« Rattrapage » de Vincent MONDIOT

Quatrième de couverture : Un échange de regards le jour des rattrapages du bac, et tout lui revient en pleine figure. Elle, c’est la jolie fille populaire, comme il en existe dans tous les lycées. Cette année, elle faisait partie de la meute, de ceux qui se payaient la tête de tous les « cassos » : les moches, les geeks, les nuls en cours. Lui, c’était leur proie favorite. La chasse s’est terminée dans une flaque de sang. Est-il trop tard pour qu’elle soit pardonnée ? Est ce qu’elle mérite même de l’être ?


Un titre destiné aux ados sur les conséquences du harcèlement scolaire et du cyber-harcèlement et les remises en question personnelles, c’est brut et écorché, le style Mondiot dans toute sa splendeur !


Sortie prévue le 3 avril 2019

Rattrapage est un monologue d’une jeune adolescente qui se retrouve au rattrapage du bac dans l’enceinte d’un autre lycée. Elle doit passer l’oral qui pourrait s’avérer aussi salvateur que préjudiciable pour l’obtention de son diplôme. Ce jour là, ils sont un certain nombre à patienter dans le couloir, et elle reconnaît ce garçon assis, les écouteurs sur les oreilles, il ne semble pas l’avoir remarquer. Pourtant, elle se rappelle de ce qu’il a subi, ce qu’elle lui a fait avec les autres, jusqu’à ce qu’une marre de sang vienne faire cesser tout ça.

On suit donc les réflexions d’une adolescente jolie, bien fichue, populaire, une de ces filles qui a du succès auprès des garçons, une fille qui sort du lot parce qu’elle appartient à cette bande d’adolescents dont tous aimeraient secrètement faire partie. Elle raconte au lecteur cette année scolaire qui a viré au cauchemar avant de finalement finir dans le déni et l’oubli. Sauf qu’elle n’a rien oublié, sait qu’elle a fait beaucoup de mal et qu’avec cette bande de potes, des vidéos, des photos diffusées sur internet, ils sont allés trop loin. Revoir ce garçon, sur lequel ils se sont acharnés plus que les autres, celui que la plupart ont oublié, ravive en elle douleur et remords latents, tapis dans son cœur, dans sa tête, les réminiscences de ce qu’elle a été pendant presque une année lui explose au visage et toutes les interrogations qui en découlent ; comment réparer le mal qui a été fait ? Comment devenir une autre que cette pimbêche moqueuse ? Est-ce que ce garçon la déteste ? L’a t-il oublié ? Comment va t-il aujourd’hui ?

Ce petit roman respire le style Mondiot que j’affectionne particulièrement et que l’on retrouve d’une certaine manière dans ses autres écrits, Nightwork ou Les Mondes-Miroirs par exemple. On retrouve toujours des thèmes engagés, sensibles, durs aussi, avec un style d’écriture qui plonge en général le lecteur dans quelque chose de sombre, parfois même de glauque. Ici, l’écriture est encore plus brute, plus écorchée, comme si l’auteur avait craché son récit sur le coup d’une impulsion, d’un seul jet, c’est encore plus percutant finalement et cela apparaît en adéquation avec le sujet traité. C’est violent, réaliste, sans fioritures inutiles, c’est aussi plus tourmenté et virulent, émouvant dans sa simplicité. Je ne connais l’auteur qu’à travers ses écrits publiés mais aussi ceux de son blog « Survivre à la nuit », et l’on ressent une personnalité complexe, peut – être un peu « abîmé » aussi qui transparaît dans cet ouvrage.

On aborde là le thème du harcèlement scolaire et du suicide chez les adolescents psychologiquement plus fragiles dans cette étape de leur vie, l’adolescence, une période qui peut s’avérer aussi violente et destructrice que possible par les mots, les gestes, les actes et les réseaux sociaux, grand mal de notre époque… Mais, si l’ouvrage se veut fort et difficile parfois psychologiquement parlant, une once d’espoir demeure avec la notion du pardon et de reddition que l’auteur aborde aussi à travers son personnage qui se pose milles et une questions sur elle même, sur ces autres, soit disant amis, sur ce garçon marqué à vie par les cicatrices du drame.

En bref, un petit ouvrage au message fort qui résonne encore après la dernière page tournée, on pense inévitablement à ceux qui subissent ces harcèlements chaque jour, à ceux qui n’ont pas la « chance » de faire partie de la meute populaire, à ceux à qui l’on ne pardonne pas la moindre originalité, le moindre écart… à ces injustices quotidiennes qui peuvent tourner en drame. Un ouvrage qui je l’espère sensibilisera les adolescents, même si sans avoir d’idées préconçues à ce sujet, ce ne sont pas forcément ceux qui lisent qui sont les « bourreaux », ceux-là pourront peut-être s’allier, intervenir et se confronter à ceux qui violent chaque jour la dignité des autres. Encore un très bel ouvrage de cette collection forte et émouvante !

Je remercie les éditions Actes Sud junior et l’auteur Vincent Mondiot pour ce (double) envoi !

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3 commentaires pour « Rattrapage » de Vincent MONDIOT

  1. Ping : Rattrapage : jour de sortie | Survivre la Nuit

  2. OmbreBones dit :

    Chronique très intéressante, je ne connaissais pas cet ouvrage mais j’ai beaucoup aimé le style de l’auteur dans les mondes miroirs 🙂 ça m’a l’air d’être un texte prometteur que je vais garder à l’œil !

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