« Cut the line » de Pascal RUTER

Quatrième de couverture : Ils sont cinq jeunes musiciens français à avoir été choisis pour une tournée au San Puerto, minuscule pays situé quelque part sur les contreforts de la Cordillère des Andes. À l’heure du retour chez eux, la situation politique est tendue et les menaces de coup d’état imminentes. Ils embarquent dans un avion vétuste pour faire une escale à Buenos Aires mais, lors de la traversée de la Cordillère, l’appareil s’écrase sur un sommet enneigé. Seuls rescapés, les jeunes gens tentent de survivre dans les conditions les plus extrêmes : la faim, le froid, la nature hostile et l’isolement vont les pousser à bout, révélant les pans les plus sombres de leur passé. Les jours passent, les secours n’arrivent pas…


Un roman haletant et percutant qui vous embarque dans une expérience humaine ultime ; survivre au froid, à la faim mais surtout à la déviance psychologique. Intense !


Cut the line est un roman mêlant littérature catastrophe et young adult. Il raconte le crash d’un petit avion transportant cinq jeunes musiciens français âgés de seize à vingt ans. Ces derniers revenaient d’une série de concerts exécutés dans un petit pays politiquement sensible ; le San Puerto. Lors de la traversée de la Cordillère des Andes, une tempête s’élève et le vieil avion s’écrase dans l’un des sommets les plus du mondes. Seuls survivants, les cinq jeunes gens vont devoir affronter le pire pour survivre.

L’histoire est très intimiste et évolue en huit clos pourtant, il n’y a absolument jamais aucune baisse de tension, la lecture est intense du début à la fin et jusqu’au bout, on se demande : survivront-ils ou pas ? Le plus intéressant est forcément la psychologie des personnages et l’évolution de l’être humain dans ce qu’il a de plus trivial face à cette situation extrême. L’auteur réussit à présenter cinq individus plus ou moins marqués par la vie malgré leur jeune âge, cinq personnalités pour cinq caractères qui n’évolueront pas de la même manière et surtout qui n’auront pas la même force de résistance psychologique.

On a deux personnages qui se distinguent énormément, Gillian en tête, il n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche comme les autres, il est taciturne, acerbe dans ces propos et solitaire, pourtant derrière cette facette parfois méprisante, il y a une grande intelligence et force de caractère. C’est clairement le personnage qui se dessinera un peu comme le leader dans la situation et personnellement celui que j’ai préféré. Ensuite, il y a David, le plus âgé et dont la vie est régie par un père dictateur, intransigeant et exigeant, le personnage est, malgré une vie qui se veut réussie, terriblement seul. C’est le bon samaritain du groupe, il a un côté très fraternel voire paternaliste, intelligent et raisonné, il connaît la montagne pour pratiquer régulièrement des treks hivernaux. Après, il y a les trois autres, Rachel qui traîne un secret qui la ronge, Roberto, le clown de service et le plus jeune et Myriam dont on ne sait pas grand chose, est le personnage le plus effacé.

Chacun va vivre la situation différemment, on suit les liens qui se tissent et les interactions entre eux, on observe les profils psychologiques qui s’affirment ou qui se perdent peu à peu, on voit la transformation physique et psychologique de chacun, certains sont plus forts, d’autres plus faibles. La confiance et l’union vont aussi être mis à mal par le temps qui passe et l’espoir qui bat de l’aile.

Le roman est émotionnellement intense et déroutant. Vraiment. On vit les émotions des personnages de façon extrême, la peur, la douleur, le froid, l’espoir qui s’étiole au fil des jours, les humeurs qui s’accroissent, le réveil de certaines rancœurs, de certains sentiments, tout est exacerbé, on décroche de la vie réelle pour vivre en petit comité dans des conditions particulièrement difficiles. Comment survivre ? Comment résister à la faim qui vous tenaille ? Comment supporter le froid ? Comment garder l’espoir d’une survie qui peu à peu semble s’éteindre ?

Le roman est vraiment bien écrit et transpose parfaitement les émotions et les transformations des personnages, c’est déroutant, on s’attache forcément à ces personnages même si certains se démarquent des autres, entre autre Gillian et David. L’environnement est vraiment bien décrit, on s’y croit, on ressent ce froid, ce vent glacé sur le visage, ce soleil qui se reflète dans la neige et vous brûle la rétine, ce paysage blanc et aiguisé à perte de vue, une solitude difficile, ces bruits nocturnes inquiétants de carlingue qui craque par les baisses de température… Tout autant de chose qui font de ce roman qui se déroule en huit clos une belle réussite, jusqu’à ce que, pour reprendre les termes d’un personnage cela devienne quelque peu « extravagant ».

Honnêtement si les quatre cinquième du roman sont vraiment excellents, le dernier cinquième m’a laissée perplexe d’une part par la tournure que prenaient les éléments, d’autre part parce que la fin ne répondait pas du tout à mes attentes, mais là il s’agit d’une affaire de goût certainement. Je ne m’éterniserai pas sur cette petite partie plus alambiquée que le reste car franchement le roman vaut la peine que l’on s’y penche et surtout que l’on s’y attarde tant la transmission des faits et le ressenti des personnages est percutant de réalisme.

En bref, Cut the line est un roman extrême de tout point de vue, extrême dans la psychologie des personnages bien rodée et approfondie avec une réelle évolution intéressante face à la situation et surtout distincte avec des caractères individualisés mais pas forcément stéréotypés, extrême dans le cadre et la situation dans lesquels évoluent les protagonistes, on est parfaitement immergé dans le froid et la dureté des montagnes mais aussi dans la partie triviale et humaine de l’épreuve, extrême aussi dans le déroulement de l’histoire avec une grosse partie cohérente et réaliste et une micro partie plus douteuse et perturbante. Tout cela pour vous dire que ce roman est une véritable réussite et on ne sort pas indemne de cette lecture !

Je remercie les éditions Actes Sud junior pour ce partenariat.

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