« La sublime communauté : les six mondes » d’Emmanuelle HAN

Quatrième de couverture : Les trajectoires des trois Transplantés s’apprêtent à converger. Ashoka, Ekian et Tupà vont prendre les commandes de la résistance, unir leurs pouvoirs pour forcer le passage des Six Mondes. La Sublime Communauté est ainsi constituée. Surtout, ils vont découvrir l’ampleur de la stratégie des Guetteurs et leur nouvelle base, construite en pleine banquise, à Point Hope, près du détroit de Béring où ils se livrent à d’étranges expériences sur les Affamés… Suspense et révélations, le rythme s’intensifie et s’accélère dans ce second et dernier tome, happant le lecteur jusqu’au dénouement.


Un second tome qui invite à la réflexion et aux prises de conscience sur des thématiques très actuelles et clôt parfaitement ce diptyque.


Dans ce début de roman, on retrouve Tuka et Ekian, deux transplantés qui viennent de traverser une porte et de se retrouver sur un monde froid et glacial. Tuka, qui travaille pour les guetteurs, doit cacher l’existence d’Ekian pour la protéger. Devenus alliés, ils cherchent à comprendre ce que cachent les guetteurs et leur chef, l’Observateur. Ils découvrent des expériences et de drôles de phénomènes. De son côté Ashoka, qui a quitté l’autorité du « roi », fait ses propres découvertes, il rencontre le chef des Etincelants qui lui montre le monde sous un jour plus astral et spirituel. Il recherche aussi activement les deux autres transplantés qu’il a vu en rêve et finit par les retrouver. Ensemble, ils formeront la Sublime Communauté et se lanceront dans une quête de vérité pour comprendre les réelles intentions de l’inconnu Observateur qui tire les ficelles de tout ces mystères.

On a donc trois héros, trois transplantés, ils sont jeunes et n’hésitent pas à traverser les mondes, tantôt froids et glacés, tantôt chauds et secs, tantôt tempérés et humides, à la recherche des six mondes pour savoir ce qu’ils sont réellement, un espoir ? Une supercherie ? A travers ces voyages, ils prennent peu à peu conscience de leurs capacités et s’essaient à les maîtriser. Tout trois présentent des caractères très individualisés, Ashoka, le plus jeune est la douceur, la tendresse, l’espoir, Ekian, la jeune femme adolescente est plus pragmatique, plus réaliste, plus directive, quant à Tuka, garçon adolescent, il transpire la colère, la frustration, l’émotivité, certes différents, ils arrivent à maintenir une certaine unité.

A côté d’eux, on a les affamées, êtres humains en perdition total reflets d’une sur-population et d’une humanité qui va mal, encline aux maladies, à la mal-nutrition, une humanité auto-détruite. Ils continuent à s’attrouper autour des portes avec toujours cet espoir qu’un des six mondes s’ouvrira à eux, en vérité, les affamés sont utilisés par les guetteurs à des fins plus que douteuses. Ces derniers, dont on retiendra essentiellement l’odeur entêtante de jasmin de l’un d’entre eux, sont commandés par l’Observateur, dont on se demande tout au long de récit quel est son identité. Qui sont-ils ? Que préparent t-ils ? Beaucoup de questions se posent face à ces êtres de l’ombre dont on ne sait pas vraiment s’ils sont bons ou mauvais.

Enfin du côté des personnages, on a les étincelants, dont leur chef Amoulkadine entre autre qu’Ashoka va rencontré et qui n’est autre que le père d’Ekian. Ces êtres symbolisent l’univers, l’atmosphère qui nous entoure, ils sont légers, volatils, lumineux et invitent à la réflexion mais surtout à la sagesse, amènent un peu de poésie dans cet univers fictif très anticipatif. On a ainsi des relations entre personnages fortes ; l’amitié, l’amour filial, les émotions humaines, sont au cœur du récit.

Ce roman est riche de valeurs et essentiellement là pour évoquer des problématiques actuelles, les thèmes abordés concernent de près comme de loin l’avenir de l’humanité ; écologie, fin du monde, avenir, et raconte une Terre détruite, un monde qui s’essouffle, des contaminations virales meurtrières, avec toutefois cette idée profonde d’une humanité à sauver et l’espoir d’un renouveau. Le tout est écrit avec un style fluide et dynamique, même si l’ouvrage souffre parfois d’une discordance de rythme, globalement c’est empli d’action, on ne s’ennuie pas et on est loin d’être perdu dans des passages descriptifs contemplatifs, au contraire ça manque parfois d’un peu de densité, certains passages sont trop rapides, voire expéditifs, ce qui se révèle assez perturbant quand le tome 1 prend le temps d’être décrit, à l’image des paysages traversés par nos protagonistes, cela aurait mérité un peu plus d’attention. Par ailleurs, un bon point qu’au début du roman, les éléments d’intrigue du tome 1 soient rapidement récapitulés pour tout nous remettre en mémoire. Quant à la fin, j’approuve pleinement le choix de l’auteure, sa fin est éclatante, efficace et prend tout son sens…

En bref, une suite qui clôt magistralement le diptyque, s’il souffre de quelques manques de détails et aussi de certaines questions sans réponse, il offre surtout un univers anticipatif intéressant et intelligent, des personnages bien dépeints, pour ouvrir le lecteur à des réflexions sur son propre avenir. On passe un bon moment !

Je remercie les éditions Actes Sud Junior et plus particulièrement Nathalie pour cet envoi.

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