« X ou Y » de Séverine DE LA CROIX

Quatrième de couverture : « Je suis Camille mais depuis un an, quatre mois et vingt-et-un jours, je m’appelle Yann. Depuis que mon père ne sait plus lequel de nous deux est mort dans l’accident, son fils ou sa fille, Camille ou Yann. »

Pour se protéger de son père devenu alcoolique depuis le drame, Camille a pris l’identité de son frère jumeau : Yann, son double, la moitié d’elle sans laquelle elle n’arrive plus à vivre, décédé dans l’accident avec leur mère. Inscrite dans un nouveau lycée, elle fait illusion.

Mais comment demeurer Yann quand Thomas fait irruption dans sa vie ? Et comment redevenir Camille alors que son père s’accroche à « son fils » pour ne pas sombrer ?


Un roman dévoré en une soirée, une belle histoire d’amour mais surtout des sujets sensibles traités avec pudeur et sans excès ; le deuil et l’alcoolisme. Il n’est pas question ici de transidentité, mais d’une jeune fille qui a perdu sa mère et son frère jumeau dans un accident de voiture, un père qui vit dans la souffrance de la perte, dans le sentiment de culpabilité et qui s’enfonce dans l’alcool pour oublier, jusqu’à l’attitude de trop qui a poussé Camille à prendre l’identité de son frère ; Yann. La rentrée approche, un nouveau départ, un nouveau lycée, de nouvelles rencontres qu’il va falloir berner, Thomas notamment, qui va venir rendre les choses plus complexes, car si l’identité de Yann permet à Camille de se protéger, elle ne lui permet pas d’extérioriser ses sentiments amoureux.

Camille est une jeune adolescente qui vit seul avec son père, ce dernier depuis la perte de sa femme et de son fils n’est plus celui qu’il était, sauts d’humeur, imbibé d’alcool à son retour du travail, Camille le craint et pour se protéger décide de revêtir l’identité de Yann. Un baggy, une poitrine comprimée, des cheveux coupés à la garçonne, une pseudo « moustache », une voix plus grave et la panoplie fait son effet. Pourtant son arrivée dans un nouveau lycée, au contact de d’autres adolescents va rendre l’exercice nettement plus difficile qu’en présence d’un père psychologiquement perturbé, entre les rencontres féminines attirées par la sensibilité du « jeune homme » et l’attraction immédiate pour Thomas, très apprécié au lycée.

Le personnage de Camille est complexe, psychologiquement bien dosé, entre le deuil, les blessures, une vie personnelle difficile et son état d’adolescent(e) où les amitiés lui permettent de retrouver une certaine normalité et où les sentiments amoureux viennent frapper à sa porte. Elle est très attachante dans ce débat interne entre son côté Camille qui tente de ressortir en force et son côté Yann qui rend les choses parfois plus faciles. Le texte est écrit à la première personne et tout au long du roman, on suit les pensées, les humeurs, les sentiments de Camille, profondément abîmée par la perte de son jumeau, malheureuse d’avoir perdu son père en même temps que sa mère. C’est un bon choix de l’auteure car cette position permet de pleinement s’immerger dans la tête de Camille, de comprendre son attitude sans forcément la cautionner, et de ressentir plus intensément ses émotions.

Du côté des autres personnages, Thomas, est un bookboyfriend qui présente vraiment bien, le genre beau gosse, gentil, attentionné avec son histoire familiale complexe mais finalement saine. Je me suis amusée de cette « attirance » qu’il semble développer pour Yann et qu’il ne comprend et n’assume clairement pas, ce qui amène à des situations cocasses et gênantes, le genre que les filles fleur bleue et romantiques vont adorer ! Après de manière moins sympathique et contrastée, on accepte difficilement l’attitude du père absent, obsédé par son deuil, perdu dans l’alcool et complètement perturbé psychologiquement au point de ne plus se rappeler si c’est son fils ou sa fille qu’il a perdu, pour finalement se raccrocher à un fils factice.

Les thèmes abordés ici ; le deuil et l’alcoolisme, mais aussi l’amitié et les premiers émois amoureux sont traités assez simplement, ce qui apporte un certain réalisme à cette histoire même si on se doute qu’une jeune fille travestie pourrait difficilement prendre la place de son frère décédé dans un lycée ou qu’un père, même perturbé et alcoolisé, puisse se laisser abuser, la douleur est bien présente et réelle, les relations adolescentes aussi, même s’il y a parfois un peu trop de facilités dans l’intrigue, l’ensemble se lit à grande vitesse, on passe un bon moment de lecture et on a très envie de connaître le dénouement de cette histoire qui démarrait mal.

En bref, un roman young adult qui présente certes des facilités d’intrigue et quelques éléments un peu gros pour être réalistes mais qui est surtout très efficace et prenant dans sa globalité, des sujets à la fois difficiles et plus légers, c’est assez contrasté et nul doute que c’est le genre de roman qui plaira aux romantiques mais aussi à ce qui sont sensibles aux thèmes plus contemporains auxquels peuvent être confronter des adolescents.

Je remercie babelio et les éditions du Rocher pour ce partenariat.

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