« Le Saut du grillon » de Xavier OTZI

Quatrième de couverture : À vingt-deux ans, Sian pourrait vivre l’existence insouciante de la jeunesse bohème. Mais l’arrière petite-fille d’Edmond Locard, le fondateur de la criminalistique, préfère réserver ses nuits au musée Testud-Latarjet. Ses collections autour de l’anatomie humaine la fascinent. Derrière cette étrange obsession, l’absence de sa mère, disparue dans des circonstances énigmatiques.

Quand un inconnu entre par effraction pour dérober un foie infecté, la ville de Lyon se retrouve le théâtre d’événements insolites. Un légiste radié de l’Ordre des médecins se livre à des expériences inquiétantes, des sans-abri se jettent dans le Rhône après avoir été mordus par des rats… Sian décide de mener l’enquête.


Un ouvrage qui offre une ambiance type cabinet de curiosité et polar mêlé. Étrangeté, horreur, enquête, ne sont là que pour faire transparaître davantage la noirceur humaine.


J’avais déjà pu découvrir le talent d’auteur et le style résolument unique de Xavier Otzi à travers son ouvrage L’homme maigre. Ce dernier était une lecture différente qui dans sa simplicité d’intrigue, intégrait énormément de profondeur et de réflexion, le tout manié avec une plume ciselée à la fois délicate et pleine d’éclaboussures, qui donne l’impression d’avoir bourlingué, un style très sombre et parfaitement adapté aux intrigues subtilement fantastiques et très « polarisées » qu’affectionnent l’auteur.

Sian est une jeune femme qui passe son temps entre des virées nocturnes dans le musée Testud-Latarjet en compagnie de son ami Greg et des journées la clope au bec à porter un regard profondément cynique sur le monde qui l’entoure ; les études, son père, les autres. A vingt – deux ans, Sian est résolument décalée ; meurtrie par l’absence d’une mère et passionnée par la criminalistique, l’anatomie humaine et la parasitologie. Sa vie va prendre un autre sens quand un foie infecté de vers morts est volé dans la collection du musée. Non loin, un ancien médecin légiste aux sombres secrets élabore un stratagème à des fins apocalyptiques, Lyon devient le siège d’étranges évènements où il est question de SDF suicidaires et de morsures de rats.

Insolite synopsis présenté ainsi, ne chercher pas ici une grande intrigue policière, tous les éléments nous sont révélés, on sait qui, on sait quoi, on sait comment, mais là n’est pas le plus intéressant de l’ouvrage. L’aspect enquête est ici pour renforcer l’atmosphère sombre et étrange du roman, le polar a quelque chose de nettement moins propre que le policier, c’est souvent plus mystérieux, plus brumeux, et l’intégration de la ville de Lyon, rappelle forcément ces polars parisiens où l’on ne voit jamais le soleil, où tout est noir, pluvieux et venteux. J’avoue apprécier ce type d’ambiance glauque qui frôle avec l’horreur de la situation. Mais l’auteur ne s’arrête pas là, il joue aussi sur le milieu underground, sur ces soirées musicales qui anesthésient toute lucidité et bienséance, où au contraire, on oublie un peu cette vie, cette routine, alcool, drogue et délires divers, une autre façon de s’extirper d’une humanité bridée et codifiée. Polar, underground, mais pas que !

Cabinet de curiosités et ambiance freack show sont aussi au rendez – vous et là, j’avoue que l’auteur a su me rendre aussi enthousiaste sur son univers que dans son ouvrage L’homme maigre. Un musée avec des collections incroyables et assez effrayantes tout de même sur l’anatomie humaine, des bocaux emplis de morceaux d’hommes, des organes, infectés ou non par des parasites, l’odeur de formol peut venir vous titiller le nez et les sens à cette lecture, sans oublier, les hauts-le-cœur liés à certaines scènes. Parce que l’horreur ne réside pas forcément dans le visuel des choses, mais dans le personnage de Damir Kovacs et de ses rats. Sachez qu’après cette lecture, vous ne regarderez plus les rats de la même  façon. Belle ambiance donc conférez à ce livre, on peut décemment parler d’univers « Otzien », très sombre, très noir, et bien loin d’être édulcoré. Pour en revenir au côté monstrueux, Damir Kovacs fait partie des personnages étranges et rebutants, personnage massif aux cheveux longs et à la barbe drue et épaisse, vraiment flippant dans ses idées, ses manigances mais aussi tragique avec un passé douloureux. Indéniablement le personnage fort de cette histoire, sans forcément être attachant, tourmenté, malmené, psychologiquement instable et à la fois intelligent, avec des moments de lucidité apparente, on ne sait pas réellement si le personnage est bercé par la folie ou s’il a bien conscience des choses, tantôt froid, calculateur et violent, tantôt indécis, dominé par le doute et humain.

Les autres personnages n’en mènent pas large non plus, tous plus ou moins abîmés par leur vie ou leur psychologie, chacun d’entre eux traînent ses casseroles. Aucun personnage solaire n’est décrit ici au contraire. Sian est profondément affectée par le manque de sa mère, inspectrice et disparue une dizaine d’année plus tôt dans des contions particulières, le personnage accumule les dérives, et se révèle très observatrice du monde qui l’entoure sans réels émotions, on a vraiment l’impression qu’elle est complètement détachée, c’est assez déroutant, on a une héroïne rock’n’Roll bien éloignée des conventions qui m’a souvent rappeler Elsy dans les Mondes Miroirs. Timmy, l’un des meilleurs amis de Sian, porte lui aussi son propre mal être, hypocondriaque, cherchant sa place entre les sentiments ambiguës pour son amie, ses études et ses soirées underground. Cheb, l’ancien partenaire de Lili, la mère de Sian, tente de tenir sa promesse, protéger sa filleule, mais il traîne aussi ses propres souffrances entre une vie familiale éclatée, des secrets inavoués, une vie professionnelle qui s’étiole. On reste donc dans des figures psychologiquement fortes avec beaucoup d’abîme et de tourments. L’auteur doit affectionner l’analyse d’une humanité dans ce qu’elle a de plus sombre dans des thèmes résolument actuels ; son insertion dans la société, ses vies familiales instables voire détruites, les conséquences de ses idées noires qui s’accumulent…

En bref, avec le Saut du grillon, on n’est pas forcément dépaysé si l’on a déjà lu l’auteur, Xavier Otzi dresse encore des portraits de personnages singuliers, torturés et sombres à leur façon qui gravitent dans un fond d’intrigue policière qui n’est pas le point principal du récit et agrémentent des notions d’étrangeté, presque de monstruosité, rappelant sans cesse, ces cabinets de curiosité et ces freak show d’une époque résolue. Sans oublié la ville de Lyon et ses ruelles secondaires. Tout cela confère à l’ouvrage, une véritable atmosphère typique des univers « Otziens » avec une grande notion d’humanité dans ce qu’elle a de plus noire. Encore une belle réussite pour l’auteur !

Je remercie sincèrement l’auteur pour m’avoir donnée l’occasion de découvrir son roman.

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2 commentaires pour « Le Saut du grillon » de Xavier OTZI

  1. Thomas Bauduret dit :

    Bonjour, vous m’envoyez un mp pour que je vous envoie mon petit nouveau ? Désolé de pourrir comme un vieux tapir eczémateux, mais j’ai perdu votre mail !

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