« Le chant de la Louve » de Rosanne BITTNER

Quatrième de couverture : Louve Bienfaisante n’en croit pas ses yeux. La tribu au grand complet s’est rassemblée en son honneur pour l’accueillir, après deux ans d’exil chez les Blancs. C’est parce qu’elle est investie de l’esprit des loups que les Cheyennes l’ont envoyée apprendre la langue de leurs ennemis et se familiariser avec leurs coutumes barbares. En dépit de son jeune âge, Louve Bienfaisante est une sage. Pour l’instant, elle cherche Patte d’Ours parmi les guerriers. Il est là, encore plus beau que dans son souvenir. En songeant qu’elle va devenir sa femme, les battements de son cœur s’accélèrent. Elle en a la certitude, leurs âmes sont liées à jamais…

— Chronique —

Eau vive est une petite Cheyenne, issue d’une tribu amérindienne. Un jour alors qu’elle cueille des baies sauvages avec sa mère, elles se font sauvagement attaquées par une tribu ennemie, la mère est kidnappée et la petite indienne arrive à s’échapper. Sauvée par les loups, elle est retrouvée par Castor Roux, un jeune adolescent, guerrier prometteur de la tribu. Depuis, l’esprit des loups a pris la petite fille sous son aile, transformant Eau Vive en Louve Bienfaisante, et la protégeant, elle et les siens des guerres inter-tribales mais aussi de la menace des hommes blancs. Alors que la petite fille tombe sous le charme de Castor Roux de huit ans son aîné et que son peuple voit en elle une sage, elle est envoyée dans une famille de prêcheur chrétien. Pendant deux ans, la petite fille va devenir femme et subir l’incompréhension et l’intolérance des blancs. Quand arrive la date qui sonne son retour chez les Cheyennes, elle est accueillie chaleureusement et avec amour par les siens, et sa transformation n’échappe pas au guerrier Patte d’Ours, celui qu’elle aime depuis toujours.

Cet aventures & passion tranche dans les romans habituels du genre, plutôt qu’une romance, il dresse une peinture du tragique destin des indiens d’Amérique. Si l’ensemble est certainement romancé, il n’empêche qu’il en est plus souvent bouleversant et dramatique. Difficile de ne pas être pris d’empathie face à ce peuple que l’homme blanc, les « Ve-ho-e », assoiffé d’or a en parti détruit… Ce roman parle donc avant tout de la colonisation des européens d’une Amérique qu’ils se sont appropriés, ce « nouveau monde » comme ils l’appelaient, faune, flore et civilisations amérindiennes, des peuples dévastés par la violence des armées blanches et les maladies rapportées, désinhibés par l’eau de feu qui embuait leur esprit sage et respectueux, trahis par une multitude de traités corrompus. A travers le personnage d’Eau Vive / Louve Bienfaisante, nous suivons donc la déchéance du peuple amérindien et plus particulièrement des Cheyennes entre 1846 et 1876 avec en parallèle son histoire d’amour avec Castor Roux / Patte d’Ours.

Deux aspects dans ce roman, il y a celui de l’aventure, d’une femme indienne, habitée par l’esprit des loups, une petite fille qui grandit trop vite, aussi sage que son peuple, forte et intelligente, qui aime son peuple plus que tout et qui va vite découvrir les méfaits de la colonisations des européens ; des troupeaux entiers de bisons décimés et gaspillés alors qu’il s’agit de la première source de nourriture des indiens, des eaux et un environnement pollués, une nature non respectée, alors que les indiens vénèrent ce que la nature leur offre, simplicité et autosuffisance, alors que les hommes blancs sont pervertis par les objets futiles, la peur qui s’installe dans la tribu obligée de bouger sans cesse sur un territoire de plus en plus réduit, un peuple abusé par ceux qui s’imposent à eux… Il y a une véritable évolution au cours de ses trente années, une prise de conscience de la femme et de son peuple. Un peuple fier, simple et naturaliste, aux croyances chamaniques, où les esprits des ancêtres ont plus de valeur que l’or qui foisonne dans la terre, où la femme, les enfants et les vieillards sont protégés par les guerriers, où chacun à sa place et son rôle primordial dans la vie de la tribu. L’ouvrage dépeint donc cette colonisation néfaste mais aussi la vie traditionnelle des peuples amérindiens, c’est à la fois triste et extraordinaire.

Et puis, il y a l’aspect passion, de manière plus modérée, une romance évoluant au cours du temps, allant de la tendresse entre une enfant et un adolescent, puis à l’amour entre une femme et un guerrier. L’auteure a osé utiliser les rituels indiens au détriment des mœurs occidentaux, un très bon point, la différence d’âge entre Louve Bienfaisante, considérée femme dès ses premières menstrues, et Patte d’Ours apparaît pour les européens du récit, choquante et contre nature, alors qu’au contraire, les indiens ont un respect naturel les uns pour les autres, un respect des cycles naturels, la relation prend son temps, faite de nombreux échanges innocents, c’est finalement bien plus sain que ses couples de prêcheurs catholiques coincés et sévères. C’est une belle histoire d’amour qui se concrétise par un mariage, une véritable passion, qui subira certaines embûches, où Louve Bienfaisante acceptera ce qui paraîtrait pour nous occidentales complètement fou et impossible, les us et coutumes sont très différentes, les idéologies aussi.

En toute honnêteté, l’auteure dit à la fin qu’elle a écrit ce livre suite à des recherches et études sur les peuples Cheyennes et Sioux, qu’elle tente de retracer des faits historiques réels à partir de personnages imaginaires, elle le fait magnifiquement bien, et le lecteur va être balader à travers toutes les émotions possibles ; la colère évidemment, comment ne pas l’être en lisant certaines scènes ? La honte aussi, puisque pour la plupart d’entre nous, ces européens sont nos ancêtres, l’espoir, jusqu’à la fin que ces peuples braves et généreux survivent coûte que coûte, l’admiration face au courage et à la vaillance des amérindiens et plus modestement, de la compassion, de la joie, de l’amour… Ce roman est finalement assez sombre et violent et la romance n’est pas du tout au centre de l’histoire, elle la sert, mais c’est tout et ce serait une erreur de réduire cet ouvrage bien écrit et recherché, aux détails fouillés à cela.

En bref, un très beau roman comme j’en ai rarement lu dans la collection « Aventures & Passion », je m’attendais à beaucoup de chose, mais certainement pas à frémir avec ce peuple, à me retrouver cent cinquante ans en arrière, entre les lances indiennes et les bâtons de feu des hommes blancs, prise à parti, tiraillée, le cœur serré, où la plus belle des passions a su survivre malgré tout.

— Lu dans le cadre des challenges suivants —

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2 commentaires pour « Le chant de la Louve » de Rosanne BITTNER

  1. froggy80 dit :

    Tu me donnes très envie !!! Et que dire de la douce et magnifique couverture? 🙂

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