« La tombe buissonnière de Georges Brassens » de Jean – Paul SERMONTE

La tombe buissonièreQuatrième de couverture : Le cercueil du poète a été dérobé. Le pays tout entier est en émoi et la police, sous tension. L’enquête a été confiée à une jeune policière, qui trouve recours auprès d’un spécialiste de Brassens, à cheveux blancs et au caractère bourru. Deux tempéraments fiers, chatouilleux et irritables, mais contraints de s’entendre pour résoudre le mystère de la tombe profanée. Un voyage dans le monde de la chanson francophone, du suspense, de l’humour : un instant de Brassens.

— Chronique —

Un ouvrage atypique, rafraichissant et plein d’esprit à l’image du héros malgré lui de ce roman ; le chanteur – poète Georges Brassens.

Dans le cimetière du Py à Sète, Mme Marguerite Huon s’en va rendre hommage à son idole de toujours, Georges Brassens. Horreur face à la sépulture du chanteur, celle-ci a été profanée et la tombe usurpée ! Une bien étrange affaire qui saisit la France entière voire le monde. Sophie, une fliquette trentenaire se retrouve à mener l’enquête, dont les indices demeurent inexistants, flanquée d’un quinquagénaire héritier bourgeois spécialiste de l’artiste. C’est le début d’une quête policière et d’une romance rocambolesques riches d’hurluberlus.

Ce polar humoristique n’est pas s’en rappeler les écrits de Gaston Leroux et de son titre phare « Le mystère de la chambre jaune » probablement du à cette ambiance désuète à la fois intense, légère et rétro. C’est aussi et surtout une romance, une romance entre deux protagonistes, une romance entre l’auteur et la langue française, entre l’auteur et les auteurs – compositeurs – interprètes, une histoire d’amour des mots et des belles phrases métaphoriques pour exprimer les plus nobles sentiments de l’homme.

On a dit romance ? Une romance à contre courant entre une fliquette amatrice de serial killer ; Sophie Lavigne et un rentier au langage soutenu et poétique libre de vivre pleinement sa ou ses passions dont les œuvres de Brassens ; Arnaud Rivière de la Botté. La rencontre est détonante, un brin excessive ce qui l’a rend d’autant plus hilarante, quoi de plus opposé qu’une jeune femme active dans un monde d’homme et un homme passif œuvrant dans ses rêves et passions ! Et pourtant, à travers quelques dialogues doux, poétiques et riches en métaphores, la belle se laisse apprivoiser par les mots et les tirades du cinquantenaire qu’elle rend libidineux maniant la langue et l’art des mots semble t-il d’un autre temps.

On a dit enquête ? Certes, elle est bien là, mais plutôt servant surtout de contexte de fond pour valoriser l’artiste (voire les artistes) mis en avant. Elle rame, manque d’indice et malgré son originalité, elle est bien vite occultée par la relation des protagonistes et son sujet principal : Brassens.

De Georges Brassens, on en apprend quand même beaucoup (si bien sûr nous ne sommes pas des érudits) ; ses oeuvres son côté anarchique, libre de penser et de les exprimer, libre de jouer de son talent comme il le souhaitait. Un auteur-compositeur-interprète souvent inspiré de la mort et ce qui l’entoure, des femmes et de ses amours, de coquineries subtiles ou non, des sujets bien mis en évidence ici. A côté de Brassens, trônent fièrement d’autres chanteurs du même genre, des chanteurs d’une ancienne France des années 50-60, des auteurs de talent aux jeux de mots très imagés, souvent coquins, sombres ou ironiques sur la société de l’époque :  Edith Piaf, Barbara, Léo Ferré, Gilles Vignault, etc. De nombreux extraits de chansons sont cités et toujours bien placés dans un texte court, écrit sur le même ton. Deux « petits » extraits réalistes avec une pointe d’humour non négligeable offre une réflexion sur la musique de l’époque :

« – un interprète se doit de chanter juste et bien. En revanche, on n’écoute pas un auteur compositeur pour la qualité de sa voix. Ce sont des poètes qui sont – presque – dans l’obligation de chanter pour faire entendre leurs poèmes. Guy Béart disait de lui-même qu’il avait une absence de voix assez remarquable. Charles Aznavour, Pierre Perret, Georges Moustaki n’ont jamais été loués pour la qualité de leurs voix. Quand à Gilles Vignault, il fait parfois songer à un chanteur qui se serait pendu à l’aide de ses cordes vocales ! »

« L’émergence des auteurs-compositeurs-interprètes a révélé un véritable âge d’or comme il n’en avait jamais existé, et comme, vraisemblablement, il n’en existera plus ! Dans cette déferlante d’artistes de génie, on pouvait, au cours d’un même mois, découvrir les nouveautés de Leclerc, Brassens, Brel, Ferré, Béart, Ferrat, Barbara, Sylvestre, Lemarque, Trenet, et tant d’autres… »

Ces extraits permettent également d’apprécier un style certes caustique mais aussi épousseté de l’auteur qui manie presque aussi bien l’art de ses muses. Le roman est court mais il n’ a pas besoin de plus, on s’amuse beaucoup avec cet ouvrage qui ne manque pas de jouer la langue de bois et les ironies quelques peu incisives pour notre plus grand plaisir.

En bref, un roman rendant hommage à Georges Brassens mais aussi à la chanson francophone dans son paroxysme et à une langue française riche et très imagée quand elle est subtilement maniée. Une richesse qui malheureusement se perd peu à peu, les artistes de toute une génération restant à ce jour inégalés… Le tout sous forme d’une enquête et d’une romance écrites avec poésie et passion !

Je remercie Louve du Forum Mort Sure et son partenaire les éditions du Moment pour cette bien jolie découverte.

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