« Nos vies en l’air » de Manon FARGETTON

Quatrième de couverture : Mina et Océan.
Ces deux-là se retrouvent par hasard sur le toit d’un immeuble parisien.
Ils ont choisi le même spot, ce soir, pour en finir. mais leur rencontre bouleverse ce projet : ils décident de s’accorder la nuit dans la ville, ensemble.

Une nuit comme un sursis.
Une nuit où tout peut arriver.
Une nuit rythmée par les défis, les échos du passé et la liberté vibrante de l’inconnu.

Jusqu’à l’aube, qui sera l’heure de la décision…


Tranche de vie de deux adolescents différents mais à la douleur commune et au besoin de se suicider, et si une nuit ensemble pouvait tout changer ?


Mina, est une adolescente d’origine arabe, modeste, qui subit le harcèlement scolaire et l’incompréhension des autres. Des menaces et des insultes sont son lot quotidien, aussi se réfugie t-elle sur le toit d’un immeuble avec cette envie de sauter, d’en finir avec tout ça, une envie d’éclabousser toute cette douleur qu’est sa vie depuis quelques temps déjà. Elle a tout préparer, un accoutrement métaphorique et une vidéo, des images diffusées au plus grand nombre, qu’ils souffrent autant qu’elle, qu’ils comprennent qu’ils sont allés trop loin. Ses parents ne soupçonnent rien, elle est discrète Mina, elle fait comme si tout allait bien, mais rien ne va, et l’envie de mourir, de manière spectaculaire idéalement,  domine ce soir là sur le toit d’un immeuble parisien. En bas, elle guette un point d’atterrissage, un dernier objectif avant le grand voyage vers l’au delà, les éclats lumineux des véhicules s’estompent, les bruits des klaxons aussi, il faut faire vite. Réfléchir, penser, Mina se perd dans sa tête, regarde ses converses argentées, jusqu’à ce que la voix d’un garçon vienne la sortir de ses pensées.

Océan, est un adolescent qui vit bien, même très bien, un père qui a réussi, arriviste dirait la belle famille, la famille est aisée, l’argent n’est pas un problème. Depuis, quelques mois pourtant, rien ne va, enfin depuis longtemps ça ne va pas, mais cela s’est accentué dernièrement, Océan n’en peut plus de cette vie codée et guindée, accumule les joints et autres autodestructions, ne communique plus avec son père, prend ses distances, accumule le mal être, il faut en finir. Sur le toit d’un immeuble, il est interrompu dans ses objectifs par une fille, « qu’est ce qu’elle fait là ? », attifée d’une drôle de manière, le regard vers ses pieds, elle ne l’a pas encore perçu. Il s’approche et sarcastique lui lance ses premières piques ; la pousser à sauter, connaître ses limites, est-elle vraiment prête à mourir ? Océan se questionne, s’en amuse aussi, serait-ce là un sursis avant la fin ?

Ainsi se passe la rencontre entre Mina et Océan, deux adolescents bien différents, aux origines contrastées, mais réunis dans leur mal être et leur envie d’en finir. Une rencontre inopinée, presque surréaliste, quelques échanges pragmatiques, et finalement, ils se promettent une chose ; passer la nuit ensemble et se donner la main le lendemain pour sauter dans un pas commun. Pourquoi ne pas profiter de cette nuit pour explorer leur limite, pousser un peu plus les risques et traverser ces heures sombres dans une folie commune, addictive et surtout en défiance l’un envers l’autre ? A travers les rues parisiennes et au fil de rencontres fortuites, l’un et l’autre se défient, se révèlent et prennent conscience de bien des choses, une nuit faite de gestes et d’actes immatures, insensés et un besoin surtout de se sentir vivre à travers tout ces risques, une façon peut-être de renaître et de toucher du bout des doigts cette vie qui palpite encore dans leur corps mais presque plus dans leur tête.

Ce petit roman de Manon Fargetton est à l’image de sa taille, c’est court mais c’est intense, c’est dynamique, c’est rythmé, pas de temps à perdre pour les deux adolescents, les heures s’égrènent rapidement. Il y a un côté un peu fougueux dans ce récit, on n’est pas là pour narrer les histoires de l’un et l’autre dans les détails mais plutôt dans un rythme effrénée qui s’accélère au fur et à mesure que l’aube s’approche. Et un questionnement incessant pour le lecteur ; vont-ils changer d’avis ? Il n’y pas de prétention dans ce récit qui se révèle simple dans la force de son message ; ici il est question de harcèlement scolaire, des désastres des harcèlements sur les réseaux sociaux, de l’isolement qui en découle, du regard des autres mais aussi de la perte d’un être cher, du deuil, de l’abandon parental, tout autant de chose qui peuvent nuire, détruire un adolescent en pleine construction. Ce qui se révèle aussi émouvant de bien des manières car au fil des heures, Mina et Océan racontent leur réalité, on s’attache à ces personnalités singulières, à la douceur et à l’empathie de Mina qui peu à peu assumera ses actes, de son côté Océan a une personnalité plus laborieuse à définir et à comprendre, ses côtés dédaigneux et égoïstes vont laisser place à une personne nettement plus attachante.

En bref, pas besoin de grands mots pour exprimer les grands maux, en cela l’auteure a parfaitement compris que son récit pour être percutant devait être à la fois vif et violent d’une certaine façon, simple et accessible d’une autre, l’écriture est bien calibrée en ce sens et l’ouvrage se lit d’une seul traite. Il parlera forcément aux adolescents et fera certainement prendre conscience à certains du mal qui peut être fait pour des choses qui leur parait être sans importance. Bel ouvrage et beau message !

Je remercie NetGalley et son partenaire les éditions RAGEOT pour ce partenariat.

 

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Un commentaire pour « Nos vies en l’air » de Manon FARGETTON

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