle un suspens et une fin qui contentent. Chaque nouvelle est précédée d’un poème court à la mise en page ludique et originale, des mots qui touchent, qui entretiennent l’imagination, qui claquent dans notre esprit telle des incantations, préparant celui-ci à la lecture de la nouvelle qui suit. Un bel hommage de l’auteure à ses racines avec en prime une nouvelle entièrement écrite en créole (sans traduction toutefois) et un lexique explicatif des différents termes locaux usités dans l’ouvrage.

Un petit mot sur la couverture tout de même, on commence à connaître les œuvres photographiques de Jean-Emmanuel Aubert qui illustre de belles couvertures chez Mü éditions (Cyberland ou Dernières fleurs avant la fin du monde), en général c’est très linéaire, avec des lignes de fuite qui vous donnent cette impression de sombrer dans l’infini. Dans ce cas, c’est un peu différent mais on y trouve toujours ce quelque chose qui vous capte, ici cette impression d’oeil qui se rapporterait à la partie croyance ou de coquillage qui se rapporterait à l’île des Antilles, et donc au côté créole. En tous cas, elle joue sur les deux tableaux et sublime de manière efficace le contenu.

En bref, un petit ouvrage assimilable aux mémoires d’une Séancière, qui viendrait là nous conter les expériences surnaturelles et fantastiques qu’elle a pu recueillir et annoter dans un vieux grimoire, une façon de transmettre la prudence et le savoir de ces rites anciens. La plume douce et piquante de la Séancière captive et envoûte son lectorat à chaque histoire contée et à chaque poème citée. Quand l’imaginaire créole vous emporte dans l’océan des légendes et croyances, où les superstitions flirtent avec les malédictions, Papa Dlo et Manman Dlo ne sont jamais bien loin.

Je remercie Babelio et son partenaire le Peuple de Mü pour ce très bel envoi.

 

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2 commentaires pour « Confessions d’une séancière » de Ketty STEWARD

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